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Greffe hépatique : un foie pour deux
Greffe hépatique : un foie pour deux
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8 avril 2011
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Le Webzine de l'AP-HP, 323 articles (AP-HP)

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Greffe hépatique : un foie pour deux

Greffe hépatique : un foie pour deux

L’équipe du Pr. Olivier Soubrane, chef du service de chirurgie hépato-biliaire et de transplantation hépatique à l’hôpital St Antoine (AP-HP), a amélioré une technique en greffant deux adultes à partir d’un seul foie prélevé chez un donneur. Jusqu’alors, pour des questions de taille de greffons, cette procédure ne fonctionnait qu’avec un receveur adulte et un receveur enfant. Explications.

Vous avez greffé deux patients adultes à partir d’un seul foie prélevé. En quoi s’agit-il d’une nouveauté ?

On sait depuis fort longtemps que le foie est un organe qui a certaines capacités de régénération. Un greffon de 500 g peut redonner un volume de 1500 g après quelques semaines ; le volume de foie nécessaire étant proportionnel à la masse corporelle de l’individu. Le principe d’utiliser un seul foie pour greffer deux personnes a été décrit dès la fin des années 80. On peut le diviser en deux parties, mais qui sont de tailles inégales. Dans l’immense majorité des cas, la partie droite, plus volumineuse, est donc greffée à un adulte et la partie gauche à un enfant. Dès lors, le nombre de procédures de ce type est limité au nombre de greffes à réaliser chez des enfants, qui heureusement n’est pas très élevé chaque année.

Pour pouvoir greffer deux adultes, nous sommes donc face à des problèmes techniques liés à la petite taille de la partie gauche. Un greffon trop petit est en effet altéré, parfois jusqu’à sa destruction, si le débit sanguin qui traverse le greffon est trop élevé. Or, les maladies de foie ont souvent pour conséquence un débit sanguin trop élevé. Nous avons réussi à greffer deux adultes, un homme qui a reçu la partie droite et une femme la partie gauche, en jouant sur des paramètres d’implantation et de modulation du débit sanguin.

Le partage du foie a été réalisé « in situ », chez un donneur en mort cérébrale. Il s’agit également d’une nouveauté.

Il y a deux façons de faire le partage, ou « split » en anglais. Nous prélevons le foie en entier chez un donneur en état de mort cérébrale, puis nous le perfusons avec une solution froide et le partage est réalisé ensuite. Il faut sectionner le foie, ainsi que les vaisseaux et les voies biliaires pour pouvoir réimplanter les deux parties. L’autre façon est le split « in situ », chez le donneur, qui a plusieurs avantages : la séparation est faite alors que le cœur est toujours battant, avec une circulation sanguine dans l’organe, ce qui permet de réaliser la coagulation des vaisseaux de façon plus précise. Tant que ce foie est vascularisé, il ne souffre pas de manque d’oxygène et la durée de conservation au froid peut être raccourcie. Au final, nous obtenons des greffons de meilleure qualité et dont la fonctionnalité est mieux conservée.

Cependant, cette technique « in situ » n’a pas connu de développement pour deux raisons essentielles. D’une part, elle nécessite une logistique très importante puisqu’un chirurgien entraîné doit se rendre sur le lieu du prélèvement, que la durée d’intervention est plus longue d’au moins deux heures, et qu’il faut se coordonner avec les équipes de prélèvement des autres organes. C’est une organisation complexe. La deuxième limitation est liée à la difficulté d’utilisation du petit greffon chez un adulte, que nous avons pu surmonter grâce à de nouvelles techniques d’implantation et de modulation du débit sanguin, en particulier du débit dans la veine porte.

Quelles sont les nouvelles perspectives ouvertes par cette première ?

La technique sera également très utile pour les greffes réalisées à partir d’un donneur vivant familial. La problématique est de prélever un greffon de taille suffisante pour le receveur et de laisser suffisamment de foie au donneur. Cette technique peut donc permettre de prélever moins de foie chez le donneur vivant et réduire considérablement les risques pour lui. Par exemple, on prélève régulièrement de jeunes parents pour greffer des enfants, qui n’ont besoin que d’une petite partie du foie, en l’occurrence le lobe gauche, d’environ 250 g. Ceci est réalisé par cœlioscopie, une technique mise au point par notre équipe. Le risque pour le donneur est donc bien moindre que si l’on prélève la partie droite du foie.

Chaque année environ 1 900 nouveaux patients sont inscrits sur la liste d’attente pour une greffe de foie, et 1000 greffes sont effectivement réalisées. L’accession à la greffe est donc légèrement supérieure à 50 %. Nous espérons que cette technique permettra d’améliorer ce taux.

Propos recueillis par Jocelyn Morisson
 
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Mots-clés :
Greffe d’organe Foie