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Le stress : le mal de notre société ?
Le stress : le mal de notre société ?
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22 octobre 2008 | 4 commentaires
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Jean Krakowiecki, 3 articles (Conseiller en gestion du stress)

Jean Krakowiecki

Conseiller en gestion du stress
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Le stress : le mal de notre société ?

Le stress : le mal de notre société ?

Considéré comme "un des plus graves problèmes de notre temps" selon le Bureau International du Travail, le stress est un fléau qui concerne 75 % des français. CareVox s’est donc intéressé à cette problématique qui nous touche au quotidien. Voici le premier article de notre dossier qui fait le point sur le stress dans notre société. D’où vient-il, quel est son impact sur la santé, quel coût pour la société ?

On parle beaucoup du stress mais ce n’est pas un phénomène nouveau…

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Stress : le dossier CareVox

Le mot stress évoque pour la plupart d’entre nous le stress au travail. En réalité, ce terme revêt une réalité et des problématiques bien plus complexes. Ainsi, le stress existe depuis toujours.

En effet, d’un point de vue biologique, le stress est considéré comme une réaction d’adaptation de l’organisme à toute demande qui lui est faite. Ainsi, la rencontre d’un lion au coin de la rue, provoque une réaction de stress qui nous permettra de courir à toute vitesse pour éviter de se faire mordre ! Dans une optique plus réaliste, le regard de quelqu’un, gagner au loto, une remarque, etc. sont des facteurs qui peuvent tout à fait provoquer le stress. Le stress a entre autre des conséquences physiques, psychologiques et comportementales.

Le stress est donc une réaction biologique, qui nous permet de survivre. Cependant, lorsqu’aujourd’hui nous parlons de stress, nous entendons davantage le stress au niveau professionnel. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’Agence Européenne de Sécurité du travail a adopté une définition : « le stress est ressenti lorsqu’un déséquilibre est perçu entre ce qui est exigé de la personne et les ressources dont elle dispose pour répondre à ces exigences. »

Le travail est devenu une source de stress pour 75 % des Français

Ainsi, le lieu de travail est souvent l’endroit où le stress s’accumule le plus. Le stress professionnel est jugé souvent plus important que le stress non-professionnel ( 6.2 / 10 contre 5/10) (1).

Ainsi, pour 75 % des Français, le travail génère du stress.(2) A ce sujet, il existe d’autres chiffres : selon l’INRS (Institut National de Recherche sur la Sécurité), 28 % d’européens déclarent que leur travail est source de stress. En fait, ce chiffre est certainement sous-estimé car il y a un réflexe de déni et de protection par rapport à la réalité afin de continuer à travailler dans des conditions psychologiques acceptables.

80 % du personnel d’encadrement ressent du stress au travail … mais il est encore difficile d’évoquer le problème auprès de la hiérarchie, puisque 75 % des salariés pensent que se plaindre du stress pourrait nuire fortement à leur carrière…(3)

Et si un stress minimum convient et fait partie de la vie, le stress observé sur le lieu de travail, de par sa répétition, son intensité, va devenir vite nocif ! Car si cette remarquable faculté d’adaptation nous a permis de chasser le mammouth, elle devient contre-productive quand un responsable hiérarchique soumet les salariés à des injonctions paradoxales. Par exemple : charge de travail trop importante pour un délai trop court : quoique je fasse, je suis perdant, voire humilié, mon travail ne sera pas reconnu. Pour éviter cela, je vais tenter de dépasser mes limites.

Les conséquences peuvent être désastreuses : cette adaptation coûte de l’énergie au salarié qui s’épuise, physiquement, mais aussi psychologiquement. Eprouvé dans la durée, le stress devient toxique pour le corps et a des conséquences sur la santé et/ou le comportement de l’individu.

Les ressources chimiques, hormonales, sont de véritables tempêtes pour le corps. La mobilisation de ces ressources va créer des déficits préjudiciables pour la santé : par exemple, le stress va diminuer le taux de magnésium dans le sang (l’adrénaline augmentant la sortie cellulaire du magnésium). Une étude (4) a montré que des souris présentant un déficit en magnésium présentaient des réponses de stress et d’agressivité.

