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Drogue, jeu, travail, sexe : C’est quoi ta dope ?
Drogue, jeu, travail, sexe : C'est quoi ta dope ?
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30 janvier 2012
Auteur de l'article
Jean-Marie Habar, 19 articles (Médecin retraité)

Jean-Marie Habar

Médecin retraité
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Drogue, jeu, travail, sexe : C’est quoi ta dope ?

Drogue, jeu, travail, sexe : C'est quoi ta dope ?

Des études récentes ont montré que la toxicomanie pourrait correspondre à une vulnérabilité biologique cérébrale. Les deux mécanismes principaux identifiés :

Une hyperactivité dopaminergique, souvent consécutive à un stress chronique et une perte de plasticité synaptique, diminuant les capacités d’adaptation et de contrôle de la consommation des drogues.

D’un point de vue clinique, la toxicomanie est la résultante d’une conjonction de plusieurs facteurs synergiques qui sont : la rencontre avec un produit addictogène, des circonstances favorables à la consommation, et enfin une « disponibilité » de la personne au moment de cette rencontre.

Fort heureusement, même quand ces conditions sont réunies, le passage à la toxicomanie n’est pas automatique. En outre tous les produits ne sont pas également toxicomanogènes et tous les individus ne sont pas égaux devant le risque encouru.

Il y a une vingtaine d’année, nous avions cherché à évaluer la proportion de la population française rencontrant un problème avec un ou plusieurs produits potentiellement addictogènes.

L'enquête TALCS (Tabac -Alcool - Calmants - Stupéfiants) menée à la demande du Trait d'Union et de "Open Rome", dans la semaine du 21 au 24 mars 1994 par 200 médecins généralistes, appartenant déjà à des réseaux de Médecins Généralistes et recrutés dans 46 départements français auprès de leur clientèle, avait permis de constituer une base de données sur la consommation de ces produits, par leurs clients.

Cette étude avait porté sur 10 000 dossiers de consultants, quel que soit le motif de la consultation.

Les résultats avaient montré :

1. Une fréquence élevée de la consommation de benzodiazépines dans l’ensemble de la population, toutes tranches d’âge confondues.

2. Une partie importante de la clientèle des MG était constituée de fumeurs tentant vainement d'arrêter de fumer. -3. Une forte prévalence d'alcoolisation à dose dangereuse -4. L'alcoolisation et le tabagisme touchaient une forte population d'adolescents. -5 Les adolescents consommateurs réguliers de stupéfiants restaient habituellement peu nombreux dans la clientèle des médecins généralistes.

 

L’enquête récente, « Escapad », menée par l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), fait le point sur l’évolution de l’usage de produits addictogènes dans la population jeune.

Il en ressort que la consommation régulière d'alcool et de tabac est en légère hausse chez les garçons et les filles de 17 ans, tandis que l'usage régulier de cannabis diminue. En 2011 près de 33% des garçons ont fumé quotidiennement du tabac contre 29,9% en 2008, et 30,2% des filles en ont fumé quotidiennement, contre 27,9% en 2008. L'usage régulier d'alcool progresse aussi : il concerne 10,5% des jeunes de 17 ans en 2011, contre 8,9% en 2008. Cette progression est observée aussi bien chez les garçons (15,2% en 2011, contre 13,6% en 2008) que chez les filles (5,6% en 2011, contre 4% en 2008)

Pour le cannabis, une baisse de l'usage régulier est observée chez les garçons et chez les filles. Cet usage régulier (10 fois dans le mois) touche 6,5% des jeunes, contre 7,3% en 2008.

L'utilisation des autres drogues illicites (cocaïne, ecstasy, héroïne…) est globalement en baisse.

Ces enquêtes suggèrent que l’usage de produits toxicomanogènes reste préoccupant chez les jeunes. Mais l’enquête TALCS montre aussi qu’une large partie de l’ensemble de la population rencontre des difficultés avec des produits potentiellement addictogènes.

