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En Afrique, le diabète et les maladies cardiovasculaires tuent plus que le Sida. Agissons
En Afrique, le diabète et les maladies cardiovasculaires tuent plus que le Sida. Agissons
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1er février
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En Afrique, le diabète et les maladies cardiovasculaires tuent plus que le Sida. Agissons

En Afrique, le diabète et les maladies cardiovasculaires tuent plus que le Sida. Agissons

5,7% de la population adulte en Afrique est désormais touchée par le diabète. Cette maladie cause 5,1 millions de décès dans le monde, soit 6,8% de la mortalité mondiale annuelle. Une mobilisation urgente de la communauté internationale est nécessaire, estiment Pierre Salignon, de l’AFD et Stéphane Besançon et Mathieu Doré de l’ONG Santé Diabète.


L’épidémie mondiale de diabète ne cesse de progresser et plus particulièrement dans les pays en développement. Selon les données fournies par la Fédération Internationale du Diabète (FID) et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), on compte plus de 400 millions de diabétiques à travers le monde, dont plus de 77% se concentrent dans les pays à faible et à moyen revenu.

D’ici 2030, ils seront 600 millions, dont plus de 42 millions en Afrique. En Afrique Sub-saharienne, en plus de l’explosion du nombre de patients, la maladie est déjà responsable de près de 9% des décès, avec de nombreuses complications invalidantes : maladies cardio-vasculaires, insuffisances rénales, coma diabétique. La maladie est la première cause de cécité et compte pour plus de 50% des amputations non traumatiques.

Le diabète est devenu un fléau mondial

Bien qu’autrefois considérée comme une maladie des pays riches, le diabète est désormais devenu un fléau mondial.

Cette transition épidémiologique est la conséquence des profondes modifications des modes de vie à travers le monde, avec une urbanisation galopante, une transition nutritionnelle rapide ainsi que l’augmentation de la sédentarité. Ces transformations favorisent la progression de nombreux facteurs de risques du diabète, de l’hypertension et de certains types de cancers.

En Afrique de l’Ouest, le surpoids et l’obésité concernerait plus de 21% des plus de 20 ans et un cinquième des plus de 15 ans de la sous-région serait sédentaire. Des données comparables ont été collectées en Afrique de l’Est et dans l’Océan Indien, comme en Union des Comores.

Des chiffres qui dénotent nettement avec l’image persistante d’un continent sous-alimenté. Car si la sous-nutrition est encore un problème majeur en Afrique, il y coexiste désormais de la sous-nutrition (dénutrition et carences) et de la surnutrition (surpoids et obésité). Ce "double fardeau nutritionnel" est encore trop souvent ignoré par les acteurs de l’aide internationale et très peu pris en compte aux seins même des systèmes de santé nationaux. 

Une épidémie qui freine le développement 

Le coût financier des soins associés à la prise en charge diabète pour les individus et les Etats, cumulé à la forte mortalité du diabète en Afrique, est un frein évident à la réalisation des nouveaux objectifs de développement durables (ODD). D’autant que le lien entre maladie chronique et croissance économique est désormais démontré.

Certaines études s’accordent même pour dire que pour une augmentation de la prévalence des maladies chroniques de 10%, le taux de croissance annuelle baisse lui de 0,5%. Ajouté à cela, et contrairement à ce que l’on observe dans les pays développés, le diabète touche avant tout en Afrique les personnes en âge de travailler.

Une étude réalisée au Bénin en 2012 montre que 80% des personnes atteintes de diabète dans le pays font partie de la tranche d’âge des actifs. Les décès et incapacités que la maladie entraine chez les malades en âge de travailler ont des conséquences désastreuses non seulement pour les ménages mais aussi pour l’économie du pays, et donc sur la capacité de développement des Etats. 

Le coût des maladies chroniques

Le financement de la santé est un des défis majeurs face à l’émergence des Maladies non transmissibles (MNT). L’efficacité des politiques de recouvrement des coûts en Afrique est progressivement remise en cause au travers de plusieurs études qui soulignent que la gratuité totale de l’accès aux soins permettrait, contrairement au recouvrement, une amélioration de la fréquentation et de la qualité des soins.

Or, nombre de ces études sont basées sur des modèles utilisant des maladies aiguës nécessitant un traitement peu coûteux, à l’exemple du paludisme (dont le traitement n’excède souvent pas trois euros par crise).

Ces modèles économiques de gratuité financée par un ou plusieurs bailleurs de fonds ne résistent pas lorsque l’on y introduit l’économie des maladies chroniques. Leurs coûts, et en particulier ceux du diabète, obligent à penser les politiques de financement de la santé d’une toute autre façon.

Dans ce cadre, le développement de systèmes intégrés de protection sociale, comme celui mis en place au Mali avec une aide médicale obligatoire, apparaissent comme une alternative de financement par leurs capacités de prise en charge de 75 à 80% des coûts engendrés par la pathologie chronique mais aussi ses complications. Une alternative qui au Mali pourrait être étendue aux populations non salariées à travers la Couverture Maladie Universelle (CMU).

Le diabète et les maladies cardiovasculaires tuent plus que le Sida

En Afrique, le diabète et les maladies cardiovasculaires tuent plus que le VIH/Sida. Si des milliards de dollars ont été investis dans la lutte contre le VIH/Sida depuis 15 ans, ces investissements massifs et ciblés n’ont permis le renforcement que de certains secteurs des systèmes de santé, quand ils n’ont pas déstabilisés d’avantage ces derniers.

