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Une colonie de Mouettes mélanocéphales et de Goélands cendrés sur un toit
Une colonie de Mouettes mélanocéphales et de Goélands cendrés sur un toit
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23 janvier 2012
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Ornithomedia, 6 articles (Site sur l'Ornithologie)

Ornithomedia

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Une colonie de Mouettes mélanocéphales et de Goélands cendrés sur un toit

Une colonie de Mouettes mélanocéphales et de Goélands cendrés sur un toit

Les populations de la plupart des goélands, en particulier celles des Goélands argentés et bruns, ont augmenté de façon importante en Europe depuis les années 1960-1970. Les principales raisons de cette expansion sont une plus grande disponibilité des ressources alimentaires (décharges à ciel ouvert, rejets de poissons par les chaluts, …) et le vote de lois de protection de la nature.
Leurs sites traditionnels de nidification (les îles, falaises et côtes) étant parfois devenus trop petits, ces oiseaux ont commencé à chercher de nouveaux endroits pour s’installer, notamment dans les villes. Des colonies de goélands se sont ainsi établies sur les toits de plusieurs cités, d’abord côtières puis parfois loin à l’intérieur des terres.
Si de nombreuses colonies urbaines de Goélands argentés, bruns, leucophées, cendrés, à bec cerclé ou de Mouettes rieuses sont connues, celles de Mouettes mélanocéphales sont rares. Andreas Zours, de l’association Förderverein Tierartenschutz in Norddeutschland, nous parle de celle trouvée en mai 2011 sur le toit d’une grande surface à Hambourg (Allemagne).

Pourquoi s'installer en ville ?

Mouettes mélanocéphales et Goélands cendrés
Mouettes mélanocéphales (Ichthyaetus melanocephalus) et Goélands cendrés (Larus canus) (adultes et poussins) sur le toit du Hamburg-Moorfleet en 2011. Notez le toit végétalisé.
Photographie :Simon Hinrichs

Depuis les années 1960-1970, les populations de certaines espèces de Laridés ont fortement augmenté en Europe et en Amérique du Nord, comme le Goéland argenté (Larus argentatus), le Goéland brun (Larus fuscus), le Goéland leucophée (Larus michahellis), le Goéland cendré (Larus canus), la Mouette rieuse (Larus ridibundus) ou le Goéland à bec cerclé (Larus delawarensis). Ces oiseaux ont donc dû chercher de nouveaux sites de nidification, notamment dans les villes, côtières dans un premier temps, puis plus loin à l'intérieur des terres.
Les bâtiments ressemblent en effet à des falaises, et les villes offrent des avantages non négligeables : une nourriture relativement abondante, des sites de nidification disponibles, une absence quasi totale de prédateurs et de perturbations, et une température ambiante légèrement plus élevée que dans la campagne environnante, permettant une reproduction précoce. Ces facteurs expliquent sans doute l'expansion des Laridés en ville.
Les taux de reproduction sont ainsi beaucoup plus élevés en milieu urbain qu'au bord de la mer. La mortalité des poussins, en raison de la prédation inter- et intra-spécifique, y est élevée : ils risquent de subir les attaques des adultes quand ils s'aventurent sur leurs territoires, et leurs parents n'ont pas beaucoup de temps à leur consacrer pour les protéger.
Les colonies urbaines de goélands en Grande-Bretagne ont même tendance à se développer au détriment des colonies installées sur des sites naturels : entre 1976 et 1994, le nombre de Goélands argentés et de Goélands bruns nichant sur des immeubles a crû en moyenne annuellement respectivement de 10% et 17 %. Le nombre de sites colonisés par ces deux espèces a augmenté respectivement annuellement de 5 et 13 %.
La végétalisation des toits pourrait constituer un facteur attractif supplémentaire.

