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Embolie pulmonaire : causes, définition
Embolie pulmonaire : causes, définition
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8 octobre 2012
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Ludivine, 7 articles (Interne en médecine générale)

Ludivine

Interne en médecine générale
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Embolie pulmonaire : causes, définition

Embolie pulmonaire : causes, définition

“Il est mort d’une embolie pulmonaire”, “c’était probablement une embolie pulmonaire”. D’accord docteur, mais en fait, c’est quoi une embolie pulmonaire ? Dans cet article, je vous propose de vous expliquer aussi simplement que possible ce qui se passe lorsque quelqu’un fait une embolie pulmonaire, d’où cela vient et comment on peut l’éviter.

Que se passe t-il dans le corps ?

Une embolie pulmonaire, c’est un morceau de sang coagulé (=embole ou caillot) qui vient se bloquer dans la circulation sanguine du poumon, là où le sang se recharge en oxygène.

Artère pulmonaire

Une fois le morceau de sang bloqué dans une artère pulmonaire (gros vaisseau en communication avec le cœur), le sang ne peut plus être rechargé en oxygène et c’est tout le corps qui ressent cette privation. Le cerveau y étant sensible, on peut assister à une perte de connaissance brutale ; la personne tombe dans les pommes sans prévenir car son cerveau manque d’oxygène.

Elle peut se réveiller si le caillot de sang n’est pas trop gros et se débloque tout seul, mais si le caillot est trop important il y a un risque que le cœur finisse par s’arrêter en raison du manque d’oxygène et de la trop grande pression créé par le blocage de l’artère. Le sang qui ne peut plus circuler “s’accumule” avant le caillot, augmente la pression, le cœur se dilate légèrement en amont, et en aval le sang manque. Devant cette anomalie, le cœur pompe dans le vide, commence à battre n’importe comment et finit par s’arrêter. La mort est très rapide car le cœur s’arrête pratiquement d’un coup.

Ci-dessus : Cœur « ouvert » comme si vous étiez face à la personne. Les flèches noires correspondent aux ventricules droit et gauche.

D’où vient le caillot et comment l’éviter ?

Le caillot vient généralement d’une jambe.

Il faut penser à la manière dont la nature nous a créés : pour marcher ! En marchant, notre pied appuie sur le sol, ce qui chasse le sang du bas du corps vers le haut, c’est un système de pompe. Marcher, chasser le sang des pieds vers le haut des jambes puis vers le cœur. Cela est rendu possible par le fait que les vaisseaux des jambes contiennent de petites valves qui empêchent le sang de redescendre. Bien entendu le sang continue à tourner naturellement, mais la marche est prévue dans notre corps pour améliorer ce retour du sang vers le cœur.

Lorsque le sang stagne trop longtemps dans les veines des jambes, il se met à coaguler, forme un petit caillot, voire un gros si la coagulation s’active fortement. Puis il reste collé à la paroi jusqu’à ce que l’on se remette à marcher et là, il se décolle, remonte dans la circulation jusqu’au cœur et va boucher l’artère pulmonaire. Alors comment éviter l’embolie ?

- ne pas rester immobile trop longtemps ! Si vous êtes à l’hôpital, il est possible que l’on vous propose des piqures à faire tous les jours dans le ventre. Il s’agit d’héparine, une molécule qui va bloquer le mécanismes de coagulation. Si c’est le cas, c’est que les médecins qui s’occupent de vous estiment que vous ne bougez pas assez.

- l’autre solution est de mettre des bandes ou des bas/chaussettes de contention : ce sont des chaussettes plus ou moins serrées qui empêchent la stase du sang dans les jambes en remplaçant le mécanisme des valvules. On les recommande également chez les personnes qui restent assises sans trop bouger pendant de longs trajets (en avion par exemple).

- bouger les jambes lorsque l’on ne peut se lever. Fléchir les pieds comme si l’on marchait, s’étirer… bref tout ce qui peut faire remonter le sang par contraction/compression des muscles des jambes.

Signes d’une embolie pulmonaire

- perte de connaissance si le caillot est suffisamment gros pour diminuer au moins temporairement l’approvisionnement en oxygène du cerveau. Le caillot peut également se dissoudre si le corps a les capacités de le faire, ce qui fait que la perte de connaissance peut être temporaire.

- cœur qui bat très vite (tachycardie), pour tenter de contre-balancer la pression anormale créée par le caillot.

- angoisse.

- douleur dans la poitrine sur le côté, brutale sans raison, très forte.

