La légende voulait que le vampire des abysses, un petit céphalopode à
mi-chemin entre la pieuvre et le calmar, se nourrisse de proies vivantes
au fin fond des océans. Et ce en dépit des conditions de vie difficiles
que présentent les grandes profondeurs où il évolue. Mais des
biologistes américains ont récemment mis en lumière les comportements de
ce petit animal, véritable fossile vivant, qui ne serait en fin de
compte qu’un charognard grappillant des miettes de cadavres et des
fragments de larves.
Le vampire des abysses (Vampyroteuthis infernalis) est un petit céphalopode vivant dans les abysses et les océans aux quatre coins du globe. Bien qu’il présente des similitudes avec les calmars et les pieuvres (lors de sa découverte en 1903 par le teuthologiste allemand Call Chun, il fut identifié à tort comme une pieuvre), il s’agit d’abord d’un fossile vivant. Il est d’ailleurs, en partie du fait de ses filaments sensoriels rétractiles, l’unique représentant encore vivant de son ordre, Vampyromorphida.
Aussi exceptionnel et « monstrueux » soit-il, le vampire des abysses, en raison de ses 10 à 30 centimètres de longueur, ne présente aucune menace pour l’homme. Il vit par 600 à 900 mètres de fond (voire plus), là où la lumière ne pénètre plus. Mais ses yeux globuleux permettent de repérer chacun des mouvements dans son entourage. Les chercheurs Hendrik Joving et Bruce Robison, de l’institut de recherche de l’Aquarium de Monterey Bay (MBARI), ont livré les derniers résultats des travaux sur l’animal qui ont été étalés sur 30 ans, et publiés tout récemment dans la revue britannique Proceedings of the Royal Society B.
Les deux experts de Californie, qui ont analysé le petit monstre, soutiennent ainsi que « le vampire des abysses, contrairement à Dracula ou à Nosferatu, ne plante jamais ses crocs dans une proie vivante. Il se sert de sa bouche, qui s’ouvre comme un parapluie, garni de ventouses et d’épines en forme de doigts, pour capter des parties de cadavres, fragments de larves, crustacés et zooplancton qui coulent lentement au fond des mers ». Et les miettes ainsi récoltées sont assemblées en petite boule par l’animal, qui en fait ainsi sa nourriture, portée au bec. Aux dires des chercheurs, ce comportement alimentaire est à ce point particulier qu’aucun autre céphalopode ne l’a adopté.