Les sites urbains choisis

En milieu urbain, les goélands peuvent construire leurs nids sur des endroits très variés : sur des toits plats, entre des mitrons de cheminées, adossés à divers éléments sur des toitures en pente, dans des cheneaux d’évacuation des eaux pluviales, ...
Dans une même ville, la répartition des goélands nicheurs est rarement homogène : il existe des quartiers avec des effectifs importants plus ou moins concentrés sur certains sites, et d’autres quartiers où les oiseaux sont beaucoup plus dispersés.
Les sites industriels et commerciaux semblent être préférés aux quartiers d'habitation.
Ces colonies ne disparaissent généralement pas naturellement, et elles ont donc tendance à augmenter rapidement.

Quelques exemples

- En Italie, depuis le début des années 1970, des Goélands leucophées ont commencé à nicher sur des toits d'immeubles : c'est le cas par exemple à Venise.
- En Écosse, 27 colonies urbaines de Laridés étaient connues en 2006, concernant cinq espèces. Lors de recensements menés entre 1998 et 2002, il a été possible d'estimer pour chaque espèce le nombre de nids apparemment occupés : Goéland argenté (6202), Goéland brun (4309), Goéland cendré (1656), Mouette rieuse (1391) et Goéland marin (337).
- Aux États-Unis, dans la région des Grands Lacs, une étude aérienne et terrestre a été menée pour déterminer la taille et la répartition des colonies des Laridés : sur les 7922 couples de Goélands à bec cerclé comptés, 2 % se reproduisaient sur des toits. Les études précédentes n'en n'avaient détecté aucun.
- En Afrique du Sud, une colonie de 27 couples de Mouettes de Hartlaub (Larus hartlaubii) était installée dans les années 1990 sur le toit d'une usine de poissons dans le port d'Hout Bay.
- En Norvège, des colonies de Mouettes tridactyles (Rissa tridactyla) sont installées sur les toits de certaines maisons de pêcheurs, comme sur l'île de Røst.

Une planche de salut, mais aussi des nuisances ...

Les colonies urbaines constituent peut-être une planche de salut pour plusieurs espèces de Laridés qui ont de plus en plus de mal à nicher sur les côtes (dérangements, pression touristique). Par exemple, le nombre total de Goélands argentés a diminué en Grande-Bretagne entre 1976 et 1994 alors que cette espèce nichait de plus en plus souvent sur les toits.
Le Goéland cendré est un nicheur en déclin sur les côtes de la Mer Baltique, dans la province allemande du Schleswig-Holstei, mais depuis les années 1990, il a commencé à coloniser les toits plats couverts de graviers. De 400 à 450 couples ont ainsi été comptés entre 2000 et 2005, avec une tendance à la hausse.
Mais la présence d'une colonie peut avoir des inconvénients pour les riverains : bruits, saletés (fientes), transmission de maladies, bouchage des gouttières ou des conduites de gaz par des matériaux, voire attaques ou menaces des passants et de leurs chiens quand des poussins sont tombés du nid (un chien aurait été piqué à mort en Grande-Bretagne). Les goélands auraient en outre moins peur des humains en milieu urbain que dans la nature. Leurs déjections peuvent enfin dégrader et corroder les structures métalliques.
Il existe des méthodes plus ou moins efficaces pour empêcher une colonie de s'installer ou de se développer sans blesser ni tuer les oiseaux : pose de piquets sur les sites où des nids sont souvent installés (comme les espaces entre les cheminées), de filets (uniquement par des professionnels pour éviter que des oiseaux restent prisonniers) ou de câbles et perturbations sonores (peu évidentes en ville).

Comment les compter ?

Ornithologues allemands baguant les poussins de Mouettes mélanocéphales et de Goélands cendrés sur le toit du Hamburg-Moorfleet en 2011.
Photographie : Guido Seemann

