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Greffe rénale ABO incompatible : faisons le point
Greffe rénale ABO incompatible : faisons le point
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26 avril 2011
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Vincent Bourquin, 33 articles (Néphrologue)

Vincent Bourquin

Néphrologue
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Greffe rénale ABO incompatible : faisons le point

Greffe rénale ABO incompatible : faisons le point

Jusqu’à récemment, l’identité ABO entre un donneur et son receveur était considérée comme une condition sine qua non à toute greffe rénale.

Les antigènes ABO sont des protéines présentes à la surface des globules rouges et des plaquettes, mais également au niveau des cellules du rein. Toute personne a, soit des antigènes A (groupe sanguin A), soit des antigènes B (groupe sanguin B), soit des antigènes A et B (groupe sanguin AB), ou pas d’antigène (groupe sanguin O). Ces antigènes hérités de nos parents sont innés et font partie de nous. Toute personne a également dans son sang, des anticorps, dirigées contre les antigènes ABO qui diffèrent de son propre groupe sanguin : on parle d’anticorps anti-ABO. Ces anticorps anti-ABO, s’ils viennent à rencontrer les antigènes ABO du même groupe forment un complexe antigène-anticorps. Ces complexes peuvent boucher les vaisseaux en provoquant des thromboses et entraîner une nécrose des organes. C’est pour prévenir ce type d’accidents transfusionnels que l’on transfuse selon le même groupe sanguin (en cas d‘urgence, tout le monde peut recevoir du sang de groupe O).

En transplantation, si un receveur reçoit un organe d’un donneur de groupe différent du sien ceci mène à une occlusion des vaisseaux, à une nécrose de l’organe transplanté et à sa perte irréversible.

Actuellement la moitié des greffes rénales se font à partir de donneurs vivants. Malheureusement lorsqu’un patient se présente avec un donneur vivant potentiel, il existe environ 30% de risque d’incompatibilité ABO empêchant la transplantation. Eliminer les anticorps anti-ABO présents chez le receveur avant la transplantation, est le seul moyen de pratiquer alors une greffe rénale. C’est le Japon qui fut le premier pays à développer ce type de préparation des receveurs il y a maintenant environ 20 ans, pour des raisons culturelles. Puis ce type de transplantation rénale ABO incompatible (ABOi) s’est étendu aux Etats-Unis et à l’ Europe. En Suisse ce programme a débuté en 2005. C’est grâce à la plasmaphérèse et plus récemment à des filtres spécifiques anti-A, anti-B ou anti-AB que l’on peut éliminer les anticorps anti-ABO chez les receveurs.

Plusieurs conditions sont indispensables pour que certains patients puissent recevoir une greffe ABOi :

  • le donneur vivant apparenté ou non apparenté, doit avoir été rigoureusement sélectionné.
  • il ne doit y avoir aucune anomalie immunologique entre le donneur et le receveur
  • le traitement immunosuppresseur intraveineux et per os doit débuter chez le receveur un mois avant la date présumée de la transplantation
  • une épuration journalière du sang du receveur à travers ce fameux filtre spécifique (en moyenne 4-6 séances) est nécessaire avant la date présumée de la transplantation
  • le taux des anticorps doit être inférieur à 1:8 la veille de la transplantation

Une fois toutes ces conditions requises, la transplantation rénale se fait en semi-urgence. Bien que le traitement immunosuppresseur ne diffère pas d’une greffe ABO compatible (Prograf®, Cellcept® et Prednisone®), le suivi est très rapproché au cours des 15 premiers jours en raison de la possibilité d’un rebond des anticorps anti-ABO. La reprise de la technique d’élimination des antigènes ABO se fait alors en urgence à travers le même filtre.

La liste des patients en attente de greffe rénale est en constante augmentation, la raison principale étant liée au nombre stable des donneurs potentiels, tant vivants que décédés. Elargir le pool des donneurs vivants est une pratique à laquelle ont recours de plus en plus de centres de transplantation rénale, en proposant la greffe ABOi. A Genève, où quelque 75 personnes attendent une greffe de rein et où environ 30 transplantations rénales sont réalisées chaque année, la transplantation ABO incompatible devrait permettre une augmentation d’environ 20% du nombre de transplantations en provenance de donneurs vivants et ainsi permettre de diminuer le temps d’attente des patients en dialyse. Toutefois, pour que l’intervention puisse se dérouler avec succès, les anticorps anti-ABO dirigés contre le groupe sanguin du donneur doivent être retirés efficacement du sang au cours d’une préparation qui débute un mois avant la date présumée de la transplantation.

Librement modifié selon l’article de la Dre Karine Hadaya dans le journal di@lisez [http://nephrohug.com/patients/journal-dilysez/]

 

Dr Vincent Bourquin
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Mots-clés :
Greffe d’organe Rein