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Faire trop confiance à son imagination : un indice de trouble obsessif-compulsif ?
Faire trop confiance à son imagination : un indice de trouble obsessif-compulsif?
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18 août 2015
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Université de Montréal

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Faire trop confiance à son imagination : un indice de trouble obsessif-compulsif ?

Faire trop confiance à son imagination : un indice de trouble obsessif-compulsif?

Mélanger le réel et l’imaginaire, perdre contact avec le réel : voilà deux principales caractéristiques qui pourraient jouer un rôle dans le développement du trouble obsessionnel-compulsif (TOC).

C’est ce que nous apprend une étude réalisée par des chercheurs du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal (Institut universitaire en santé mentale de Montréal) et de l’Université de Montréal, dont les résultats ont été publiés dans le Journal of Clinical Psychology.


« En général, les chercheurs sont d'accord sur les critères diagnostiques du TOC. Cependant, il n'y a pas de consensus sur les mécanismes qui les provoquent », déclare Frederick Aardema, codirecteur du Centre d'études sur les troubles obsessionnels-compulsifs et les tics (CETOCT) et professeur adjoint au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal.

Déjà en 2011, l'équipe du CETOCT avait observé que les personnes qui font plus confiance à leur imagination et qui présente une forte tendance à se dissocier de la réalité avaient plus de symptômes obsessionnels. L'objectif de la présente étude était de confirmer ces observations auprès d'une population souffrant de TOC.

« Les théories sur le TOC stipulent que ce n'est pas le contenu de la pensée qui est en cause dans le développement des obsessions mais la façon dont ces pensées sont interprétées par la personne », poursuit monsieur Aardema. « Alors que la majorité des personnes vont écarter une idée si elles jugent qu'elle n'a pas de sens, une personne atteinte de TOC se dira que si elle pense comme cela, c'est qu'il y a une raison. »

Méthode

Les chercheurs ont demandé à 75 personnes atteintes d'un TOC de remplir des questionnaires afin de mesurer leur confusion inférentielle, leurs traits de la personnalité schizotypique, leur état de dissociation, la force de leurs croyances obsessionnelles et leurs symptômes dépressifs et anxieux.

« D'abord, la confusion inférentielle est un processus de raisonnement par lequel un doute obsessionnel s'installe. Les individus font des liens subjectifs entre des éléments distincts, » explique Stella-Marie Paradisis, doctorante en psychologie à l'Université de Montréal et première auteure de l'article. « Par exemple, la personne croit que l'eau de la piscine municipale est contaminée car on y met du chlore, donc il y a inévitablement des bactéries dans l'eau. Ensuite, les traits de personnalité schizotypiques se caractérisent par des idées bizarres, des croyances rigides, un manque de discernement et une tendance à faire trop confiance à son imagination. Par exemple, la personne est convaincue que ce qu'elle entend aux nouvelles ou lit dans le journal la concernent personnellement et directement. Enfin, l'état de dissociation se manifeste par des pertes de contact avec la réalité et des trous de mémoire lors de certains événements, phénomène qui s'observe surtout chez les gens qui font beaucoup de vérification. Certaines personnes trouvent qu'elles peuvent se comporter tellement différemment selon la situation, qu'elles ont l'impression d'être deux personnes distinctes. »

Résultats

Les résultats de l'équipe du CETOCT mettent en lumière le rôle important de la confusion inférentielle et de l'état de dissociation, qui sont les indices qui prédisent le mieux l'apparition des symptômes du TOC. « Il semble que les personnes souffrant de TOC sont si absorbées dans leur obsession due à la confusion inférentielle qu'une coupure avec la réalité se fait », explique le professeur Aardema. « Concrètement, nous constatons que la personne ne fait pas confiance à ses perceptions sensorielles ou à son bon sens mais plutôt à son imagination. Par exemple, elle craint que ses mains soient contaminées par des bactéries, donc elle les lavera à plusieurs reprises car elle est convaincue que ses mains sont sales malgré qu'elles soient visiblement propres, » conclut le chercheur.

Les autres facteurs, tels que les symptômes anxieux et dépressifs, les traits schizotypiques et les croyances obsessionnelles ne semblent pas jouer un rôle significatif dans le développement des symptômes TOC, mais plutôt dans la sévérité du trouble.

À propos des auteurs

Frederick Aardema est chercheur au centre de recherche de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal), codirecteur du Centre d'études sur les troubles obsessionnels-compulsifs et les tics (CETOCT) et professeur adjoint au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal.

Stella-Marie Paradisis est doctorante au centre de recherche de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal) et au Département de psychologie de l'Université de Montréal.

Kevin D. Wu est chercheur au Département de psychologie de l'University of Northern Illinois.

À propos de l'étude

Paradisis, S. M., Aardema, F., & Wu, K. D. (2015). Schizotypal, Dissociative, and Imaginative Processes in a Clinical OCD Sample. J Clin Psychol. Epub ahead of print.

Rappel des catégories de symptômes du TOC

Selon plusieurs études et une importante méta-analyse (Bloch, Landeros-Weisenberger, Rosario, Pittenger,& Leckman,2008), les symptômes du TOC peuvent être catégorisés en cinq dimensions :

  1. la symétrie
  2. le nettoyage
  3. l'encombrement
  4. les pensées interdites (p.ex. agression, religion)
  5. la vérification

Source : Institut universitaire en santé mentale de Montréal

 

 

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