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Dermite séborrhéique et nouvelles perspectives de recherche
Dermite séborrhéique et nouvelles perspectives de recherche
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15 juin 2011
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Bernard Sudan, 31 articles (Rédacteur)

Bernard Sudan

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Dermite séborrhéique et nouvelles perspectives de recherche

Dermite séborrhéique et nouvelles perspectives de recherche

La dermite séborrhéique a été décrite pour la première fois à la fin du dix-neuvième siècle, précisément en 1887, par un dermatologue de Hamburg, P.G. Unna (1) à une époque où la fumée de tabac commençait par envahir les lieux publics.

Unna était persuadé que l’hyperproduction des glandes sébacées était responsable de la réaction inflammatoire rouge observée.

En 1903 le dermatologue anglais Pringle (2) note la rareté de cette réaction (Rare seborrheide of face) dans un article du British Medical Journal.

On doit savoir que la fumée de tabac n'est pas encore très répandue et que le flot des cigarettes ne va envahir l'Europe qu'après la première guerre mondiale avec l'arrivée des troupes américaines.

Les dermatologues donnent alors un nombre impressionnant de synonymes à cette réaction sans pouvoir réellement la traiter ce qui sera le cas pendant tout le vingtième siècle.

Il fallut attendre 1983 pour que des chercheurs britanniques (3) mesurent le taux de séborrhée chez les patients atteints de dermites séborrhéiques et les personnes ne présentant aucune réaction au visage. Le taux de séborrhée était le même dans les deux groupes. Cette théorie était donc absolète et la recherche en dermatologie devait se réorienter vers une autre piste.

Aussi les dermatologues ne lâchèrent pas prise en continuant à soutenir en parallèle une théorie microbienne avec l'agent Pityrosporum (4) qui est en fin de compte un agent saprophyte commun à toutes les peaux du visage. Cette théorie de l'agent pathogène ne devait également pas tenir suite aux travaux encourageants de chercheurs qui avaient testé un sel de lithium (Lithioderm®) localement sur les réactions de dermite séborrhéique tout en notant une absence d'activité de cette molécule contre Pityrosporum (5) et alors que d'autres chercheurs notaient l'activité anti-leukotriène du kétoconazole (Ketoderm®) localement, donc une activité anti-allergique (6).

Atteint de dermite séborrhéique depuis l'âge de 17 ans et intrigué par le fait que plusieurs membres de ma famille développaient la même réaction au visage , j'ai commencé alors un long et minutieux travail de recherche tout en argumentant chaque étape avec des tests scientifiques couramment utilisés dans la recherche en allergie.

J'avais observé que mon père avait un dermite séborrhéique amplifiée après avoir fumé son cigare dominical et que nous réagissions avec plusieurs allergènes de l'environnement (acariens, médicaments). Suite à l'inhalation de fumée de cigare dont le taux de nicotine est plus élevé, je décidai de me tester sur l'avant-bras avec une macération de cigare : la réaction fut très positive dans le quart-d'heure suivant avec également une réaction au visage. Un test intradermique avec des extraits allergèniques de tabac très dilués provoqua une réaction positive localement et également au visage.

Aussi, depuis 1978, j'ai publié ma théorie allergique de la dermite séborrhéique (7) en utilisant toute une batterie de tests allergiques (recherches d'anticorps allergiques IgE dirigés contre le tabac, anaphylaxie cutanée passive avec le tabac et la nicotine en présence de sérum de patients atteints de cette réaction et surtout test de dégranulation des basophiles humains de Jacques Benveniste avec l'allergène tabac et l'haptène nicotine couplé à la protéine porteuse HSA) démontrant ainsi l'implication des mastocytes tissulaires et des basophiles sanguins à l'origine des réactions érythémateuses et inflammatoires (8).

Je soutenais d'autre part que la dermite séborrhéique était apparue à une époque où la fumée de tabac avait envahit les lieux publics alors qu'aucun dermatologue ne voulait voir cette réalité. Il faut dire que certains dermatologues fumaient en étant persuadé que la fumée de tabac ne provoquait rien et surtout pas la fumée de tabac passive.

Les mastocytes tissulaires ainsi que les basophiles sanguins impliqués dans cette réaction libèrent des médiateurs de l'allergie et les symptômes observés sont le résultat de la dégranulation de ces cellules contenant principalement de l'histamine. Ma théorie a été récemment confortée par la mesure du taux d'histamine élevée sur la peau des personnes atteintes de dermites séborrhéiques (9).

Les dermatologues sont face à de multiples contradictions en soutenant leurs théories absolètes, notamment en continuant à prescrire des corticoïdes locaux contre l'hyperproduction de "séborrhée" qui n'existe pas... ou des crèmes à base d'anti-fongiques comme le kétoconazole dont les propriétés anti-leukotriènes donc anti-allergiques ont été prouvées depuis longtemps.

La recherche étiologique donc la cause de la dermite séborrhéique est primordiale afin de mieux cibler le traitement le plus efficace possible et surtout le moins nocif possible en évitant systématiquement les crèmes corticoîdes ou autres traitements aléatoires et non dépourvus d'effets secondaires possibles ce que j'avais déjà initié voilà plus de trente années avec le cromoglycate de sodium utilisé en crème mais dont malheureusement l'absorption était trop faible au niveau de la peau pour stabiliser les mastocytes tissulaires (10).

J'ai ensuite tenté de standardiser des extraits allergéniques de tabac avec l'aide de l'Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Mulhouse afin de me désensibiliser ; cette thérapie trop lourde et astraignante n'étant pas une solution applicable à de nombreux patients allergiques, j'ai continué ma recherche pour mettre au point une solution locale au visage. Avec un peu de patience, j'allais passer du cromoglycate de sodium au chlorure de sodium... et aux sels de la Mer Morte !

