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Cigarette électronique : quand un buzz peut tuer
Cigarette électronique : quand un buzz peut tuer
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4 septembre 2013 | 1 commentaires
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Sylvain Filatriau, 7 articles (Rédacteur)

Sylvain Filatriau

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Cigarette électronique : quand un buzz peut tuer

Cigarette électronique : quand un buzz peut tuer

Avec son dossier sur la cigarette électronique du mois de septembre,  60 millions de consommateurs pensait certainement surfer sur la vague d’un produit en plein essor et doubler avec ses analyses inédites et inquiétantes, l’UFC Que choisir qui sortait également un article sur le sujet. Au départ tout s’est passé comme prévu : Le Parisien a écrit un article alarmiste intitulé Les cigarettes électroniques potentiellement cancérigènes suivi par l’ensemble des médias du journal de 20h aux guignols de l’info. Les conclusions de l’étude ont même très rapidement fait le tour du monde avec des reprises particulièrement choc comme le Daily mail qui titrait carrément D’après une étude, les cigarettes électroniques sont aussi nocives que les cigarettes ordinaires et pourraient entraîner le cancer


Seulement voilà, 60 millions de consommateurs n’avait pas pris la mesure du phénomène de la cigarette électronique et de la sensibilité du sujet. Et le retour de bâton ne s’est pas fait attendre : branle bas de combat au sein de la communauté des vapoteurs et des scientifiques qui ne comprennent pas comment cette étude peut aller à l’encontre de toutes celles qui ont été publiées jusqu’à présent. 
Face à la pression, 60 millions de consommateurs a timidement fourni quelques informations sur le protocole expérimental et sur les quantités de substances trouvées. Devant ces éléments, les spécialistes n’ont pu contenir leur colère : l’étude n’a rien de scientifique mais pire, l’interprétation des résultats est fallacieuse. En d’autres termes, en admettant que le protocole expérimental soit réaliste, ce qui ne semble de toute évidence pas être le cas, les résultats font apparaître des quantités de substances nocives à des niveaux particulièrement faibles, très nettement inférieurs à ce qu’on peut trouver dans une cigarette classique. 
Mais voilà le mal est fait, dans l’opinion publique la cigarette électronique est cancérigène et dangereuse. Des témoignages affluent de toutes parts pour dénoncer l’alarmisme des médias et évoquer des cas d’utilisateurs de cigarette électronique qui ont repris le tabac et de fumeurs qui ne comptent plus y passer. Or, le tabac est la première cause évitable de mortalité en France avec 200 décès par jour. Voilà comment un buzz peut tuer…

C’est ça qu’on appelle de la science ?

L’étude de 60 millions de consommateur est très critiquable. Déjà par le matériel analysé qui ne constitue pas forcément le meilleur de ce qui se fait aujourd’hui Mais aussi par le choix très restreint du E-liquide pour cigarette électronique utilisés. Bizarrement certaines marques reconnues n’ont pas été testées comme Flavour Art (Italie), l’un des leaders mondiaux du secteur et des plus sérieux (usine ISO 9001 :2008, flacons ISO 8317, tests réguliers de taux de nicotine, recherche sur la cytotoxicité de la vapeur…).

Ensuite, le détail du protocole expérimentalfournit par 60 millions de consommateurs tient sur quelques lignes et est bien loin de ce qu’on est en droit d’attendre d’une véritable étude scientifique. C’est en tout cas ce qui ressort de l’avis d’experts de l’expérimentation de la cigarette électronique

 

Le Docteur Farsalinos était outré par l'étude de 60 millions de consommateur et par les reprises des médias Le Docteur Farsalinos, auteur de plusieurs études scientifiques sur la cigarette électronique (toxicité de la vapeur de eliquide, impact sur le cœur…) s’emporte dans un long commentaire sur son blog : « Il n’y a aucune mention du laboratoire qui a effectué l’analyse, aucune mention sur la méthodologie, aucune mention sur les résultats chiffrés. C’est ça qu’on appelle de la science ? »

 Le Docteur Carl V Phillips , directeur scientifique de CASAA (The Consumer Advocates for Smoke-free Alternatives) préssent que le protocole est douteux : «  il est presque sûr qu’ils ont utilisé des méthodes présentant des défauts, en particulier en matière de surchauffe, car c’est cela qui produit des taux élevés d’acroléine. » « « Voilà pourquoi les publications scientifiques dignes de ce nom incluent une section méthodologie  »

 "Fumer c’est comme courir en tong sur une autoroute », « La cigarette électronique c’est comme prendre le taxi ».

Le Docteur Burstyn qui a produit une méta étude sur la cigarette électronique, compilant des travaux sur plusieurs milliers de sujets à partir de dizaines d’études de par le monde a analysé que les titres récents des journaux étaient assimilables à une rumeur compte tenu du peu de crédit qu’on peut accorder à l’étude de 60 millions de consommateurs. Il va même jusqu’à déclarer pour bien faire comprendre aux gens la différence de dangerosité entre la cigarette électronique et la cigarette classique : "Fumer c’est comme courir en tong sur une autoroute », « La cigarette électronique c’est comme prendre le taxi ».