Quelques idées reçues

A priori, on pourrait penser que les hommes sont davantage stressés que les femmes. En réalité, les femmes sont globalement plus stressées que les hommes car si on parle beaucoup d’égalité des sexes, les femmes continuent à gérer davantage de contraintes de la vie quotidienne que les hommes. La « deuxième journée de travail » (aller chercher les enfants, faire les courses, etc.) illustre bien la situation. Ce stress personnel a une influence dans le domaine professionnel.

Au travail, les femmes doivent également faire davantage leurs preuves que les hommes pour avoir des postes à responsabilités, et éprouvent souvent un sentiment d’injustice : à travail égal, rémunération inégale.

Contrairement aux idées reçues, les salariés à responsabilités limitées sont plus stressés que les cadres. Une étude récente de la DARES (Ministère de l’emploi) (5) met ainsi en évidence que les profils à risques correspondent aux employés qui ont une forte demande psychologique mais une faible latitude d’action dans leur travail ( c’est qu’on appelle le « Job Strain » - modèle de Karasek ). Les femmes, employés et ouvriers sont ainsi les plus exposés au « Job Strain ».

Le stress : un véritable enjeu de société

Qu’il nous atteigne directement, nous rende malade, agressif ; qu’il touche nos « responsables hiérarchiques » (parents, chefs, ...) qui ne manqueront pas de nous le transmettre, qu’il touche l’un de nos proches et l’affecte dans sa vie, le stress a donc une répercussion sur l’ensemble de la société. Ses implications ont une incidence sur la santé mais aussi représentent un coût financier important.

Conséquences pour la santé

Le stress, considéré de manière générale (pas seulement le stress au travail), augmente les risques de certaines pathologies et dépendances.

Un lien a ainsi été clairement été établi entre le niveau de stress et les troubles anxieux et dépressifs (6). Les hommes et les femmes éprouvant de fortes tensions et contraintes au travail sont respectivement 2,5 fois et 1,6 fois plus susceptibles de faire une dépression que les autres (7).

Aujourd’hui, en France, entre 4 et 5 millions de personnes ont un problème avec l’alcool soit 23 000 décès directs (11 000 cancers, 9 000 cirrhoses, 2 500 par alcoolo-dépendance) et 22 000 morts indirectes (troubles mentaux, maladies cardiovasculaires, accidents...) par an (8). La proportion d’usagers réguliers de cannabis de 17 ans a plus que triplé entre 1993 et 2002.(9) 1 adulte sur 10 consomme régulièrement des médicaments psychoactifs (pendant au-moins 6 mois dans l’année !)(10) Il y a entre 12 000 et 14 000 suicides par an en France...et plus de 160 000 tentatives...

Pas besoin de s’appeler Sherlock Holmes pour s’apercevoir qu’il y a un gros problème en France... Un problème urgent à traiter.

Y a-t-il un point commun à tous ces faits, chiffres et statistiques ? Oui... le stress ! C’est d’ailleurs en étudiant l’alcoologie, qu’il m’est apparu que le stress était à la base de tous les comportements inadaptés et particulièrement, les dépendances (boulimies, drogues légales, ou illégales...). De plus, beaucoup de pathologies liées au stress et ne sont pas prises en compte dans les chiffres cités plus haut (dermatoses, diabète...). Par exemple, beaucoup de maladies dermatologiques sont influencées, déclenchées ou entretenues par le stress. Le docteur Pomey-Rey a écrit plusieurs livres à ce sujet et a jugé important de lier la psychiatrie à la dermatologie pour mieux traiter les dermatoses. [6]

Un coût économique

Par cette influence sur la maladie, sa nuisance sur la performance du tissu économique et institutionnel, le stress présente un coût financier énorme pour la société. En 1993 déjà, une étude du Bureau International du Travail annonçait 10 % du PNB ! En 2000, toujours selon le BIT, le stress a été évalué jusqu’à 3 % à 4 % du PIB (en arrêts maladie, médicaments, perte de productivité…), soit pour la France «  quelque 60 milliards d’euros », selon Xavier Bertrand.

En partant de ce constat de 3 % du PIB, cela voudrait donc dire qu’un plan de prévention qui connaîtrait 80 % d’échecs suffirait à combler le trou de la Sécurité sociale ! Et cela, juste pour la prévention du stress au travail ...

