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Euthanasie : la mort de Remy ne changera rien ?
Euthanasie : la mort de Remy ne changera rien ?
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14 août 2008 | 11 commentaires
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La Taverne des Poètes, 2 articles (Rédacteur)

La Taverne des Poètes

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Euthanasie : la mort de Remy ne changera rien ?

Euthanasie : la mort de Remy ne changera rien ?

Un jeune homme handicapé vient de se donner la mort par absorption massive de médicaments. Par cet acte solitaire, dépourvu d’assistance médicale et d’accompagnement, il vient alerter nos consciences et provoquer une vague médiatique. En France, il n’est pas prévu de légaliser l’euthanasie. La réponse du président Sarkozy à ce jeune qui a mis fin solitairement à ces jours le confirme. Mais de nombreuses questions persistent.


En France, l’euthanasie est non seulement illégale mais punie. Les personnes en grande souffrance physique qui ont perdu tout espoir d’amélioration de leur sort, n’ont que deux recours possibles : le suicide -un acte solitaire non assisté, non médical, avec les risques de séquelles en cas d’échec- ou le meurtre par un proche.

La seule alternative en France : le meurtre ou le suicide :

En Belgique ou aux Pays-Bas, Rémy, 23 ans, aurait pu demander à bénéficier d’un suicide assisté. La loi néerlandaise est entrée en vigueur le 1er avril 2002 et la loi belge le 20 septembre 2002. Ces deux lois dépénalisent l’euthanasie, c’est-à-dire l’intervention destinée à mettre fin à la vie d’une personne à sa demande expresse, lorsqu’elle est pratiquée par un médecin qui respecte certaines conditions, les unes relatives à l’état du patient (souffrances intolérables, absence de perspectives d’amélioration...), les autres à la procédure (information du patient, consultation d’un confrère...).

Mais Remy vivait en France. Alors, il décida de se suicider, tout seul, sans accompagnement familial ni médical, afin de pas faire encourir à un membre de sa famille ou à un médecin le risque d’inculpation pour meurtre.

Sa lettre au président de la République demandant la légalisation de l’euthanasie a reçu une réponse négative le 6 août dernier. En voici un extrait : "Pour des raisons philosophiques personnelles, je crois qu’il ne nous appartient pas, que nous n’avons pas le droit, d’interrompre volontairement la vie." Puis, le chef d’État lui a rappelé quelles étaient, selon lui, les priorités dans ce domaine : "Je voudrais que soit privilégié le dialogue au chevet du malade, entre lui-même, le médecin et la famille, en toute humanité afin que soit trouvée la solution la plus adaptée à chaque situation."

Rappelons que la position de Nicolas Sarkozy a évolué. Le candidat Sarkozy avait jeté un trouble lors de sa campagne en déclarant le 11 mars 2007 : "Quand j’entends les débats sur l’euthanasie, je veux me dire : les principes, les convictions, je les respecte, mais je me dis quand même au fond de moi, il y a des limites à la souffrance qu’on impose à un être humain". Puis le 26 avril sur France 2, il avait corrigé le tir en affirmant sa volonté d’inscrire son action dans le champ de la loi Leonetti. "Nous n’avons pas le droit d’interrompre volontairement la vie (...) Il y a une différence, ce n’est pas jésuitique, ce n’est pas hypocrite, entre faire mourir et laisser mourir. Pour moi, la vie, c’est sacré. Et faire mourir, je ne l’accepte pas."

Sarkozy avait annoncé le 22 mai 2007 une "évaluation" de la loi Leonetti du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, tout en estimant que la loi Leonetti est une "bonne loi" avec un "bon équilibre".

L’assistance à la mort d’autrui est considéré comme un homicide et puni comme tel par le code pénal. Dans les établissements médico-sociaux, la vigilance sur la maltraitance inclut les "violences physiques : coups, brûlures, ligotages, soins brusques sans information ou préparation, non satisfaction des demandes pour des besoins physiologiques, violences sexuelles, meurtres (dont euthanasie)".