Bien entendu tous ceux qui rencontrent ces difficultés ne deviennent pas toxicomanes, selon les critères retenus par l’OMS. On peut cependant redouter une telle évolution chez les sujets porteurs d’une vulnérabilité cérébrale récemment identifiée.

On peut aussi se demander si les mécanismes biochimiques, en particulier dopaminergiques identifiés comme responsables d’une toxicomanie classique, ne peuvent pas se trouver impliqués dans d’autres dépendances.

En écrivant ces lignes, nous dévions probablement de la définition habituelle de la toxicomanie. Nous prenons cependant la liberté d’élargir le débat, en évoquant d’autres dépendances, qui seraient en quelque sorte des « addictions sans substances »

L’addiction aux jeux...

Bien des parents connaissent la tendance irrépressible de certains jeunes à rester plantés devant des jeux vidéo. Le phénomène est bien sûr inquiètant, mais il ne touche pas uniquement les jeunes.

Un travail multidisciplinaire de l’INSERM, publié en 2008, est à cet égard très instructif. Nous livrerons ici quelques chiffres bruts et laisserons chacun libre de son interprétation.

En France, on compte :

• 192 casinos, avec un chiffre d'affaires de 18,66 milliards d'euros en 2004 et 64 millions d'entrées

• 6,8 millions de parieurs hippiques en 2005

• 9,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires pour la Française des Jeux en 2007

• Entre 1999 et 2006, les mises engagées par les joueurs ont augmenté de 91% pour les paris sur hippodrome, de 77% pour la Française des jeux et de 75% pour les casinos

• Jeux vidéo et Internet : 26% des 8-14 ans passent plus de 4 heures par semaine à jouer ; 34% des 15-18 ans utilisent Internet pour jouer.

Les études épidémiologiques montrent que les hommes sont plus concernés par ce phénomène que les femmes, et les jeunes (adolescents et jeunes adultes) plus que les vieux.

On constate également qu’il existe fréquemment des antécédents familiaux, quand les parents ont rencontré des problèmes de jeu. Les joueurs pathologiques se rencontrent dans tous les milieux sociaux.

Ils souffrent, dans une grande proportion, d'autres addictions : tabac, alcool et, dans une moindre mesure, stupéfiants. La moitié d’entre eux présente des troubles de l’humeur.


Une autre addiction, socialement plus valorisante, est celle au travail, elle caractérise le « workaholic »

Ce terme de "workaholism" a été utilisé pour la première fois, en 1971, par un chercheur américain, Waynes Oates. Il désigne ces travailleurs forcenés, que rien ne peut détourner de leurs tâches. Vous le connaissez avec son téléphone portable toujours à portée de main, la difficulté, voire la culpabilité à prendre des vacances et tous ces dossiers rapportés à la maison… Le site Pour la Science décrit les deux caractéristiques de l'addiction au travail : "l'implication extrême en terme de temps" et une "logique compulsive dans laquelle le sujet relie très fortement son estime de soi à ses réalisations professionnelles". Ces comportements pouvant même nuire à la santé même du « workaholic »

L’addiction au sexe a bénéficié récemment d’une couverture médiatique particulièrement large. Au-delà des apparences et des conséquences, parfois juridiques, de leurs actes, les personnes « dépendantes sexuelles » présentent à bien des égards, les caractéristiques d’une pathologie addictive. Cette pathologie se caractérise, selon les spécialistes, par une « fréquence excessive, non contrôlée et croissante, du comportement sexuel qui persiste en dépit des conséquences négatives possibles ». Sont exclues de cette définition les pratiques sexuelles qualifiées de « déviances » ou « perversions ».

Ainsi certains comportements, qui peuvent parfois prendre une allure pathologique, amènent à se demander précisément où se situe la frontière entre le « normal » et le « pathologique ».

On peut peut-être supposer que, le passage au pathologique intervient quand les capacités de plasticité synaptique sont dépassées. Il ne s’agit là que d’une hypothèse. Mais la question est de savoir comment évaluer ce risque ; le prévenir et le cas échéant,le traiter.

Alors.... moi accro ? et toi ?

 

JMH
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