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Le dogme de la mort encéphalique a vécu
Le dogme de la mort encéphalique a vécu
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5 septembre 2008 | 6 commentaires
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Catherine Coste, 48 articles (Journaliste)

Catherine Coste

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Le dogme de la mort encéphalique a vécu

Le dogme de la mort encéphalique a vécu

Le concept de mort encéphalique, qui date de 1968, a 40 ans. C’est en 1968 qu’un ’rapport’ de Harvard remplaçait l’arrêt cardio-vasculaire comme signe de la mort clinique par celui de l’électro-encéphalogramme plat.

Le concept de mort cérébrale est validé aux USA le 5 août 1968, par la déclaration de Harvard, et le 25 avril 1968 en France par la circulaire Jeanneney. Dans le même temps, les deux pays se gardent bien de préciser les critères de cette mort cérébrale : pour les Américains, ces critères doivent être établis en fonction des connaissances scientifiques, tandis qu’en France, si la circulaire de 1968 dit que l’élaboration des critères va être "imminente et proposée par l’Académie de Médecine", ces critères ne seront donnés que 28 ans plus tard, avec la loi de la bioéthique de 1996 ! La France a donc eu quelques mois d’avance sur les Américains pour décréter que la mort cérébrale était un état de mort. En France, deux jours après la promulgation de cette circulaire, la première greffe à partir d’un donneur considéré en mort cérébrale avait lieu.

Le 2 septembre 2008, en Italie, l’Osservatore Romano revient sur le critère de mort cérébrale :

"Le quotidien du Vatican remet en question la mort cérébrale comme critère de la fin de la vie dans un article publié (...) en première page, à l’occasion du quarantième anniversaire du ’rapport’ de Harvard publié en 1968 qui remplaçait l’arrêt cardio-vasculaire comme signe de la mort clinique par celui de l’électro-encéphalogramme plat. Selon l’auteur de l’article, ’la justification scientifique d’un tel choix est remise en cause par de nouvelles recherches.’ Citant des cas de femmes enceintes dans un coma irréversible ayant été maintenues en vie pour permettre la naissance de l’enfant, l’article affirme que ’l’idée que la personne humaine cesse d’exister quand le cerveau ne fonctionne plus (...) entre en contradiction avec le concept de la personne de la doctrine catholique et avec les directives de l’Eglise face aux cas de comas persistants’." (source)

La "règle du donneur mort" largement battue en brèche :
Cette règle donne force de loi au principe selon lequel aucun prélèvement d’organes ne saurait avoir lieu sur un donneur d’organes dont l’état de mort n’aurait pas été reconnu de manière certaine et univoque. Bien sûr, il ne s’agit pas ici du don d’organes de son vivant, mais du don d’organes dits "cadavériques". Cette "règle du donneur mort" est donc remise en cause dans le cas de la mort encéphalique, comme le montre l’article publié le 2 septembre 2008 dans le quotidien du Vatican. Notons néanmoins que dans le discours de Jean-Paul II du 29 août 2000 aux participants du congrès international de la Société des transplantations, le défunt Pape se montre favorable au concept de mort encéphalique. Il faudra donc encore attendre pour savoir quelle position l’Eglise catholique adopte au sujet de la mort encéphalique.

Un article paru dans la presse suisse du 03/09/08 précise :
"Cet article de L’Osservatore Romano explique ainsi que le ’rapport de Harvard’, paru en 1968, a changé ’la définition de la mort, se fondant non plus sur l’arrêt cardiaque mais sur un encéphalogramme plat : dès lors, l’organe qui indique la mort n’est plus seulement le cœur mais le cerveau’. ’Il s’agit d’un changement radical de la conception de la mort - qui a résolu le problème du débranchement de la respiration artificielle, mais qui a surtout rendu possible les transplantations d’organes’." (source)

Il semble donc nécessaire de redéfinir les conditions pour la transplantation d’organes. Pour le quotidien du Saint-Siège, "l’Eglise catholique aussi, consentant aux transplantations d’organes, accepte implicitement cette définition de la mort", même si elle le fait "avec beaucoup de réserves". "Aujourd’hui, de nouvelles recherches (…) mettent justement en doute le fait que la mort du cerveau provoque la désintégration du corps", affirme encore L’Osservatore Romano. "Ces considérations ouvrent bien sûr de nouveaux problèmes pour l’Eglise catholique, dont l’acceptation du prélèvement des organes de patients morts cérébralement, dans le cadre d’une défense de la vie humaine intégrale et absolue, tient seulement sur la certitude scientifique présumée que ceux-ci sont effectivement des cadavres".

