Déserts médicaux, dépassements d’honoraires... les dernières polémiques en santé

En ce mois d’octobre 2012, le décès tragique du nouveau-né pose avec une terrible acuïté la question des inégalités territoriales d’accès aux soins. Le drame a relancé le débat autour de la fermeture des petites maternités et du danger que représente l’avancée des déserts médicaux. L’actualité a également été dominée par l’âpre négociation de l’accord sur l’encadrement des dépassements d’honoraires du secteur libéral. D’autres sujets de santé ont aussi retenu l’attention des médias : la complexité des structures de recherche hospitalo-universitaire, l’informatique ...
La progression des "déserts médicaux"
Dans sa chronique sur France Inter du 21 octobre, Yvan Levaï cite un rapport alarmant de la cour des comptes publié le 1er février 2012 : Au classement des plus faibles taux de mortalité infantile, la France serait passée du septième rang européen en 1999 au vingtième (sur 30 pays) en 2009.
Pour illustrer la fracture sanitaire, Direct matin du 20 octobre avise ses lecteurs de la mise en ligne d’une carte interactive des déserts médicaux sur le site l’UFC-Que Choisir. Il ressort que « 5% de la population n'a pas accès à un médecin généraliste, que 19 % à des pédiatres, 14 % à un gynécologue et 13 % à ophtalmologiste » et l’association de consommateurs de préciser que « le pourcentage de la population vivant dans un désert médical gynécologique passe de 14 à 54 % si l’on s’en tient au tarif de la sécurité sociale. » Pourtant, selon le Pr Israël Nisand, chef du pôle gynécologique obstétrique du CHU de Strasbourg " On ne peut pas multiplier les moyens médicaux." En France, on compte 1 service de réanimation pédiatrique pour 1 million d'habitants. "Il ne serait pas raisonnable de multiplier les structures de haut niveau, on en a ni les moyens, ni les médecins" déclare le spécialiste au micro de Bruce Toussaint sur Europe 1, le 22 octobre.
Martine Perez dans le Figaro du 23 octobre plaide pour la qualité plutôt que la proximité « Il vaut mieux en urgence bénéficier de soins adaptés, dans un hôpital doté d'un plateau technique de pointe et d'un personnel spécialisé, plutôt que de multiplier les structures hospitalières de proximité (…) sans moyen humain suffisant, ni matériel de pointe. » Elle appuie son argumentation sur deux études françaises, l’une portant sur l'ablation de la prostate pour cancer « qui montre que le risque de décès péri-opératoire est multiplié par 3,5 lorsque le chirurgien fait moins de 50 ablations par an par rapport à celui qui en réalise plus de 100 ». L’autre enquête du docteur Bouvier-Collea révèle que les maternités françaises qui pratiquaient moins de 500 accouchements par an avaient un taux de mortalité maternelle plus élevé que celles qui en faisaient plus » Pour cette observatrice du monde de la santé, « ce n’est pas le nombre d'hôpitaux qui fait la qualité, mais la coordination entre les acteurs de santé, la fluidité du transport sanitaire en urgence, l'accès aux soins, la compétence des équipes et les performances du plateau technique. Et de citer en conclusion le rapport Larcher qui proposait non pas de fermer tous les hôpitaux locaux, mais de les transformer en maisons de santé. Il envisageait des regroupements d'hôpitaux, selon trois niveaux hiérarchisés. Les hôpitaux locaux réaliseraient des consultations, des soins postopératoires et de la gériatrie. Les centres hospitaliers généraux assumant les actes courants en chirurgie et obstétrique, en médecine interne et spécialités, tandis que les centres hospitaliers de référence, souvent des CHU, chapeauteraient le tout.
Dépassement d'honoraires et médecins libéraux
Les grandes lignes de l’accord prévoient de sanctionner les dépassements excessifs ( + de 150 % du tarif Sécu soit 70 euros pour une consultation de spécialiste à 28 euros). Ce taux pourra être « adapté » dans certaines zones géographiques limitées et « aura vocation à se modérer en cours de convention » est-il précisé dans l’avenant.
Autre disposition le contrat d'accès aux soins prévu pour l’été 2013. Il propose aux médecins adhérents de limiter leurs dépassements d'honoraires et de facturer le tarif de la sécurité sociale aux patients les plus modestes (bénéficiaires de la CMU et éligibles à l’aide à la complémentaire santé) en contrepartie les médecins ont obtenu des remboursements de cotisation sociale et des revalorisations des tarifs remboursables par le régime obligatoire. Ce contrat réversible d’une durée de 3 ans sera proposé aux praticiens de secteur II et aux anciens chefs de clinique bloqués en secteur I - leur taux de dépassement ne devant pas excéder 100%. Reste que la partie sanction en cas de dépassement excessif (2,5 fois le tarif remboursable) manque de précision.
Dans son communiqué en date du 24 octobre intitulé "les usagers, "pigeons de la farce", le collectif associatif sur la santé (CISS) dénonce un accord au rabais, un fiasco pour les patients "il n’y a pas de changement, on est toujours dans la même logique que celle qui nous a conduit à plus de 2,5 milliards d’€ de dépassements d’honoraires médicaux." L'instance qui regroupe 38 associiations de santé a une autre lecture de l'accord. Pour elle, la création du nouveau secteur tarifaire appelé « contrat d’accès aux soins » est la porte ouverte à la généralisation et à la légitimation des dépassements d’honoraires, plutôt qu’à leur limitation…". Et de s'interroger : "Quel médecin acceptera de lâcher la proie des dépassements d’honoraires en secteur 2, pour l’ombre de la prise en charge de ses cotisations sociales dans le cadre du « contrat d’accès aux soins » ? Il suffit de faire le calcul : puisque les dépassements peuvent aller au-delà de 150%, le médecin n’a plus d’intérêt à adhérer au contrat d’accès aux soins qui bloque ses dépassements à 100% !". Et le CISS de démontrer le mécontentement des français sondage à l'appui : 80% d'entre eux ne trouvent pas « normal » que les médecins facturent des dépassements d'honoraires. Pour en finir, le CISS propose de faire majoritairement basculer la rémunération de la médecine de ville sur un mode forfaitaire.
Recherche hospitalière et financements
Médicaments issus de la Biotechnologie
L’informatique hospitalière : entre progrès et lacunes
Mais, au-delà de la situation de l’hôpital Ambroise Paré, Gérard Bapt député de Haute-Garonne et spécialiste des questions de santé déplore toujours dans le Parisien l’incapacité du système sanitaire à « passer correctement au stade de l’informatisation ». Un handicap qui n’est d’ailleurs pas propre à la santé comme l’a indiqué l’Agence nationale d’appui à la performance (Anap) : « sur 263 programmes d’informatisation des services publics en cours, 30% sont en retard et 20% en échec ! » ; Que penser alors du retard pris par le dossier médical personnel (DMP), déployé depuis 8 ans et qui selon Gérard Bapt touche 200 000 personnes et a déjà coûté 210 M€ fin 2011 ? La solution viendra peut-être en février 2013 avec « la feuille de route numérique » du gouvernement qui désire « mieux suivre les programmes informatiques » et mettre plus d’ordre et de transparence dans tous ces outils.
La reproduction totale ou partielle de l'article est strictement interdite sans accord préalable de l'auteur