 Une plainte contre un journal qui a publié un titre trop alarmiste

Enfin, Clive Bates, grand pourfendeur du tabac et un ancien directeur de l’Action on Smoking and Health au Royaume Uni a écrit un article intitulé Paresseux, stupide et mensonger sur son blog au sujet de l’article du Daily Mail qui reprenait l’information de l’étude sur un ton particulièrement alarmiste avec comme titre D’après une étude, les cigarettes électroniques sont aussi nocives que les cigarettes ordinaires et pourraient entraîner le cancer. Très remonté, il a annoncé avoir déposé une plainte auprès de la Press Complaint Commission contre le Daily Mail à cause de leur article.

Lettre ouverte de l’association indépendante des consommateurs de cigarette électronique à 60 millions de consommateurs

Le corps médical français s’est aussi opposé aux conclusions qui étaient faites par l’étude de 60 millions de consommateurs. Des pneumologues, des tabacologues ont réagi en rappelant que la cigarette électronique était infiniment moins dangereuse que le tabac. Parallèlement certains se sont interrogés sur la possibilité d’un complot contre la ecigarette qui serait fomenté par le gouvernement pour passer de lourdes taxes comme c’est prévu en Italie, par l’industrie pharmaceutique ou l’industrie du tabac…Qui sais ? Un vapoteur a écrit un « J’accuse » repris par l’association indépendante des consommateurs de cigarette électronique (Aiduce) qui a parallèlement écrit une lettre ouverte à 60 millions de consommateur, pour l’heure sans réponse.

 

Et maintenant ?

 

Dire que la cigarette électronique est inoffensive est tout autant blâmable  

 Déjà, il faut être honnête intellectuellement, personne ne peut affirmer aujourd’hui que la cigarette électronique est inoffensive. Peut être finira-t-on par prouver que c’est le cas, mais d’autres études scientifiques sont nécessaires. Et puis il faut rester lucide et critique, on a récemment identifié que la viande trop cuite était cancérigène, que manger trop de sucre n’était pas bon pour la santé. Des actes qui nous semblent anodins ne sont finalement pas bons pour la santé. C’est finalement le caractère novateur de la cigarette électronique qui fait peur car elle ne fait pas partie de l’usage courant.

C’est pourquoi un regard pragmatique et scientifique est indispensable tant pour ceux qui ont des doutes que pour ceux qui y croient. Il faut absolument éviter de tomber dans l’obscurantisme.

Prétendre que la cigarette électronique ne produit que de la vapeur d’eau est soit de l’ignorance soit de la mauvaise fois. Prétendre qu’elle serait cancérigène et dangereuse l’est au moins tout autant. Il faut continuer de faire des études sérieuses de l’impact sur la santé de l’inhalation de la vapeur de eliquide de cigarette electronique.

La presse et en particulier 60 millions de consommateur doit réagir

Le mal est fait. Il suffit de demander à son entourage non averti ce qu’il pense de la cigarette électronique pour voir les réactions grimaçantes. Tout le monde a entendu ou vu ces derniers jours la cigarette électronique associé au cancer. Des lecteurs du parisien, en passant par ceux qui ont vu les guignols de l’info montrer un PPD qui répète à la marionnette de Chirac en train de vapoter : d’arrêter car c’est très dangereux.

60 millions de consommateurs fait actuellement face à un flot de messages outrés sur son site internet qui dénonce une étude bâclée. Le rédacteur en chef a déjà réagi en déclarant sur l’antenne d’RTL : Oui, oui, mille fois oui, il vaut mieux vapoter que fumer une cigarette. Mais ce n’est pas suffisant. Seule une réaction de grande ampleur pourra calmer la grogne des vapoteurs et des scientifiques. Certains demandent la démission du rédacteur en chef, sans aller jusque là un mea culpa envoyé à l’AFP pour s’assurer d’une véritable reprise presse ou un bandeau sur le prochain numéro ne serait pas du luxe. En tout cas, 60 millions de consommateurs se doit de rectifier le tir. Il en va de leur réputation déjà bien égratignée et qui risque de l’être davantage s’ils ne réagissent pas en conséquence. Mais c’est aussi à l’ensemble des médias de savoir analyser leurs erreurs et aux journalistes de reprendre les vraies informations en évitant de cibler des sujets pour leur sensationnalisme.

Pour reprendre une dernière fois les propos du Docteur Farsalinos : « Les scientifiques, les défenseurs des consommateurs et les journalistes doivent comprendre que c’est un sujet sensible et que leurs rapports et articles ont un impact direct et immédiat sur la santé de millions de personnes partout dans le monde. »

 Sylvain Filatriau

Sylvain Filatriau - Blog sur le tabagisme, les méthodes de sevrage et les études scientifiques sur la cigarette électronique
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Commentaires
1 vote
par juju5492 (IP:xxx.xx5.60.180) le 4 septembre 2013 a 16H18
juju5492 (Visiteur)

Excellent résumé ! Par contre il y a eu réponse à la lettre ouverte de l’AIDUCE à Thomas Laurenceau. Cela date d’hier il me semble. (c’est marrant, là cela ne fait pas le buzz par contre :-) )