En mars 2010, avec un peu de chance, j'ai demandé à un représentant des produits Massada qui passait dans la boutique de mon épouse (préparatrice en pharmacie de formation et ancienne responsable d'un laboratoire de formulations galéniques) un échantillon d'un pain dermatologique à base de sels de la Mer Morte (http://www.lhda.fr/pain-dermatologi...) car je savais depuis fort longtemps que les patients atteints de psoriasis voyaient leur réaction de la peau fortement améliorée au bord de la Mer Morte. Après quelques jours d'utilisation de ce pain dermatologique, ma surprise fut agréable de constater que ma réaction épisodique avait disparu. Je n'ai communiqué cette information positive qu'avec deux mois de recul sur deux sites dédiés aux personnes atteintes de dermites séborrhéiques (11).

Avec plus d'une année de recul, nous avons maintenant de nombreux témoignages de personnes atteintes de dermite séborrhéiques, de psoriasis, de dyshidrose ou de dermatites atopiques ayant eu une amélioration spectaculaire de leur réaction de la peau.

Entretemps, je me suis préoccupé à chercher pourquoi ce mélange sels de la Mer Morte et eau pouvait avoir un tel effet sur notre peau. J'avais remarqué dans les années 70 que la brumisation d'eau pure sur le visage ne faisait qu'empirer ma dermatite et je me suis concentré sur la différence entre l'eau pure et l'eau salée. Tout le monde sait que les baleines ou les dauphins communiquent par infrasons ou basses fréquences dans de l'eau salée et non dans de l'eau pure... et donc je me suis focalisé sur la communication cellulaire des mastocytes tissulaires, ces cellules impliquées dans ma réaction allergique du visage en présence d'un haptène de l'environnement. Je me suis procuré un conductimètre afin de mesurer les différentes conductivités de solutions d'eau pure et d'eau salée dont le mélange pain dermatologique Massada/eau avec des résultats fort logiques : la conductivité de l'eau pure est nulle donc le courant ne passe pas et la conductivité de l'eau salée est élevée ce qui permet au courant de passer.
Je savais également qu'un groupe de recherche italien travaillait sur les paramètres électriques de la peau (12) et je cherche actuellement de l'aide afin de mesurer ces paramètres électriques de la peau en comparant les personnes atteintes de dermites séborrhéiques et des personnes sans ce syndrome dermatologique.

En conclusion, nous pouvons maintenant plus cibler la recherche contre la dermite séborrhéique et certainement d'autres pathologies de la peau comme le psoriasis, la dermatite atopique ou la dyshidrose en se focalisant sur des cellules bien précises, les mastocytes tissulaires et les basophiles sanguins tout en modulant la communication cellulaire par des solutions ioniques restaurant ainsi une communication cellulaire perturbée. Cette recherche nécessite peu de moyens mais une volonté certaine d'avancer : il faudrait peut-être impliquer des personnes atteintes de syndromes dermatologiques qui seraient plus motivés pour faire avancer des questions de recherche qui sont certainement relativement simples à résoudre...
 

Bernard Sudan

POST-SCRIPTUM

  • (1) P.G. Unna : Das seborrheische Ekzem, Monatsheft für praktische Dermatologie, 1887, 6, 827.
     
    (2) J.J. Pringle : Rare seborrheide of face. British Medical Journal, 1903.

    (3) Burton JL, Pye RJ. Seborrhea is not a feature of seborrheic dermatitis. British Medical Journal, 1983, 286 : 1169-1170.

    (4) P.W. Belew : Sabouraud and Rivolta were right - Seborrheic dermatitis is microbial, Cosmetics & Toiletries, 1981, 96, 25-28

    (5) Boyle J, Burton JL, Faergemann J.Use of topical lithium succinate for seborrhoeic dermatitis. Br Med Journal, 1986, 292, 28.

    (6)  J.R. Beetens, W. Loots, Y. Somers, M.C. Coene and F. de Clerck. Ketoconazole inhibits the biosynthesis of leukotrienes in vitro and in vivo. Biochemical Pharmacology, 1986, 35, 883-891.

    (7) B.J.L. Sudan : Contribution à l’étude du rôle allergénique de la fumée de tabac. Le tabac : un allergène, la nicotine : un haptène, Allergie et Immunologie, 1978, 10, 36-54.

    (8) B.J.L. Sudan and J. Sainte-Laudy : Nicotine and Immunology in "Drugs of Abuse and Immune Functions", pages 113-123, 1990, Ed. R.R. Watson, CRC Press, Boca Raton, USA.

    (9) Kerr K, Schwartz JR, Filloon T, Fielo A, Wehmeyer K, Szepietowski JC, Mills KJ. Scalp Stratum Corneum Histamine Levels : Novel Sampling Method Reveals Association with Itch Resolution in Dandruff/Seborrhoeic Dermatitis Treatment. Acta Derm Venereol. 2011 Feb 21.

    (10) B.J.L. Sudan, Sterboul J. Dermite séborrhéique et cromoglycate de sodium, Cutis, 1980, 4, 81-85.

    (11) http://dermite-seborrheique.forumac... et http://www.dermiteseborrheique.fr/

    (12) Albina Pisani (Scuola di Specializzazione in Idrologia Medica Università di Roma « La Sapienza » ; Italy) : The role of sep (skin electrical parameters) in the spa mudtherapy. http://www.jacques-benveniste.org/

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