"Mais la mise en doute des critères de Harvard ouvre d’autres problèmes bioéthiques pour les catholiques : l’idée que la personne humaine cesse d’exister quand le cerveau ne fonctionne plus, alors que son organisme, grâce à la respiration artificielle, est maintenu en vie, comporte une identification de la personne avec ses seules activités cérébrales, et cela entre en contradiction avec le concept de personnes selon la doctrine catholique, et donc avec les directives de l’Eglise vis-à-vis des cas de coma persistant", ajoute le quotidien du Saint-Siège.

Pour L’Osservatore Romano, le 40e anniversaire de la nouvelle définition de la mort cérébrale semble donc rouvrir la discussion qui avait eu lieu pour la première fois en 1968 lors d’un colloque sur la mort encéphalique, d’un point de vue scientifique mais aussi au sein de l’Eglise catholique.

La notion de mort par "arrêt cardio-respiratoire persistant" également battue en brèche :

Dans le New England Journal of Medicine (NEJM), revue médicale scientifique anglo-saxonne majeure, un article publié le 14/08/2008 concerne les prélèvements d’organes "à coeur arrêté" aux USA et au Canada. Cette technique de prélèvement d’organes, dite "à cœur arrêté", se pratique depuis plus de quinze ans aux USA et au Canada. Sa pratique en France est plus récente : une loi datant de 2006 autorise désormais la reprise de cette technique de prélèvement d’organes, afin d’étendre le pool des donneurs d’organes face à la pénurie de greffons. Jusque là, en France, seuls les patients en état de mort encéphalique pouvaient être considérés comme donneurs d’organe(s). Depuis 2006 en France, une situation d’arrêt cardiaque peut faire de chacun de nous un donneur d’organes potentiel. Or l’état d’"arrêt cardio-respiratoire persistant" ne semble pas pertinent pour définir l’état de mort : l’article du NEJM soulève la question des limites des prélèvements "à coeur arrêté" – "Donation after Circulatory Death" en anglais (DCD). Cet article a été rédigé par le Professeur James L. Bernat, service de neurologie, Dartmouth Medical School, Hanover, New Hampshire, USA. (lire).

La loi de 2006 en France, autorisant les prélèvements "à coeur arrêté", ainsi que la loi de bioéthique de 2004, qui a légiféré sur la mort cérébrale, devraient donc faire l’objet de débats à l’occasion de la révision des lois de bioéthique, prévue à horizon 2009-2010. Notons que la loi de bioéthique de 2004, qui constitue une révision de celle de 1996, a toujours cours actuellement en France.

Les prélèvements d’organes seront-ils autorisés sur des personnes dont l’état n’équivaut pas à la mort ? Avant de pouvoir répondre à cette question, on peut constater qu’aujourd’hui, l’état de mort d’un point de vue légal et l’état physiologique réel (distinct de l’état légal) du donneur d’organes dit "mort" ne coïncident plus (lire). Il est temps de convier le grand public à un débat autour de ce constat, car la pratique des prélèvements d’organes sur donneurs "morts" doit impérativement recueillir l’acceptation sociétale. Aujourd’hui, le don d’organes (organes cadavériques) présuppose la mort du donneur. Qu’en sera-t-il demain, après invalidation des critères de mort sur lesquels reposent les prélèvements d’organes ?

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Commentaires
4 votes
par krokodilo (IP:xxx.xx0.188.7) le 5 septembre 2008 a 15H30
krokodilo (Visiteur)

Qu’apporte cet article par rapport à celui publié fin août ?

