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Cancer : la relation médecin-patient est plus compliquée qu’il n’y paraît
Cancer : la relation médecin-patient est plus compliquée qu'il n'y paraît
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8 décembre 2010
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Catherine Cerisey , 45 articles (Rédacteur)

Catherine Cerisey

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Cancer : la relation médecin-patient est plus compliquée qu’il n’y paraît

Cancer : la relation médecin-patient est plus compliquée qu'il n'y paraît

J’ai eu la chance incroyable de tomber (ou plutôt de choisir) un cancérologue exceptionnel  : humain, charmant, empathique, à l’écoute de tous mes mots et maux, allant jusqu’à noter mes moindres réflexions dans un dossier qui du même coup, ressemble aujourd’hui à l’Encyclopédia Universalis, en aucun cas avare de son temps …. il a été parfait tout au long de mon parcours thérapeutique. Malheureusement, pour avoir rencontré et entendu bon nombre de malades, je sais qu’il n’en est pas de même pour tous.

Soyons clairs, souvent débordés, fatigués, usés, les médecins font avant tout leur métier : soigner et essayer de sauver leur patient. Peu importe les effets secondaires, les dommages collatéraux, la qualité de vie mise à mal, ne parlons pas des états d’âme, les malades sont réduits à des cellules malignes qu’il faut tuer. L’esprit disparaît à leurs yeux au profit d’un simple corps envahi par un « crabe » à combattre. Les cancérologues finissent par oublier qu’ils ont face à eux des êtres humains qui respirent, vivent, pensent, souffrent…. Notre état mental semble avoir bien peu d’importance pour ces praticiens qui nous paraissent dénués d’humanité. Ces parfaits techniciens, de plus en plus performants, vont jusqu’à refuser d’écouter et, en tout cas, n’entendent manifestement pas les plaintes incessantes des patients qui ne supportent plus les souffrances induites par les traitements. Que sont une perte de cheveux, des douleurs articulaires, une baisse de libido …. face à une mort qui nous pend au nez ? Quant aux problèmes d’ordre psychologiques, il existe des spécialistes pour ça !
 
Mais aujourd’hui le patient est devenu acteur de sa maladie. il la connaît, sait reconnaître les symptômes, veut discuter d’égal à égal avec son praticien, être écouté, entendu et soigné dans son ensemble. Ses demandes sont ô combien légitimes ! Le médecin tout puissant a fait son temps et il est urgent que celui-ci prenne en compte cette nouvelle donne.
 
Un livre sur le sujet sorti en septembre dernier aux éditions Odile Jacob : « Cancer : le malade est une personne » écrit par un journaliste, Antoine Spire, et un philosophe, Mano Siri, aborde la plupart des aspects de cette relation médecin – patient. Les auteurs en appellent à une médecine plus humaine, moins technique pour atteindre ce qui est finalement l’objectif des deux parties : guérir ! Dans ce plaidoyer destiné à tous, ils pointent du doigt les problèmes auxquels nos cancérologues sont confrontés.
 
La société doit faire face à une pénurie d’oncologues et les chiffres avancés dans l’ouvrage font peur : on compte actuellement en France 0,7 cancérologues pour 100 000 habitants ! Plus de malades, moins de soignants …. et nous voilà confrontés à des médecins surchargés, ne disposant pas du temps nécessaire pour une consultation bien souvent expédiée en 10 minutes, pour répondre au téléphone, rassurer, entendre, comprendre … (voir la vidéo : » nous irons tous à l’hôpital » de Bernard Giraudeau sur le site de la maison du cancer).
 
D’autre part, les médecins sont-ils vraiment formés à l’écoute ? En réalité il ont très peu (ou pas) de cours de psychologie lors de leurs études ou de la formation continue qu’ils doivent suivre tout au long de leur carrière. La conclusion semble évidente : si les traitements sont de plus en plus personnalisés, de plus en plus performants, ce n’est pas le cas de la consultation ! Pourtant ces formations sont essentielles. Un cancérologue est avant tout un être humain confronté à la mort de façon quasi quotidienne. Il doit se protéger, ne pas projeter, apprendre à comprendre au delà de la maladie, l’état psychologique de son patient. C’est en prenant le malade dans son entièreté, en soignant corps et esprit, qu’il pourra lui donner les meilleures chances de guérir, ou en tout cas, l’aidera au mieux.
 
Le Docteur David Khayat, lui même cancérologue, lors de sa présidence de l’INCa avait demandé en 2005 la création d’un Département de recherches dans les sciences humaines censé observer et qui sait, trouver des solutions à cet énorme écueil dans le parcours thérapeutique. Malheureusement le projet a été rapidement abandonné en 2006, grâce à Monsieur Dominique Maraninchi plus intéressé par les chiffres de guérison dont il nous abreuve à tout va ! (voir mon post : Merci l’INCa, je suis guérie !) Le président actuel devrait revoir sa copie… Et, plutôt que de passer son temps à répondre aux journalistes, il ferait bien de se pencher sur ces aspects essentiels de la « guérison » des cancers. Parce que pour bien « guérir » il faut savoir écouter !
Alors, quelles solutions ? Peut-être faudrait-il, dans un premier temps, ouvrir le numérus clausus (d’autant plus que le manque touche d’autres spécialités). Ceci permettrait de former d’autres cancérologues qui, je le rappelle, ne seront opérationnels que dans une dizaine d’années. Pour l’instant, on pallie à cette pénurie en faisant venir des médecins étrangers qui ne suivent pas, pour la plupart, des études aussi longues et et aussi complètes qu’en France ! Dans le second, il est clair qu’augmenter sensiblement le nombre de formations psy proposées à nos cancéros présents et futurs ne pourrait qu’être bénéfique pour des patients qui n’ont pas tous accès à des consultations d’onco-psychologues. Et quand ils sont présents, ces derniers passent un temps fou à réparer les dégâts occasionnés par des médecins peu enclins à l’écoute.
Bien entendu, ces mesures ne résoudront pas tout, et l’on trouvera toujours des oncologues désinvestis au point d’en devenir incompétents. Mais, à mon avis, aider cette profession devrait faire partie des plans cancer, qui, pour l’instant, ne prennent peut être pas suffisamment la mesure de tous les problèmes. Le premier a mis en place le dispositif d’annonce qui tarde à se mettre en place. Le second semble destiné à désengorger les hôpitaux en mettant les malades le plus rapidement possible, dans les mains des médecins de ville. C’est bien sûr une solution : vider les hôpitaux permettra de dégager du temps pour les consultations des malades en soin. Mais les généralistes sont-ils formés pour le suivi délicat d’un patient une rémission ? Il reste vraiment du pain sur la planche ! Espérons que le troisième plan cancer, s’il voit le jour, prenne en compte toutes ces questions.
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Soigner, voire guérir est bien, même nécessaire bien entendu, mais pas suffisant…. Les plaintes des malades sont de plus en plus nombreuses et les disparités entre les différents centres surchargés sont criantes. La relation médecin-patient devrait être au coeur des discussions des politiques, car trop de personnes souffrent de cette médecine de plus en plus déshumanisée…. Alors Monsieur Xavier Bertrand, Monsieur Maraninchi, si vous me lisez…
Catherine Cerisey

POST-SCRIPTUM

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