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Cerveau : Internet nous rend-t-il bête ?
Cerveau : Internet nous rend-t-il bête ?
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16 décembre 2010 | 6 commentaires

Cerveau : Internet nous rend-t-il bête ?

Cerveau : Internet nous rend-t-il bête ?

Internet modifie nos modes de consommation, notre façon d’établir des liens sociaux et nos techniques de recueil des informations… mais aurait-il également transformé notre cerveau ? Quels seraient ses impacts sur notre façon de penser ?

De nombreux neuroscientifiques, philosophes, et experts du web, soutiennent que le cerveau humain subit une mutation. Au delà des nouvelles habitudes induites par les SMS, la messagerie instantanée et le réseautage social en ligne comme Twitter ou Facebook, les chercheurs se penchent en particulier sur les jeunes générations qui ont grandi dans cette ère numérique.

Risques de depression, superficialité, manque de reflexion, perte de créativité ... un constat détonant !

La baronne Susan Greenfield, neuroscientifique britannique à l’Université d’Oxford, qui s’est exprimée à ce sujet dans les colonnes du Daily Mail[1], estime que les sites tels que Facebook ou Twitter raccourcissent la durée d'attention, encouragent la gratification instantanée et rendent les jeunes plus centrés sur eux-mêmes (égocentriques). La scientifique craint que les nouvelles technologies infantilisent les jeunes « en maintenant leur cerveau à l'état d’un petit enfant, attiré par les bourdonnements et les lumières vives, avec une durée d'attention limitée et vivant pour l’instant présent. »
 
Plus inquiétant encore, selon elle, la hausse du temps passé par les jeunes à des relations virtuelles sur nos ordinateurs doit être un des facteurs à envisager dans l’accroissement de la prévalence de l’autisme dans nos pays occidentaux. D’autre part, selon la revue Psychopathology[2], une étude de grande envergure montre que l’utilisation excessive d’Internet est liée à des risques de dépression. Les relations de causes à effet ne sont pas toutefois établies, mais pour le docteur Morrison  : « cette étude renforce la spéculation selon laquelle lorsque le Web sert à remplacer les interactions sociales réelles, alors il y a des risques de troubles psychologiques comme la dépression et la toxicomanie ». Et les personnes les plus exposées sont les jeunes puisqu’il s’agit de la génération qui passe le plus de temps sur Internet.
 
Le chercheur Howard Rheingold, qui étudie l’impact des nouvelles technologies sur notre société, estime qu’Internet favorise "la superficialité, la crédulité et la distraction », car notre attention a du mal à se discipliner et à se déployer dans un milieu toujours en mouvement – lorsque nous surfont sur le Web nous sommes toujours tentés de cliquer sur un nouveau lien - L'Internet serait également à l'origine de la « disparition de la rétrospection et de la réminiscence », affirme Evgeny Morozov, un expert étudiant l’impact du Web sur la sphère politique. "Nos vies sont de plus en plus vécues dans le présent, et nous sommes complètement détachées, même des faits récents... Notre capacité à la réflexion en est malheureusement réduite."
 
Nos pensées sont donc différentes. Mais plus profondément, les nouvelles technologies génèrent de nouveaux processus de pensée. Dont peu seraient bénéfiques. « L'omniprésence de l'information nous rend moins susceptibles de faire appel à notre réflexion avant d’avoir recours à Internet », écrit le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi de Claremont Graduate University. Et le fait que l’information en ligne soit souvent décontextualisée répond davantage aux besoins immédiats au détriment d’une compréhension plus profonde des sujets… Parce que les informations sont à portée de clic, le physicien Haim Harari, soutient qu’« Internet nous permet de connaître moins de faits... car il réduit leur importance absolue en tant qu’élément ». Cela favoriserait d’autres processus, comme corréler les faits entre eux « en distinguant les questions importantes et secondaires, et en préférant la logique pure ou le bon sens dominer en fonction des situations. » En nous inondant d'informations, Internet nous rend également plus crédules et nous donne « l’illusion de la connaissance » selon le Philosophe Nassim Taleb auteur de « The Black Swan ». Mais nos connaissances en deviennent « plus fragiles », car « pour chaque nouvelle information trouvée, il y a quelqu'un qui conteste le fait pas loin » (Kevin Kelly, cofondateur du Wired Magazine).
 