1 vote
(IP:xxx.xx2.62.72) le 5 septembre 2008 a 19H58
 (Visiteur)

L’article publié fin août ("La règle du donneur mort, une voie sans issue") concernait les prélèvements "à coeur arrêté", qui ont repris en France depuis 2006, et qui se font à partir d’un donneur d’organes en état d’"arrêt cardio-respiratoire persistant", ce dernier état équivalant à la mort d’un point de vue légal, justement depuis la loi de 2006. Cet article reprenait un débat d’éthique publié en août 2008 dans une revue scientifique américaine majeure. Le constat suivant avait motivé ce débat : on ne peut pas dire que, dans une situation de prélèvement d’organes "à coeur arrêté", le donneur d’organes soit mort. Ce débat s’appuyait sur des cas récents de prélèvements d’organes "à coeur arrêté" pratiqués aux USA. D’où la question des intervenants : par quoi remplacer la "règle du donneur mort", inopérante dans cette situation, afin de pouvoir tout de même continuer la pratique des prélèvements d’organes, malgré le fait que personne ne peut dire que, dans cette situation, le donneur d’organes est mort. Les intervenants se sont entendus sur le fait qu’il fallait remplacer la "règle du donneur mort" par de l’information (une véritable information, et non juste la promotion du don d’organes) et par un véritable consentement éclairé, car dans un contexte de promotion du don d’organes, l’information ne s’affranchissant jamais de la promotion, dire qu’il y a consentement éclairé au don d’organes peut poser problème...

Dans l’article d’aujourd’hui, "Le dogme de la mort encéphalique a vécu", la réflexion porte sur une autre catégorie de donneurs "morts" : ceux en état de mort cérébrale ou mort encéphalique. Là aussi, la "règle du donneur mort" est contestée, puisque l’équivalence au regard de la loi entre la mort et une incompétence du cerveau a été contestée dans un article de presse publié dans le quotidien du Vatican le 03/09/08. Cet article se fonde sur les derniers progrès médicaux, afin de montrer qu’on ne peut plus faire équivaloir la mort et la mort du cerveau. Donc on ne peut plus dire que le donneur d’organes en état de mort encéphalique ou mort cérébrale est mort. Rappelons que le pape Jean-Paul II avait, en 2000, autorisé les prélèvements d’organes à partir de donneurs décédés, et défendu le concept de mort encéphalique équivalant à la mort, mais à la condition expresse que la science médicale soit certaine du constat de décès du donneur. Ce n’est donc pas Jean-Paul II et sa déclaration que l’article du quotidien du Vatican remet en question, puisque cette déclaration était relative : en effet le consentement au don d’organes était lié à la définition médicale de la mort. Si la définition médicale de la mort, d’un point de vue scientifique, est amenée à évoluer, et rend caduque la définition de la mort qui se base sur une incompétence du cerveau, il faudra alors redéfinir des critères de mort, et surtout savoir si les prélèvements d’organes sur donneurs en état de mort encéphalique peuvent se poursuivre, et dans quelles conditions. L’Eglise catholique devrait donc être amenée à réadapter sa position, ainsi que l’avait fait Jean-Paul II, relativement aux dernières découvertes de la médecine.

Rappelons qu’il existe trois types de donneurs : les personnes décédées en état de mort encéphalique, les décédés par arrêt cardiaque et les donneurs vivants (dont nous ne parlons pas ici). La moyenne d’âge des donneurs prélevés se stabilise à 50 ans (source : Agence de la biomédecine).

J’ai donc opéré un rapprochement entre les deux articles, celui paru dans une revue scientifique américaine majeure en août 2008, au sujet des prélèvements "à coeur arrêté", et celui paru dans le quotidien du Vatican le 03/09/08, concernant les donneurs d’organes en état de mort encéphalique ou cérébrale, car ces deux articles battent en brèche la "règle du donneur mort" : on ne peut plus dire que le donneur d’organes est mort. Pour autant, faut-il déclarer hors la loi le don d’organes qui sauve des vies ? Une chose est sûre : l’information de l’usager de la santé est importante, ainsi que la participation de ce dernier dans des débats sur ces sujets : réfléchir au don d’organes dans un contexte de fin de vie, un vrai sujet de société ?

