Accueil du site
> Santé & Maladies > Les Actus
Mon logo CareVox
CareVox par RSS
CareVox sur Facebook
CareVox sur Twitter
Autotest VIH : une grande avancée. Surtout pour le dépistage des seniors et des mineurs
Autotest VIH : une grande avancée. Surtout pour le dépistage des seniors et des mineurs
catégorie
note des lecteurs
date et réactions
16 septembre 2015
Auteur de l'article
mackysanogo, 31 articles (Rédacteur)

mackysanogo

Rédacteur
note moyenne des lecteurs
nombre d'articles
31
nombre de commentaires
0
nombre de votes
0

Autotest VIH : une grande avancée. Surtout pour le dépistage des seniors et des mineurs

Autotest VIH : une grande avancée. Surtout pour le dépistage des seniors et des mineurs

L’autotest de dépistage du VIH est en vente libre dans les pharmacies françaises depuis ce mardi 15 septembre. Une nouveauté qui pourrait enfin permettre de réussir là où nous, spécialistes de la santé, échouons depuis plusieurs années : conduire les 30.000 séropositifs qui s’ignorent à se faire dépister et à entrer dans le système de soins.

 

Un test discret et sans intermédiaire

En effet, en 2009, le gouvernement avait lancé une campagne de sensibilisation destinée à encourager le dépistage spontané de toutes les personnes s’étant exposées à un risque.

Malheureusement, l’opération s’est révélée bien moins efficace que prévu. La première année du Plan National 2010-2014, les dépistages en France ont augmenté de seulement 4% et ils n’ont pas bougé depuis. Pourtant, sans dépistage massif et ciblé, nous ne pourrons jamais tenter de contrôler l’épidémie vih/sida.

En tant qu’infectiologue, je place donc beaucoup d’espoir dans ce nouvel outil de dépistage privé qui viens compléter l’offre disponible (médecine de ville, hôpital, laboratoires, CDAG, centres communautaires équipés de TROD…).

L’avantage principal de ce test est qu’il nécessite aucun intermédiaire, ni humain ni chimique. Seul, vous pouvez vous rendre en pharmacie, l’acheter et le faire simplement en utilisant une goutte de votre sang.

Cela ne veut pas dire pour autant que vous ne pouvez pas solliciter un de vos proches ou votre partenaire pour vous accompagner. Ce test a l’avantage de pouvoir se faire en toute discrétion et en toute intimité sans priver pour autant la personne de soutien psychologique.

Cette nouvelle méthode devrait encourager des personnes les plus à risques, peu désireuse de partager les détails de leur vie sexuelle avec un centre de dépistage ou une communauté quelconque, à se faire tester.

Une nouvelle option pour les mineurs et les seniors 

Je pense notamment aux mineurs qui n’ont pas la possibilité d’échanger avec leurs parents sur le sujet et qui ne peuvent pas se permettre de prendre le risque qu’un résultat de test arrive au domicile familial ou qu’une analyse de ce type figure dans leur dossier de sécurité sociale.

Lors d’une de nos interventions de sensibilisation avec des lycées et collèges du XXe arrondissement de Paris, le 1er décembre, j’ai été extrêmement déçu de ne pas pouvoir répondre à la demande de certains élèves. La majorité des classes de seconde ou de 4e souhaitait se faire dépister mais, faute de l’accord des parents, nous n’avions pas pu leur faire de test rapide (TROD).

Les seniors sont également concernés. Quand vous avez passé la barre des 60 ou 70 ans, vos proches et le reste de la société considèrent que vous n’avez plus aucune sexualité, ou du moins que c’est vraiment la dernière chose dont ils ont envie de discuter avec vous. Face à ce mur, les seniors ne pensent même pas à se faire dépister. Pourtant, ils ne sont pas à l’abri avec notamment plus de difficultés à se protéger avec le préservatif. Nous suivons aujourd’hui des séropositifs de plus de 70 ans. 

Les personnes qui ont peur de parler devant des soignants, par crainte d'être stigmatisés, peuvent également bénéficier de cette nouvelle pratique de dépistage. Plus besoin d’avoir affaire à un soignant pour savoir si l’on est séropositif ou non. Cette information n’est plus médicalisée.

Je n’oublie pas non plus ceux qui mènent une vie "secrète" vis-à-vis de leur partenaire habituel, avec de multiples partenaires et des comportements à risque. Au moins, depuis aujourd’hui, ils ont un moyen de surveiller leur état sérologique, et donc de préserver leurs partenaires, sans pour autant vivre l’angoisse de devoir se rendre dans un centre public.

Outre ces populations-là, j’invite toutes les personnes qui le souhaitent à s’autotester. Certes, il faut débourser entre 25 et 28 euros pour se procurer le test, mais, la santé sexuelle vaut bien quatre paquets de cigarettes ! Les tests de grossesse maison et certains vaccins sont aussi à la charge du citoyen.

J’espère également que la notice sera traduite dans un maximum de langues. Nous avons tenté de la rendre la plus simple de compréhension possible. Ce qui semble avoir fonctionné puisque, lors des évaluations, 93.5% des testés ont estimé qu’elle était facile à comprendre.

Les limites du "test maison"

Bien évidemment, ce test a des limites. Ce n’est pas une révolution mais une évolution.

D’abord, il faut laisser s'écouler un temps de trois mois entre le rapport à risque et l'autotest afin d’être certain de ne pas avoir été contaminé par le virus. Contrairement aux tests en centre de dépistage ou dans un laboratoire, où il suffit de respecter un délai de six semaines.

A ceux qui prédisent déjà le recul du port du préservatif, je dirais qu’il ne faut pas tout mélanger. En informant les personnes, nous pouvons leur expliquer qu’un test fait trop tôt ne dispense pas de protection. Il ne suffit pas de s’autotester négatif tous les soirs pour vivre une sexualité non-protégée sans danger.

Ensuite, il est vrai que ce test n'assure pas un suivi médical systématique. En effet, nous ne pouvons pas obliger les individus à appeler Sida info service et à consulter un médecin. Certains pourraient en effet être tentés de s’enfermer chez eux à la vue du résultat qu’ils redoutaient. Mais la réaction de l’autruche se vérifie aussi dans certains centres de tests classiques (CDAG), où 20% des testés ne viennent jamais chercher leur résultat.

Cependant, nous pouvons tenter de simplifier la vie de ces personnes en rendant l’accès à un médecin immédiat et facile. C’est pour ça qu’à l’hôpital Tenon, nous avons mis en place un numéro d’accès (07 62 90 96 27) qui permet aux (auto)testés positifs d’avoir un rendez-vous avec un médecin dans la semaine et non trois mois plus tard.

1% de marge d'erreur 

Le test, comme tous les tests classiques, comporte aussi une marge d’erreur mais elle est réduite au minimum. Elle est estimée à 1% en France contre plus de 5% aux Etats-Unis où ce système de dépistage est disponible depuis 2012.

Il est encore trop tôt pour prévoir les résultats que ce test offrira mais pour tenter de les chiffrer, le ANRS (Agence Nationale de Recherche sur le Sida et les hépatites) mènera des évaluations afin de mesurer l’augmentation des dépistages et celle des demandes d’accès aux soins par des personnes séropositives.

Je ne doute pas de l’inventivité de la Recherche mais finalement, ce test, c’est un peu une chance supplémentaire de parvenir à banaliser le dépistage du vih/sida. 

 

 

Les internautes qui ont lu cet article ont aussi consulté
Mots-clés :
Virus Sida Vih Séropositif