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Hypersensibilité électromagnétique : un sujet électrique
Hypersensibilité électromagnétique : un sujet électrique
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21 novembre 2012
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Pr. Antoine Pelissolo, 41 articles (Psychiatre)

Pr. Antoine Pelissolo

Psychiatre
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Hypersensibilité électromagnétique : un sujet électrique

Hypersensibilité électromagnétique : un sujet électrique

Parmi les maladies de la modernité, qui n’existaient quasiment pas il y a 20 ans, figure l’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques. Il s’agit de personnes se plaignant de douleurs, de vertiges, d’insomnie ou d’autres gênes physiques ou psychiques qui leur semblent en rapport avec des ondes présentes dans l’environnement.

Les sources les plus incriminées sont celles de la téléphonie mobile, de l’internet et du Wi-Fi. Cette hypersensibilité peut prendre différentes formes et différentes intensités. A l’extrême, les personnes touchées limitent leur fréquentation des zones riches en émissions, calfeutrent leur logement, se couvrent de protections et de vêtements adhoc, et même font le choix de vivre isolées le plus loin possible de toute source de rayonnement. Il existe désormais des associations et des sites web dédiés à cette affection. Quelques médecins et scientifiques développent des programmes de recherche et d’exploration spécifiques, voire de traitement hasardeux, dans le cadre d’une activité privée en général…

De nombreuses questions restent non résolues dans ce domaine. Les ondes électriques (hautes tensions) et électromagnétiques peuvent bien sûr avoir un impact sur le corps humain, lorsqu’elles sont appliquées à très haute intensité. Il existe des normes évitant d’approcher ces « doses » toxiques dans l’environnement, mais les rayonnements couramment en cause dans les phénomènes d’électrosensibilité sont très nettement inférieurs à ces normes. Deux autres points conduisent à s’interroger sur l’origine réelle de ces réactions : d’une part les symptômes présentés sont toujours des plaintes subjectives (jamais de lésion visible, de modifications biologiques patentes, etc.) et, d’autre part, toutes les recherches rigoureuses étudiant l’effet des ondes en « aveugle » ont toujours été négatives. Lorsque l’on allume ou que l’on éteint les sources sans prévenir les personnes, les effets ressentis restent les mêmes et indépendantes de l’existence ou non d’un rayonnement.

Bien sûr, il serait inadapté et dangereux de stigmatiser les personnes souffrant de ces symptômes, notamment en remettant en cause l’authenticité de leurs déclarations. Tant que toutes les questions scientifiques n’auront pas été réglées au sujet de l’effet des ondes électromagnétiques sur la physiologie humaine, la plus grande prudence s’imposera. Et le ressenti des personnes touchées est bien réel, il ne s’agit pas de les montrer du doigt comme des malades imaginaires. Mais il serait, à l’inverse, malhonnête et contre-productif de les entretenir dans l’idée que leur souffrance est un effet physique direct des ondes extérieures. Nombreux sont les cas, en médecine, où le corps extériorise des souffrances de l’esprit qui ne sont pas exprimables autrement. Et classiques sont les « épidémies » de symptômes collectifs, basées sur des informations médiatiques et sur des progrès technologiques porteurs de dangers potentiels et donc d’inquiétudes. Les mécanismes psychopathologiques pouvant sous-tendre ces réactions sont diverses et connues : somatisations, conversions, dissociations, etc. Mais, là aussi, la stigmatisation des troubles psychiques est telle que cette présentation des choses doit être prudente et accompagnée d’une forte dose… de pédagogie.

Pr Antoine PELISSOLO, psychiatre
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