Rémy voulait que l’on change la loi :

Remy avait adressé cette supplique au président Sarkozy : "Comme Vincent Humbert, je demande qu’on me permette de mourir pour me libérer de mes souffrances". "Je sais qu’en France, il n’y a pas de loi qui permette aux équipes médicales de pratiquer l’euthanasie. Ça m’empêche de vivre en paix… (…) Il faut que la loi change  !".

La loi ne changera pas a répondu en substance le président. Remy a donc pris sa décision...

En France, le texte qui régit la question de la fin de vie assistée est la loi Leonetti du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie. Cette loi n’autorise pas l’euthanasie. Elle consacre simplement la distinction entre le "laisser mourir" et le "faire mourir". Mais avant la loi Leonetti de 2005, le droit du patient de refuser des soins existait déjà. En 1995, il figurait au Code de déontologie médicale, en 1999 dans le Code civil, et, après la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades, dans le Code de la santé publique.

Que dit la loi Leonetti ? Elle affirme le principe selon lequel les actes médicaux ne doivent pas être poursuivis avec une "obstination déraisonnable". Elle définit les cas dans lesquels ces actes peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris : "Lorsqu’ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n’ayant d’autres effets que le seul maintien artificiel de la vie."

Rémy refusait les soins palliatifs :

La France, non seulement refuse l’euthanasie, mais accuse un retard énorme en matière de soins palliatifs. Les soins palliatifs sont définis comme "des soins actifs et continus pratiqués par une équipe multidisciplinaire, en collaboration avec des bénévoles d’accompagnement, en institution ou à domicile. Ils visent à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique, à sauvegarder la dignité de la personne malade et à soutenir son entourage. Ils ont pour but de préserver la meilleure qualité de vie possible jusqu’à la mort". La prise en charge de ces soins est organisée au travers de différentes structures dans les établissements de santé, à domicile et dans les établissements et services médico-sociaux.

Le retard français : Les unités de soins palliatifs sont nées il y a quelques années. Elles ont pour but spécifique d’accompagner les mourants. Elles sont apparues en Grande-Bretagne. La France les a adoptées avec retard (loi de 1999). Notre pays accuse encore de grandes disparités dans les soins palliatifs. Le président Sarkozy a déclaré en 2007 : "Je ne serai pas celui qui expliquera aux Français qu’il n’y a pas d’argent" pour qu’un membre de votre famille ait "le droit de mourir dans la dignité", parce qu’"en France nous avons moitié moins de lits de soins palliatifs qu’en Grande-Bretagne". En juin dernier, Nicolas Sarkozy a en effet dévoilé un plan consistant à doubler la prise en charge des malades en soins palliatifs d’ici à la fin 2012. 230 millions d’euros devraient être investis afin de créer de nouvelles unités dans les hôpitaux. Mais il y a un gros retard à rattraper.

Mais Rémy ne voulait pas recourir aux soins palliatifs. "Il se savait condamné. Il ne voulait pas finir comme un légume", assure Me Cathy Richard, qui a eu à défendre la mère de Rémy il y a quelques années.

Faut-il aller au-delà de la loi Leonetti, comme le demandait Remy ?

L’un des reproches que l’on peut faire à cette loi est qu’elle ne règle pas le cas des personnes qui ne sont pas en fin de vie mais qui souffrent de manière intolérable sans espoir de guérison. Elle n’aurait pas réglé la situation de Vincent Humbert (décédé en septembre 2004). La solution prodiguée à cette personne gravement handicapée par sa mère et le médecin (la mère lui a administré un produit létal et le médecin a débranché le respirateur) n’est donc toujours pas une solution légale mais aura toujours cours dans la pratique quand le souci d’humanité le justifiera. Le texte ne prend pas en compte les personnes handicapées à 100 % mais non malades. C’est ce que dénonce l’association « Faut qu’on s’active », soutenue par la mère de Vincent Humbert. Jean Leonetti s’est expliqué sur ce point. Il considère qu’il ne faut pas dépénaliser l’euthanasie. Le juge est saisi d’une affaire de meurtre et peut tenir compte, parmi les éléments portés à son appréciation, de l’exception d’euthanasie. Le meurtre par compassion est examiné comme une circonstance particulière.