La prise en charge du stress passe d’abord par la prévention

A l’heure actuelle, le stress est à la source d’une énorme souffrance mentale et psychologique, ainsi que d’une perte importante de productivité pour entreprises... Sans parler du coût exorbitant de la prise en charge de ses effets sur la santé.

Les entreprises qui tendent à mettre en place des politiques de gestion du stress, ont malheureusement tendance à s’attaquer d’abord aux conséquences plutôt qu’aux causes qui sont à l’origine du stress. Si ce soir je rentre chez moi, et que par mégarde, le robinet n’a pas été fermé, je ne vais pas passer la serpillière ou éponger le lavabo : je vais fermer le robinet !

La gestion du stress doit donc passer avant tout par la prévention afin de limiter les facteurs d’apparition. En m’attaquant à la cause plutôt qu’aux conséquences, je dépense moins d’énergie et je gagne en efficacité ! Gageons que nous puissions rattraper tout ce temps perdu !

Jean Krakowiecki, Institut de Recherche sur le Stress

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La suite du dossier stress, la semaine prochaine. Vous pouvez dores et déjà poser vos questions et/ou poster vos impressions sur notre forum.

Accéder au dossier Stress sur CareVox.

Consultez le micro-troittoir sur NaturaVox pour savoir ce qui stresse les Français

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Sources :

1. http://www.gestiondustress.net/

2. http://www.pelerin.info/article/index.jsp?docId=2310455&rubId=9196

3. http://www.medecinedutravail-syndicat.org/accueil.html

4. (Jean-Georges Henrotte – 1980)

5. http://www.travail-solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/2005.05-22.1_v3.pdf

6. (Mathieu Poirot – p 2650) http://www.agrh2004-esg.uqam.ca/pdf/Tome4/Poirot_Mathieu.pdf

7. http://www.passeportsante.net/

8. http://www.ofdt.fr/BDD_len/seristat/indexpro.xhtml

9. http://www.ofdt.fr/BDD_len/seristat/00010.xhtml

10. Source : Consommation d’alcool et de tabac - enquête sur la santé et les soins médicaux 1991-1992, INSEE - CREDES - SESI - Documents statistiques n°262, SESI, 1996

11. http://www.sante.gouv.fr/htm/actu/34_010405.htm#2001

12. http://www.cerdp.org/index.php

Les internautes qui ont lu cet article ont aussi consulté
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Mots-clés :
Stress
Commentaires
3 votes
par ZEN (IP:xxx.xx9.105.83) le 23 octobre 2008 a 11H41
ZEN (Visiteur)

Merci pour cette analyse intéressante

Les nouveaux modes de management sont des facteurs de stress , n’est-il pas ?

- http://www.lemonde.fr/societe/artic...

Les analyses de C.Dejour ("Souffrance en France") vont aussi en ce sens

3 votes
par ZEN (IP:xxx.xx9.105.83) le 23 octobre 2008 a 13H19
ZEN (Visiteur)

J’avais écrit un commentaire qui a disparu...

Je recommence :

Analyse intéressante Je pense qu’il faut faire un lien avec les méthodes actuelles de management http://www.lemonde.fr/societe/artic...

A relier aussi avec l’excellent livre de C.Dejour :" La souffrance en France"

1 vote
(IP:xxx.xx8.34.180) le 23 octobre 2008 a 16H18
 (Visiteur)

Le stress est une concéquence.

il faudrait plutot regarder des hypocrisies ambiantes.

1 vote
par Jean Krakowiecki (IP:xxx.xx2.255.244) le 27 octobre 2008 a 15H13
Jean Krakowiecki (Visiteur)

Le management génère quantité de stress mais n’est pas non plus responsable de tous les maux !

Cela étant, certains "outils" peuvent mettre les employés en situation d’inhibition de l’action, occasionnant de grands dégâts humains.

Mais je souhaiterais élever le débat en posant la question au niveau de l’être humain en général, et pas seulement au niveau du manager ... Combien de parents par exemple se permettent des violences physiques envers leurs enfants qui découvrent la vie ?

Le pouvoir sur autrui peut être un poison.

Dans une situation de stress le pouvoir peut servir à se dé-stresser : en frappant son enfant physiquement ou avec des mots, ou en humiliant un employé, etc ... Pour suivre ma pensée, j’ai développé la question de manière plus approfondie ici : http://www.agoravox.fr/article.php3...