Les méthodes de dénombrement à utiliser dépendent du contexte topographique de la ville ou de la zone portuaire ou industrielle concernée (hauteur des bâtiments, type de toitures, ...). Dans certains cas, l’observateur peut bénéficier de l’existence de divers points hauts (église, immeuble, silo, etc.) offrant une vue favorable sur la ville. Le croisement des observations à distance réalisées depuis ces différents points hauts et le report des localisations de nids sur des plans cadastraux permettent de repérer une proportion variable des couples de goélands. Tous les nids et poussins visibles sont répertoriés ainsi que les couples cantonnés dont les éventuels nids ou poussins ne sont observables.
Les différentes espèces de goélands sont recherchées et distinguées lors de la prise de notes. Le recours à des camions-nacelle pour réaliser les dénombrements, notamment sur les toits des zones portuaires ou industrielles, est à considérer comme une méthode potentiellement intéressante et sécurisée, mais qui reste à tester.
Un recensement effectué après la période d’éclosion et avant le début de la période d’envol des jeunes permet un meilleur repérage des couples reproducteurs. En effet, les poussins, plus mobiles, sont souvent plus visibles qu’un adulte en train de couver. En outre, les fientes blanches des adultes et des poussins en périphérie du nid facilitent la détection des sites de reproduction. TToutefois, les nids de ceux ayant échoué dans leur cycle de reproduction, et qui ont déjà déserté leur territoire ne peuvent pas tous être repérés. Cependant, compte tenu du succès de reproduction particulièrement élevé des goélands en milieu urbain, la sous-estimation des effectifs dans ce cas est sans aucun doute moins importante qu’en milieu naturel.

Découverte d'une colonie de Mouettes mélanocéphales à Hambourg

Toit du Hamburg-Moorfleet
Vue aérienne du toit du Hamburg-Moorfleet, où une colonie de Mouettes mélanocéphales s'était installée en 2011.
Photographie :Simon Hinrichs

La Mouette mélanocéphale (Ichthyaetus melanocephalus) adulte en plumage nuptial ressemble à la Mouette rieuse (Larus ridibundus), mais sa tête est noire (et non brune) et son bec rouge est plus fort. Ses rémiges sont blanches, pratiquement sans trace de noir.
En hiver, l'adulte présente seulement un "loup" noir diffus autour des yeux.
Les juvéniles sont bruns dessus, avec un motif écailleux sur les ailes. Les oiseaux de premier et de second hiver ont de plus en plus de gris sur le dos.
Elle niche en colonies normalement sur les bords des lagunes et des étangs dans l'ouest et le sud de l'Europe, mais son aire de répartition progresse rapidement vers le nord.
En mai 2011, Andreas Zours et d'autres membres de l'association Förderverein Tierartenschutz in Norddeutschland e. V., étaient allés compter les nids d'une colonie de Mouettes mélanocéphales installée sur le Pionierinsel Lühe, une île du fleuve Elbe. Le nombre moyen de couples y était en augmentation depuis 2005 et avait atteint environ 140 en 2010. Mais aucun couple n'avait été noté en 2011. Il semblait aussi y avoir moins de Goélands cendrés (Larus canus) (4000 couples comptés en 2010), mais il était impossible de fournir des éléments prouvant cette baisse. Un Chien viverrin (Nyctereutes procyonoides) pourrait avoir été la cause de cette situation.
La semaine suivante, les ornithologues ont noté un déclin des colonies de Goélands cendrés installées au sol dans le port de Hambourg-Hohe Schaar : elles étaient régulièrement dérangées par les Renards roux (Vulpes vulpes) et leurs effectifs étaient au plus bas.
A la fin du mois de mai, des membres du groupe d'étude de Hambourg ("Arbeitskreis") ont survolé dans un avion Cessna 172 la partie centrale et orientale de Hambourg. Ils ont photographié des grands toits plats où étaient posées de nombreuses mouettes. De retour au bureau, ils ont compté le nombre de Goélands cendrés visibles sur l'une des photos : environ 900.
Le bâtiment choisi était une grande surface de 70 000 mètres carrés.
Les ornithologues ont demandé la permission de compter les nids et une semaine plus tard, une personne a pu lire les bagues de couleur :
- Goéland cendré : 553 nids, sept oiseaux bagués ;
- Goéland argenté : neuf nids, pas d'oiseau bagué ;
- Mouette mélanocéphale : 37 nids, 33 oiseaux bagués.
Ils ont aussi repéré cinq Vanneaux huppés (Vanellus vanellus), un Huîtrier-pie (Haematopus ostralegus) et un Petit Gravelot (Charadrius dubius) nichant.