Le décès de Chantal Sébire a relancé les débats sur la légalisation de l’euthanasie et le député Jean Leonetti a été chargé, le 19 mars 2008, par le Premier ministre, d’une mission d’évaluation de la loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades en fin de vie. Cependant la réponse du président Sarkozy à Rémy ne laisse pas augurer de modification substantielle de la loi.

Repose en paix Rémy !

_______________________________________________________

Bibliographie sur Agoravox :

1 - L’euthanasie à l’étranger :

« L’euthanasie, lois et paradoxe moral », par l’équipe d’Agoravox

« La loi sur l’euthanasie en Belgique », par Philiege

2 - L’euthanasie vue par les candidats à la présidentielle 2007 :

« Mme Royal, Mr Sarkozy, refusez l’intolérable », par Thomas Roussot

« La mort compassionnelle » , par Koz

3 - L’euthanasie vue par un médecin hospitalier :

« Euthanasie : un refus du temps », par Sylvain Etiret

Euthanasie et présidentielle, Sylvain Etiret

Crédit Photo : www.lefigaro.fr

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Commentaires
16 votes
par Philippe Renève (IP:xxx.xx5.64.123) le 14 août 2008 a 13H34
Philippe Renève (Visiteur)

Il est honteux que la lettre de Rémy n’ait eu une réponse du président qu’au bout de trois mois. Et c’est aussi une honte qu’un président de la République invoque ses "raisons philosophiques personnelles" : il ne lui était pas demandé une opinion personnelle, qui n’a aucune légitimité, mais une intervention ès qualités pour ouvrir un débat public.

14 votes
par La Taverne des poètes (IP:xxx.xx4.117.178) le 14 août 2008 a 13H57
La Taverne des poètes (Visiteur)

Les "raisons philosophiques personnelles" de Sarkozy m’ont heurté aussi. Mais pas surpris car c’est bien dans le style de ce personnage égotiste omniscient.

Il y a de nombreux cas humains qui sont ignorés par la loi civile (mais hélas pas par la loi pénale) et le cas de Rémy en fait partie puisqu’il refusait -non sans bonne raisons- les soins palliatifs. Encore une "chance" qu’il fut conscient et apte à se donner la mort sans souffrance.

7 votes
par Philippe Renève (IP:xxx.xx5.64.123) le 14 août 2008 a 13H51
Philippe Renève (Visiteur)

Que se passe-t-il ? J’ai envoyé un commentaire, qui n’est plus visible. Il est pourtant accessible sur cette adresse :http://www.carevox.fr/Euthanasie-la...

17 votes
par roOl (IP:xxx.xx1.217.17) le 14 août 2008 a 15H05
roOl (Visiteur)

On ne va pas legaliser l’eutanasie, ce serai la legitimé.

Apres, un suicide, c’est quand meme pas bien compliqué, la preuve, meme les handicapes y parviennent.

3 votes
par Walter SALENS (IP:xxx.xx3.199.252) le 15 août 2008 a 12H16
Walter SALENS (Visiteur)

A roO1 : si vs n’êtes pas handicapé de corps ou de l’esprit, vous l’êtes certainement du coeur.

0 vote
par Pierre CARLON (IP:xxx.xx3.230.240) le 25 août 2008 a 09H05
Pierre CARLON (Visiteur)

Bonjour,

EUTHANASIE COMPASSIONNELLE, quel constat d’ECHEC !!!!

Il y a euthanasie et assassinat des cobayes qui se guérissent, c’est ce qui est arrivé à ma fille.

