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Epidemiologie des diabetes : quelles evolutions ?
Epidemiologie des diabetes : quelles evolutions ?
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9 juillet 2015
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Institut Benjamin Delessert, 16 articles (Rédacteur)

Institut Benjamin Delessert

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Epidemiologie des diabetes : quelles evolutions ?

Epidemiologie des diabetes : quelles evolutions ?

Cet article reprend une intervention d’Anne Fagot-Campagna, membre de la direction de la stratégie, des études et des statistiques de la CnamTS, lors de la Journée Annuelle Benjamin Delessert du 30 janvier 2015.

En 2012, d’après les données du système national d’information inter-régimes de l’Assurance maladie (Sniiram), plus de 2,8 millions de personnes étaient prises en charge pour diabète en France, parmi les bénéficiaires du régime général d’Assurance maladie qui couvre 86% de la population (1). La prévalence, sans prendre en compte le diabète méconnu ou non traité, était ainsi estimée à 4,9%, et la croissance des effectifs à 3,6% par an, soit plus de 102 000 personnes entre 2011 et 2012. Cette augmentation est en partie liée au vieillissement et à l’accroissement de la population, mais aussi à l’évolution des facteurs de risque du diabète, tels que l’obésité et la sédentarité. Il s’agit donc là essentiellement du diabète de type 2, qui englobe plus de 92% des cas de diabète. Des disparités géographiques étaient toujours observées : les prévalences, à âge et sexe comparables, étaient beaucoup plus importantes dans le nord et l’est de la métropole (jusqu’à 6,3% en région Nord-Pas-de-Calais), et encore plus dans les départements d’Outremer (jusqu’à 10,5% à La Réunion), tout comme la prévalence de l’obésité.

En 2011, l’âge moyen des personnes diabétiques était de 65 ans, plus du quart (28%) avaient 75 ans et plus, un peu plus de la moitié étaient des hommes (52%) (2). Les personnes diabétiques étaient plus souvent défavorisées : 14% des personnes de moins de 60 ans bénéficiaient de la couverture maladie universelle complémentaire (CMUc), soit 2 fois plus que l’ensemble de la population d’étude à âge et sexe comparables. La proportion de personnes diabétiques bénéficiant d’une affection de longue durée pour diabète était de
71%. Le nombre de décès observés dans l’année s’élevait à 66 900, soit 2,7% des personnes diabétiques, et l’âge moyen au décès à 77 ans. Une surmortalité de 30% était observée, après ajustement sur l’âge et le sexe, par rapport à la population générale.

Si la gravité du diabète provient essentiellement de ses complications, celles-ci peuvent être prévenues ou leur évolution peut être retardée par le contrôle du risque vasculaire, et par un dépistage et une prise en charge précoce des complications. Les études Entred ont mis en évidence une diminution importante du niveau de risque vasculaire (pression artérielle, lipides, HbA1c) chez les personnes diabétiques entre 2001 et 2007, en lien avec une prise en charge thérapeutique plus intensive (3). En revanche, l’obésité (41%) et le surpoids (39%) continuaient à progresser, et le tabagisme (13%) ne régressait pas chez les diabétiques de type 2. Ces études ont aussi démontré une prise en charge plus active des complications. La qualité du suivi a continué, depuis, à s’améliorer mais des carences importantes persistent, en particulier dans le dépistage de la néphropathie et du risque podologique (4).

Si les études Entred n’ont pas permis de mettre en évidence de baisse de fréquence des complications, on a néanmoins observé pour la première fois en France une diminution de l’incidence des amputations du membre inférieur (5). Mais la prise en charge précoce reste insuffisante, même dans ce champ. Par exemple, s’il existe une augmentation des hospitalisations pour plaie du pied qui témoigne d’une prise en charge plus intensive, le recours aux soins podologiques ambulatoires reste insuffisant, bien qu’ils soient pris en charge par forfait par l’Assurance maladie.

Les données du Sniiram de 2012 montrent qu’un quart des personnes diabétiques étaient aussi prises en charge pour une maladie cardio-neuro-vasculaire, et en particulier une insuffisance cardiaque, une coronaropathie, une artériopathie des membres inférieurs, un accident vasculaire cérébral et un trouble du rythme ou de la conduction cardiaque (2). Il existait une augmentation de fréquence de l’ensemble de ces pathologies de 50% par rapport à l’ensemble de la population. Une personne diabétique sur dix était prise en charge pour une maladie respiratoire chronique (+40%), 5% pour une maladie psychiatrique, essentiellement un trouble dépressif (+40%), 3% pour une maladie du foie ou du pancréas (+210%), et 1% pour insuffisance rénale chronique terminale (+280%). La fréquence de la prise en charge pour cancer, bien qu’élevée (11%), ne différait pas, globalement, de celle de l’ensemble de la population. Dans l’ensemble, le diabète s’accompagne donc à la fois de complications et de comorbidités fréquentes qui complexifient sa prise en charge.

En conclusion, la prévalence du diabète continue d’augmenter, essentiellement du fait du diabète de type 2. Elle continuera à augmenter ne serait-ce que par le vieillissement de la population. Les personnes diabétiques sont mieux prises en charge, mais une marge de progrès importante reste à obtenir dans le contrôle du risque vasculaire, la prise en charge hygiéno-diététique et l’arrêt du tabagisme, comme dans le dépistage du risque podologique et de la néphropathie. Les complications du diabète, en particulier cardio-neuro-vasculaires, restent fréquentes, ainsi que les comorbidités, du fait d’un allongement probable de la durée de vie avec le diabète. Certaines des complications ou comorbidités ont un retentissement important sur la qualité de vie. Enfin, la surmortalité des personnes diabétiques reste élevée. La prise en charge multidisciplinaire des personnes diabétiques, plus souvent socialement défavorisées, et leur implication dans la gestion de cette pathologie complexe, restent des enjeux de santé publique.

SOURCES

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Mots-clés :
Diabète Insuline