L'ancienne colonie avait été abandonnée

Mouettes mélanocéphales (Ichthyaetus melanocephalus) et Goélands cendrés (Larus canus) adultes (en haut à droite) et poussins (en bas à gauche) sur le toit du Hamburg-Moorfleet en 2011.
Photographie : Simon Hinrichs

Le bâtiment avait été construit en 2006, et son toit végétalisé. Le seul problème sérieux détecté par les propriétaires est la chute de déjections sur les voitures.
Les ornithologues ont constaté que toutes les Mouettes mélanocéphales baguées provenaient de la colonie abandonnée du Pionierinsel Lühe. Seuls cinq oiseaux y avaient encore été observés au printemps, avant qu'un Chien viverrin ne fasse une intrusion. Ces oiseaux avaient donc décidé de fuir l'île de s'installer sur ce vaste toit plat. Elles partageaient le site avec des Goélands cendrés, qui avaient déjà des poussins de trois semaines.
Un quart de la colonie initiale (qui comptait 140 couples au maximum) était présente sur ce toit situé à 33 km du Pionierinsel Lühe.

Colonies urbaines de Laridés à Hambourg en 2011
Colonies urbaines de Laridés à Hambourg en 2011 : 1) Pionierinsel Lühe, 2) Hamburger Yachhafen (Wedel), 3) Schulzentrum Nord (Buxtehude), .4) Hamburg-Hohe Schaar, 5) Hamburg-Moorfleet.
Source : Simon Hinrichs / Googlemaps

Une douzaine de couples de Mouettes mélanocéphales s'était par ailleurs installée (avec des Goélands cendrés) sur le môle du Hamburger Yachthafen, au bord de l'Elbe, face à l'île de Pionierinsel.
Un couple isolé de Goélands cendrés* s'était installé depuis 2008 sur le toit de l'école centrale de Buxtehude, à neuf kilomètres de l'Elbe ; jusqu'en 2010, les élèves et les enseignants ont pu les observer jusqu'à ce qu'une centaine de couples vienne s'y installer cette même année. Depuis le printemps 2011, avec la permission des autorités, le gardien retire tous les nids afin d'empêcher leur nidification.

Contacter les ornithologues allemands

Détail d'une bague posée sur uen jeune Mouette mélanocpéhale
Bague "AKEH" posée sur la patte d'une jeune Mouette mélanocéphale née sur le toit du Hamburg-Moorfleet en 2011.
Photographie : Simon Hinrichs

Le 1er juin 2011, un nouveau comptage a été organisé sur l'île de Pionierinsel après une semaine de recherches infructueuses du Chien viverrin menées par les autorités et les chasseurs.
2100 couples de Goélands cendrés ont été trouvés et la plupart des oiseaux avaient pondu trois œufs. Cette espèce s'est donc réinstallée dès que possible sur le site une fois le dérangement passé, tandis que les Mouettes mélanocéphales semblaient beaucoup plus sensibles et ont préféré choisir des sites plus sûrs.
Mais il manque toujours près de 100 couples de Mouettes mélanocéphales, dont environ 60% sont baguées. Vous pouvez contacter les membres du Förderverein Tierartenschutz in Norddeutschland si vous observez une ou des Mouettes mélanocéphales portant une bague plastique verte avec des lettres blanches. E-mail : andreaszoursATyahoo.de.

D'autres espèces aussi

Jeunes Petites Sternes (Sternula antllarum)
Jeunes Petites Sternes (Sternula antllarum) nées sur un toit aux Etats-Unis, 2010.
Source : SPAS Conservation

D'autres espèces que des Laridés peuvent s'installer sur les toits : des limicoles (Huîtrier-pie, Petit Gravelot, Vanneau huppé, ..) comme cela a été noté sur le toit de la grande surface à Hambourg, mais aussi par exemple des sternes. En 1995, sur le toit d'un supermarché Walmart à Parker en Floride,
38 couples de Bec-en-ciseaux noirs (Rynchops niger), 195 couples de Petites Sternes (Sternula antillarum) et un couple de Sternes hansel (Gelochelidon nilotica) ont été comptés.

SOURCES

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