1 vote
par deniz (IP:xxx.xx4.6.11) le 5 septembre 2008 a 17H12
deniz (Visiteur)

Superbe nouvelle présentation, dommage que les email s’y perdent, Denise Guillaume

2 votes
par Arthur Mage (IP:xxx.xx5.181.194) le 5 septembre 2008 a 18H07
Arthur Mage (Visiteur)

Intéressant, même si à l’aune de ses informations, je me dis qu’on ne meurt jamais véritablement puisque ce qui nous compose ne cesse jamais de se transformer et par là, d’exister, non ?

Alors c’est quoi, être mort ?

On ne va quand même pas attendre que les poils cessent de pousser sur les cadavres, ou que ces derniers ne soient plus que poussière pour prélever des organes afin de sauver des vies !

5 votes
par Sylvain Reboul (IP:xxx.xx0.255.68) le 6 septembre 2008 a 14H41
Sylvain Reboul (Visiteur)

Cet article ne concerne que les catholiques entre eux : il aurait été plus honnête de le préciser dans le titre.

Le débat sur la mort clinique n’est en rien scientifique, rationnel ou laïc donc il ne concerne pas la décision politique dans notre pays, mais les visions métaphysiques et/ou religieuses des uns et des autres.

Or on est en droit de refuser toute dimension métaphysique au problème de la déclaration du décès et laisser les spiritualistes discuter entre eux du sexe des anges...et de l’après vie

1 vote
par Catherine Coste (IP:xxx.xx2.62.72) le 7 septembre 2008 a 10H20
Catherine Coste, 48 articles (Journaliste)

Discuter du sexe des anges, ou lever un tabou ? Un chirurgien me disait il y a quatre ans : "Il faut que tu continues ce que tu fais pour informer le grand public. On ne parle pas plus de la mort [du donneur d’organes en état de mort encéphalique] que de la corde du pendu". Les cas de coma profond qui peuvent donner lieu à des prélèvements d’organes sèment le malaise dans le corps médical. Le grand public est-il au courant ? Non. Un donneur d’organes n’est pas anesthésié en continu. Un donneur d’organes est réanimé. Ces réanimations sont douloureuses pour le corps médical, comme l’a rappelé le Professeur Claude Huriet à l’occasion d’une présentation au Sénat (sur les cellules souches) en novembre 2007. Le Professeur Claude Huriet est le Président de l’Institut Curie, Paris.

S’interroger sur le thème "douleur et prélèvement d’organes sur donneurs ’morts’", est-ce discuter du sexe des anges ?

Un représentant de l’Eglise a dit récemment : "Le diagnostic prénatal est appliqué de manière presque routinière aux femmes dites à risque, pour éliminer systématiquement tous les foetus qui pourraient être plus ou moins malformés ou malades. Tous ceux qui ont la chance que leur mère porte sa grossesse à terme, mais la malchance de naître handicapés, risquent fort d’être éliminés tout de suite après la naissance ou d’être privés d’alimentation et des soins les plus élémentaires.

Plus tard, ceux que la maladie ou un accident feront tomber dans un coma irréversible seront souvent mis à mort pour répondre aux demandes de transplantations d’organes ou serviront, eux aussi, aux expériences médicales, en tant que cadavres chauds.

Enfin, quand la mort s’annoncera, beaucoup de gens seront tentés d’en accélérer la venue par l’euthanasie."

Ces propos émanent de Ratzinger, très réservé quant aux critères de Harvard et à la pratique qui en a découlé. Selon lui, les prélèvements d’organes sur des donateurs en fin de vie sont souvent effectués sur des personnes pas encore mortes, mais ’mises à mort’ dans ce but." [Au fait, Ratzinger, c’est le Pape actuel. Nul doute qu’il discute du "sexe des anges"] Source : http://actuagencebiomed.blogspot.co...