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Avancées majeures dans le traitement du mélanome métastatique
Avancées majeures dans le traitement du mélanome métastatique
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20 juin 2011
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Avancées majeures dans le traitement du mélanome métastatique

Avancées majeures dans le traitement du mélanome métastatique

Des équipes internationales comprenant notamment des médecins de l’hôpital Saint-Louis (AP-HP) et de l’Institut Gustave Roussy viennent de publier dans la revue The New England Journal of Medicine les résultats de deux nouveaux essais thérapeutiques qui permettent d’améliorer de manière importante la survie de patients atteints d’un mélanome de stade très avancé.

Le mélanome était jusqu’à présent un cancer de la peau redoutable lorsqu’il est diagnostiqué à un stade avancé ou métastatique du fait de sa grande chimiorésistance. Au stade métastatique, la survie des patients n’excède pas 9 mois dans la moitié des cas. Bien qu’il ne représente que 4% de l’ensemble des cancers de la peau, le mélanome est à l’origine de 80% des décès liés à des cancers cutanés.

Les essais thérapeutiques menés dans ces deux études multicentriques internationales montrent l’efficacité de deux nouveaux traitements, administrés en première intention, disponibles dans les domaines de l’immunothérapie et des thérapies ciblées.

Immunothérapie

Dans une étude précédente, un essai thérapeutique mené sur des patients atteints d’un mélanome métastatique, en état d’échec thérapeutique, avait montré pour la première fois un allongement moyen de 4 mois de la survie des malades traités avec un anticorps, l’ipilimumab. Cet anticorps a pour mode d’action non pas de cibler les cellules cancéreuses elles-mêmes mais de stimuler la réponse immunitaire dirigée contre les cellules malignes.

Les résultats de cette nouvelle étude montrent un bénéfice de près de 30% de survie pour des patients souffrant d’un mélanome avancé et traités en première intention par l’ipilimumab, associé à un agent chimiothérapeutique anticancéreux classique, la dacarbazine. Ces résultats obtenus ont été comparés au traitement avec la dacarbazine seule. « Si cette seconde étude confirme clairement l’intérêt de l’ipilimumab dans le traitement du mélanome avancé, l’adjonction de la dacarbazine n’augmente pas le bénéfice et augmente beaucoup la toxicité. C’est donc dans l’immédiat l’ipilimumab en monothérapie qui a obtenu l’autorisation de mise sur le marché. » indique le Pr Céleste Lebbé, du Centre d’oncodermatologie du service de dermatologie de l’hôpital Saint-Louis (AP-HP).

De manière importante, les réponses à l’ipilimumab sont durables. Toutefois, la molécule d’ipilimumab peut être responsable dans certains cas d’effets indésirables principalement digestifs, hépatiques et endocriniens. Ces effets secondaires sont cependant gérables par une équipe médicale ayant l’expertise de cette molécule grâce à une corticothérapie générale, voire plus rarement à des immunosuppresseurs pendant une durée limitée.

Thérapie ciblée

Depuis peu, des thérapies médicamenteuses ciblées sont également développées pour traiter les mélanomes métastatiques. Ces thérapies ciblent des protéines impliquées dans la transformation tumorale des cellules, en particulier l’une d’elle dénommée BRAF, impliquée chez 50% des patients. Cette protéine qui est normalement présente dans les cellules se retrouve mutée dans les cellules cancéreuses, ce qui a pour conséquence de contribuer à activer la survie et la croissance tumorales.

Dans cette étude, des essais thérapeutiques utilisant un inhibiteur de l’activité de la protéine BRAF, le vemurafenib montrent un bénéfice de survie de plus de 60% des patients par rapport au groupe de patients traités avec la dacarbazine seul. Il est également montré que la tolérance au Vemurafenib est bonne en dehors de l’apparition de carcinomes cutanés secondaires au traitement. Mais en règle générale, ces carcinomes sont peu agressifs et accessibles à la chirurgie.

Les résultats de ces essais thérapeutiques représentent une avancée majeure pour le traitement des patients atteints d’un mélanome de stade très avancé. Les espoirs d’améliorer encore ces résultats reposent sur l’évaluation d’autres associations comme l’ipilimumab et un inhibiteur de BRAF ou d’une autre molécule apparentée (MEK), et l’évaluation de nouvelles molécules en immunothérapie et dans le domaine des thérapies ciblées.

Pour le Pr Céleste Lebbé, « ces résultats montrent que le mélanome métastatique n’est plus un cancer dit incurable mais que des traitements majeurs sont déjà disponibles pour les patients. La recherche doit bien entendu être poursuivie pour lever les résistances observées à ces traitements et travailler sur d’autres cibles thérapeutiques ».

Le centre des cancers cutanés et le centre d’investigation clinique de l’hôpital Saint Louis (AP-HP), spécialisés dans les essais thérapeutiques précoces, travaillent en étroite collaboration pour proposer aux patients un accès précoce à des molécules innovantes.

L’ipilimumab est déjà disponible en France en ATU (autorisation temporaire d’utilisation) nominative depuis juin 2010. Il sera commercialisé sous le nom de Yervoy et il devrait bénéficier d’ici quelques semaines d’une AMM européenne. Le vémurafénib est disponible en France en ATU depuis mai 2011. L’AMM déjà obtenue aux USA devrait intervenir en Europe dans les prochaines semaines.

Sources :

> Ipilimumab plus Dacarbazine for Previously Untreated Metastatic Melanoma.
N Engl J Med. 2011 Jun 5. >> Lire ici
Robert C, Thomas L, Bondarenko I, O’Day S, M D JW, Garbe C, Lebbe C, Baurain JF, Testori A, Grob JJ, Davidson N, Richards J, Maio M, Hauschild A, Miller WH, Gascon P, Lotem M, Harmankaya K, Ibrahim R, Francis S, Chen TT, Humphrey R, Hoos A, Wolchok JD.
> Improved Survival with Vemurafenib in Melanoma with BRAF V600E Mutation.
N Engl J Med. 2011 Jun 5. >> Lire ici
Chapman PB, Hauschild A, Robert C, Haanen JB, Ascierto P, Larkin J, Dummer R, Garbe C, Testori A, Maio M, Hogg D, Lorigan P, Lebbe C, Jouary T, Schadendorf D, Ribas A, O’Day SJ, Sosman JA, Kirkwood JM, Eggermont AM, Dreno B, Nolop K, Li J, Nelson B, Hou J, Lee RJ, Flaherty KT, McArthur GA ; the BRIM-3 Study Group

Véronique Dubernard
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