En comparaison, aujourd’hui encore, très peu de partenaires techniques et financiers de l’aide internationale possèdent une stratégie réelle pour soutenir les programmes de prévention et de prise en charge des MNT.

L’AFD s’y engage aux Comores, mais aussi au Burkina Faso, Mali et Sénégal, en lien avec les autorités nationales grâce en particulier à l’appui de l’ONG Santé Diabète.

L’émergence du diabète représente en cela une opportunité de repenser une organisation inclusive des soins, plus horizontale car nécessairement multisectorielle. Un diabétique a non seulement besoin de soins pour la prise en charge de son diabète simple, mais il en a également besoin pour l’ensemble des complications de la maladie, très fréquentes, ou pour prendre en charge les maladies associées.

Par exemple, l’hypertension concerne 60% des patients diabétiques, la neuropathie 40 % et la néphropathie 15% des malades. L’intégration des soins, répartie sur l’ensemble de la pyramide sanitaire, est donc obligatoire pour une prise en charge optimale entre différentes spécialités. Aussi, par une politique concertée et ambitieuse de lutte contre le diabète, c’est l’ensemble d’un système de santé qui est renforcé, à tous les niveaux, et non pas un seul pan.

Le diabète gestationnel, ce fléau

La progression alarmante du diabète remet progressivement en cause les indicateurs liés à la santé maternelle et infantile dans le cas particulier, et pourtant fréquent, du diabète gestationnelle. Il affecte aujourd’hui une grossesse sur 25, mais est en augmentation constante.

S’il n’est pas diagnostiqué et contrôlé, il peut entraîner des risques de complications mortelles pour la femme et l’enfant. Les femmes atteintes de diabète gestationnel ont notamment un risque élevé de développer un diabète de type 2 dans les années qui suivent la grossesse.

Il faut noter aussi que les enfants nés de mères ayant développé un diabète gestationnel ont une prévalence d’obésité plus forte au cours de leurs premières années.

La série du Lancet "Women and Health : the key for sustainable development" souligne qu’en Afrique, très peu de programmes bilatéraux ou multilatéraux de santé maternelle prennent en compte le dépistage et la prise en charge du diabète gestationnel malgré ses conséquences sur la santé de la mère et de l’enfant.

Entre sous-nutrition et sur-nutrition 

On observe enfin sur le continent africain une transition nutritionnelle fulgurante, souvent accompagnée d’une forte baisse de l’activité physique.

Ces transformations des modes de vie ont entraîné une profonde modification du paysage de la malnutrition dans les pays en développement. Face à une sous-nutrition encore parfois endémique, de nombreux pays doivent aujourd’hui faire face à la problématique croissante de la sur-nutrition.

Ce phénomène frappe principalement les villes où une femme sur quatre et un homme sur six sont touchés par le surpoids et l’obésité, sans distinction de classe sociale. Pourtant, les politiques nationales de nutrition des pays d’Afrique Subsaharienne et les stratégies des bailleurs internationaux ne se concentrent trop souvent que sur la sous-nutrition et très peu sur ces nouveaux enjeux de sur-nutrition.

Les enfants, premières victimes 

S’ajoute à ce double fardeau nutritionnel, l’hypothèse dite de Barker, aujourd’hui démontrée, qui met en évidence le poids de l’environnement nutritionnel néonatal (et durant la prime enfance) sur la propension d’un enfant à développer des maladies non transmissibles à l’âge adulte. En effet, en vertu de sa plasticité, l’organisme humain s’adapte à son environnement pendant la croissance.

Ainsi, un nourrisson exposé à une malnutrition, même discrète, pendant la vie intra-utérine, ou au cours de la prime enfance, aura tendance à s’adapter à cette pénurie, mais au prix d’une plus grande vulnérabilité aux MNT à plus long terme, notamment si l’environnement est propice à une alimentation et un mode de vie favorisant le surpoids ou l’obésité.

Une méconnaissance de ce phénomène biologique représente une véritable bombe à retardement, notamment en Afrique.

Il faut une réponse internationale ambitieuse et innovante 

Malgré un réveil timide de la communauté internationale autour de la question des MNT, à l’exemple de plusieurs résolutions et prises de position des Nations Unies et du nouveau plan de développement post-2015 au sein duquel un Objectif de Développement y est spécifiquement consacré, le diabète reste souvent ignoré des acteurs de l’aide au développement en santé.

La lutte contre le diabète dans les pays en développement est, aujourd’hui, insuffisante au vue des conséquences désastreuses de la maladie pour les populations, les systèmes de santé, les Etats et leur développement.

L’urgence de prendre en compte le diabète et de construire une réponse internationale efficace semble d’autant plus importante que la question est complexe et qu’elle soulève de nombreux défis cruciaux tant pour les politiques internationales de développement que pour les systèmes de santé directement impactés.

Face à l’incidence croissante du diabète en Afrique, il est urgent de construire une réponse réfléchie et ambitieuse, incluant et mobilisant de nombreux partenaires techniques et financiers et les pouvoirs publics des Etats directement concernés. Sans quoi, le diabète et l’ensemble des MNT pèseront toujours plus sur les conditions de vie des populations des Etats les plus fragiles et sur leur capacité à construire un système de santé de qualité.

 

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Diabète