 
Enfin pour l’historien scientifique, George Dyson, la multitude des informations disponibles sur la Toile nuit à la créativité. Selon lui, nous somme passés d’une démarche « positive » qui consistait à récolter des fragments d’information pour constituer un cadre de connaissance, à une démarche « destructrice » qui consiste plutôt à supprimer et ignorer des informations inutiles pour révéler la connaissance qui s’y cache. La créativité repose donc sur la destruction plutôt que l’accumulation.
 
Pas ou peu d’effets du Web pour d’autres…
 
Pour le neuroscientifique Joshua Greene, de l’Université de Harvard, « l’Internet nous a offert un plus grand accès à l’information, mais cet outil n’a pas changé notre manière de penser ». Steven Pinker, psychologue cognitif au sein de la même université, va dans la même direction : « Les supports numériques n’affectent pas les mécanismes du cerveau dans l’accumulation des informations ».
 
Pourtant, sur le Web, on tombe sur quantité d’anecdotes de personnes qui, outre leur sentiment de perte de concentration pendant leur surf, se laissent « hypnotiser » par Internet, et passent des heures à flâner sur la toile. Alors, Google nous rendrait t’il stupide[3] ?
 
Les nouvelles technologies stimuleraient d’autres parties de notre cerveau
 
Pourtant la multitude des liens sur le Web constitue une véritable toile d’araignée qui nous aide à établir des "liens entre les idées, faits, etc », suggère le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi. Pour Kelly, l'incertitude résultant de l'omniprésence des faits et des "anti-faits" favoriserait "une sorte de fluidité » de la pensée, ce qui nous rend "plus actifs, moins contemplatifs." Une pensée intégrée donc ?
 
Des études scientifiques menées l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) semblent confirmer également un effet positif, mais il diffère en fonction de l’âge. La recherche d’information sur Internet procurerait aux adultes d’un âge avancé (de 55 à 76 ans), une stimulation accrue du cerveau et un raisonnement plus complexe.[4] Dans ce cas précis, ce serait les centres clés du cerveau contrôlant le processus de décision qui seraient stimulés, favorisant le processus de mémorisation chez les personnes d’âge mûrs. La stimulation cérébrale sur le Web serait d’ailleurs supérieure à celle exercée par la lecture comme en témoigne les IRM ci-dessous. Ceci s’expliquerait par le fait qu’il faut prendre sans cesse de nouvelles décisions pour cliquer sur de nouveaux liens et trouver de nouvelles informations. Toutefois, ces résultats ne sont valables que pour les personnes qui avaient déjà une expérience d’Internet. Pour ceux qui étaient novices, les arbres de décisions étaient en effet beaucoup moins complexes, et l’activité cérébrale plus réduite.
 
 
Selon le neuro-scientifique Gary Small[5], à l’origine de cette étude, pour les individus de moins de 30 ans, le Net à haute dose permettrait d’aller rapidement à l’essentiel, et de filtrer efficacement l’information, et les rendrait également plus créatifs. Toutefois, le constat n’est pas tout rose car le Web provoque en parallèle des difficultés de concentration, et du coup, il est plus difficile d’assimiler les informations lorsqu’elles sont nombreuses.
 
Pour le Docteur Brent Coker, du Department de Management à l’université de Melbourne[6], autoriser les pauses Internet aux salariés aurait un effet positif sur la qualité du travail des salariés. « Surfer sur internet pour son propre loisir crée des moments où l’on peut s’échapper de son travail pour mieux y revenir, avec davantage de concentration. » L’étude qu’il a mené montrerait que les gens qui surfent au travail sur la Toile pour le plaisir -dans une limite raisonnable de moins de 20% de leur temps – auraient une meilleure productivité - d'environ 9% supérieure à ceux qui ne le font pas !
 
 
Faut-il appliquer le principe de précaution ?
 
 
Les étudiants, eux, en sont en tout cas certains : Internet offre souvent un gain de temps, permettant de s’économiser le bon vieux brouillon utilisé jadis. Qu’en sera-t-il concrètement des toutes nouvelles générations qui auront été en contact très jeune avec les nouveaux média, lorsqu’elles devront quitter leur écran pour se forger des amitiés durables, trouver un partenaire et dénicher un travail ?
 