Il n’existe pas d’astrocytome naturel spécifique du Corps calleux...

Restant à votre disposition,

Pierre CARLON

Tél : 04 68 20 56 62

10 votes
par Alex (IP:xxx.xx9.239.92) le 14 août 2008 a 17H19
Alex (Visiteur)

Le réel problème français, ce n’est pas l’euthanasie, c’est la mort.

La mort est partout, et on tente de l’étouffer.

Pourtant - sauf miracle - nous mourrons tous un jour.

Qu’est-ce qu’un suicide, sinon une mort digne ? Qu’est-ce qu’un suicide, sinon le fait de choisir l’heure de sa mort ?

Mais non, ici on préfère dire que l’euthanasie et le suicide c’est mal, et on préfère entasser les mourants dans les hôpitaux avec le prétexte hypocrite de vouloir les sauver.

7 votes
(IP:xxx.xx2.33.52) le 14 août 2008 a 20H05
 (Visiteur)

Le corps médical fait son propre tord. A repousser sans arrêt les limites, on se heurte aux lois de la nature. En France, la mort est tabou comme si l’on pouvait être taxé d’immortalité. Les deux extrémités de la vie sont les victimes désignées des médecins en mal de reconnaissance : les néonatologistes qui s’obstinent avec les grands prématurés (qui restent à charge des parents)et les vieillards qui eux s’obstinent à ne pas vouloir mourir. Alors on assiste à des gestes désespérés parce que les tocards qui pondent les lois ne connaissent pas la souffrance qui est en cause.

3 votes
par krapo (IP:xxx.xx4.14.204) le 15 août 2008 a 10H41
krapo (Visiteur)

Il vous en a fallut du courage Rémy, pour décider seul et aller seul jusqu’au bout de vos choix.

Il faudrait peut être insister sur le fait que vous vous êtes privé de quelques mois ou plus de vie pour garder votre liberté de choix...et personne ne semble s en offusquer...

J ai un sentiment de grande colère, car comme vous je n autorise PERSONNE à choisir du cours et de la qualité de MA vie. Que ce soit pour des raisons philosophiques , religieuses ou n importe quoi, Personne n a le droit de nous imposer une mort dégradante.... et encore moins en se cachant derrière une pseudo humanité....

0 vote
(IP:xxx.xx9.82.43) le 15 août 2008 a 13H38
 (Visiteur)

LES PETITS dieux DECIDENT DE LEUR ’VIE’...........mais, qu’est-ce que la vie sinon qu’assumer SEUL ses actes et LEURS CONSEQUENCES EN HOMME ?

Il ne servira à rien de hurler "’ Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ceci ou cela ’ " comme nos oreilles ne cessent de l’entendre ....RESPONSABLES ? NOUS SOMMES RESPONSABLES DE NOS PENSEES ET DE NOS ACTES ? il faut donc assumer les effets de ceux-ci. L’unique question qui reste est donc : " y a -t-il ou pas succession de vies et de renaissances ? Une certaine église a tranché vers les années 400 ou 500 dans un concile qui fut bien proche de gros besoins en Hommes parait-il....ne serait-il pas temps d’y repenser ?

1 vote
par MJO (IP:xxx.xx4.141.128) le 17 août 2008 a 22H25
MJO (Visiteur)

Sincèrement, je trouve que ce n’est pas à Sarkosi de décider, on lui reproche déja de trop décider seul.. dans ce cas précis, il est bien obligé de prendre l’avis de ceux qui seront les exécutants de cette loi sinon elle ne sera pas appliquée. Pour l’instant une majorité de médecins sont en accord avec cette loi Leonetti qui n’oblige pas les professionnels de santé à agir à l’encontre de leurs convictions mais la loi évoluera comme les mentalités. Il faut bien reconnaitre que le rôle des médecins est de soigner, pas de donner la mort. C’est là le problème...