- essoufflement brutal qui traduit la diminution du taux d’oxygène dans le sang (désaturation). Elle est temporaire si le caillot n’est pas trop gros ou qui dure si le caillot ralentit fortement l’approvisionnement en oxygène du sang.

Ensuite il y a des signes que l’on peut voir avec des examens complémentaires, sur la radiographie des poumons, sur une prise de sang, sur un tracé de l’activité du cœur (ECG), sur une échographie du cœur…

Qui risque de faire une embolie pulmonaire ?

La question est : pourquoi le sang coagule alors qu’il ne devrait pas ? Cela peut arriver dans plusieurs cas stressant pour le corps, car la coagulation est une réaction de survie à une agression interne, généralement un trou qu’il faut colmater. Elle nous permet de bien cicatriser en cas de plaie, mais elle a tendance à s’activer également dans les cas suivants :

- femme enceinte : pendant la grossesse les taux d’hormones dans le sang qui contrôlent en partie la fluidité sont modifiés pour permettre au bébé de bien grandir. De plus, l’utérus contenant le bébé va appuyer sur les gros vaisseaux qui vont au cœur et qui remontent de part et d’autre de la colonne vertébrale, ce qui crée un ralentissement de la circulation. La plupart du temps aucun souci, la nature est bien faite, mais il y a un risque un peu plus grand que chez la plupart des gens.

- cancer : les mécanismes ne sont pas encore très clairs, mais on suppose que d’une part la tumeur (=cancer) utilise la coagulation pour aider à se disséminer. Le corps est comme soumis à un stress permanent (inflammation) qui active les mécanismes de la coagulation plus facilement.

- chirurgie : le fait d’ouvrir le corps et de toucher les organes les stresse. Cela entraine la libération de molécules qui favorisent la coagulation.

- alitement : le fait de rester au lit pendant plusieurs jours ou de rester dans la position assise sans marcher plusieurs heures de suite fait que le sang circule moins bien. Pour la majorité des gens pas de problème, le corps tolère, mais si vous avez des maladies chroniques, cela augmente les risques.

- tabac + pilule : une des raisons pour lesquelles on déconseille aux femmes qui prennent la pilule de fumer (surtout après 35 ans), c’est parce que les deux diminuent la fluidité du sang, alors les deux ensemble, cela augmente nettement les risques.

Comment ça se traite en médecine ?

La médecine allopathique utilise des molécules qui vont s’opposer aux mécanismes de coagulation : les héparines. Celles-ci sont issues soit de la synthèse en laboratoire, soit d’animaux. Ce sont de grosses molécules que l’on peut utiliser même chez les femmes enceintes car elles ne passent pas le placenta et ne vont donc pas dans le sang du bébé ni dans le lait maternel.

Les héparines sont utilisées pour éviter les embolies pulmonaires, elles rendent la coagulation difficile.

En cas d’embolie pulmonaire, on va mettre de l’héparine à forte dose en espérant détruire le caillot ou tout du moins l’empêcher de s’agrandir, mais le succès n’est pas toujours immédiat. La personne reste plusieurs jours sous ce traitement avant que l’artère soit à nouveau fonctionnelle. Si le caillot est trop gros, il est possible que l’on ait pas le temps de mettre l’héparine car le cœur s’arrête trop vite.

A part l’héparine, on peut utiliser des produits qui vont dissoudre le caillot (=destop pour les artères), mais c’est assez risqué car cela risque de provoquer des saignements ailleurs dans le corps. On n’utilise ces “déboucheurs” de vaisseaux que dans certaines conditions.

Enfin, on peut opérer, aller ouvrir le thorax pour accéder au vaisseau boucher, l’ouvrir, sortir le caillot et refermer (embolectomie). En pratique, c’est très risqué car on opère des gens dont le corps est très fragile puisque luttant déjà contre le caillot.

Conclusion

En somme, une embolie pulmonaire, c’est comme une crise cardiaque mais dans un vaisseau plus gros. Le diagnostic d’embolie pulmonaire reste un des plus difficiles en médecine, surtout lorsque l’on est pas à l’hôpital, car les signes ne sont pas toujours tous bien présents. C’est pour cette raison que le diagnostic est malheureusement régulièrement posé après la mort de la personne.

Site de l'auteur : L'ordonnance ou la vie !

Crédit photo : Eva the weaver, Patrick J Lynch, Djneight

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Mots-clés :
Embolie pulmonaire