Il s’agira sans doute, comme le suggèrent des chercheurs de l’Université du Minnessota (aux Etats-Unis) , après avoir questionné des enfants, de s’approprier les nouvelles technologies de l’Internet pour pouvoir se frayer un chemin dans notre société en évolution rapide. Christine Greenhow[7], chercheuse en technologies d’apprentissage à l’Université du Maryland, insiste sur le fait que « les jeunes misent avant tout sur les sites de réseautage social ».
 
Pour le moment, il est donc difficile de déterminer une quelconque influence bonne ou mauvaise de l’Internet sur les nouvelles générations. Même si pour Sue Palmer, auteur de « Toxic Childhood » -Enfance toxique- il est impératif de « faire l’apprentissage des relations humaines avant de toucher à un clavier ». Pour la psychologue en éducation, Jane Healy, les enfants doivent être tenus à l'écart des jeux vidéo jusqu'à sept ans. Car la plupart des jeux impliquent des réactions de lutte ou de fuite – flight-or-fight response - plutôt que de stimuler les zones du cerveau responsables du raisonnement.
 
Une chose demeure toutefois certaine : le cerveau des nouvelles générations fonctionne différemment mais il faudra attendre quelques années avant d'éclaircir le lien avec les nouvelles technologies.
 
La Rédaction CareVox

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  • Ecouter également le débat sur le même sujet sur Télérama, ici

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Commentaires
7 votes
par Christian Navis (IP:xxx.xx6.249.216) le 16 décembre 2010 a 12H09
Christian Navis (Visiteur)

Les neurosciences se sont penchées sur les processus cognitifs et, aujourd’hui, il est admis que lorsque notre très lointain ancêtre a eu l’idée de tailler un silex, cela a modifié la géométrie de ses synapses, élargi son champ perceptif, et eu une incidence sur sa façon de communiquer pour montrer aux autres sa découverte. Toute la civilisation s’est construite de la sorte, et le web n’est qu’une des dernières opportunités de réagencement de nos neurones, et des modifications comportementales qui en résultent. Pas de quoi s’inquiéter !

1 vote
par definitely X (IP:xxx.xx1.99.19) le 16 décembre 2010 a 20H00
definitely X (Visiteur)

"Plus inquiétant encore, selon elle, la hausse du temps passé par les jeunes à des relations virtuelles sur nos ordinateurs doit être un des facteurs à envisager dans l’accroissement de la prévalence de l’autisme dans nos pays occidentaux"=>l’autisme est un handicap congénital, comment pourrait-on le devenir, même en étant geek ? soit, un enfant éleve par son ordinateur pourrait sans doute développer des troubles autistiques...

juste après : "une étude de grande envergure montre que l’utilisation excessive d’Internet est liée à des risques de dépression"=> pourquoi pas, mais il est dommage que l’étude n’aborde pas aussi la question inverse : des individus "à tendance dépressive" ou isolés, peuvent trouver refuge dans le virtuel

par contre pour les difficultés de concentration, je suis d’accord...malheureusement, on ne peut pas tout avoir

0 vote
par Edouard Malek (IP:xxx.xx8.63.45) le 16 décembre 2010 a 22H39
Edouard Malek (Visiteur)

Bonjour.

J’aimerais quelques arguments à propos de cette phrase : Une chose demeure toutefois certaine : le cerveau des nouvelles générations fonctionne différemment mais il faudra attendre quelques années avant d’éclaircir le lien avec les nouvelles technologies.

0 vote
par anomail (IP:xxx.xx2.242.225) le 16 décembre 2010 a 22H58
anomail (Visiteur)

Il serait intéressant de rappeler qu’avant internet, on avait déjà la télévision pour nous abrutir.

A présent on se méfie des effets d’Internet sur nos enfants, mais par contre on les laisse des heures devant la télé sans problème pourvu qu’ils nous fichent la paix...

0 vote
par L.P le 17 décembre 2010 a 15H51
L.P, 9 articles (Rédactrice en Chef)

Oui tout à fait d’accord ! Il y a d’ailleurs un article que nous avions publié en 2008, sur les risques de la télévision pour les enfants( http://www.carevox.fr/enfants-ados/...), en particulier les plus jeunes.

0 vote
par L.P le 17 décembre 2010 a 15H54
L.P, 9 articles (Rédactrice en Chef)

Il faut encore des études complémentaires pour identifier clairement l’impact des nouvelles technologies et les jeux vidéo sur le cerveau. Comme nous le voyons dans l’article, tous les scientifiques et experts, ne sont pas d’accord sur la question.