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Le déclin des Bécasseaux maubèches américains serait lié à l’arrêt de "l’effet lemmings"
Le déclin des Bécasseaux maubèches américains serait lié à l'arrêt de "l'effet lemmings"
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8 février 2013
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Ornithomedia, 6 articles (Site sur l'Ornithologie)

Ornithomedia

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Le déclin des Bécasseaux maubèches américains serait lié à l’arrêt de "l’effet lemmings"

Le déclin des Bécasseaux maubèches américains serait lié à l'arrêt de "l'effet lemmings"

Une perturbation des cycles de lemmings pourrait être impliquée dans le déclin de la sous-espèce C. c. rufa.

Plusieurs biologistes ont suggéré l'existence d'un lien entre les cycles de populations des lemmings (leurs effectifs s'effondrent tous les trois à quatre ans environ) et le succès de la reproduction de différents oiseaux de l'Arctique, en particulier plusieurs espèces de limicoles et de bernaches.

Cette relation s'expliquerait par la théorie de la proie alternative ("Alternative Prey Hypothesis" ou APH) , les prédateurs se concentrant sur les proies les plus abondantes, et sur l'existence "d'associations" entre certains de ces oiseaux et des rapaces ("Nesting Association Hypothesis" ou NAH), les premiers nichant à proximité des seconds pour réduire les risques vis à vis de prédateurs généralistes. Par exemple, en Colombie britannique, des oiseaux marins ont limité les risques d'être tués par les Pygargues à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus) en nichant à proximité d'un couple de Faucons pèlerins (Falco peregrinus) (lire Les conséquences inattendues du retour des pygargues dans l'hémisphère nord).

Lors d'une étude réalisée sur le succès de la reproduction de l'Oie des neiges (Anser caerulescens atlanticus) dans l'Arctique canadien durant deux cycles complets de populations de lemmings, les chercheurs ont constaté que les pourcentages de réussite de la nidification de l'oie variaient de 22 à 91 % suivant le niveau de prédation du Renard polaire (Alopex lagopus). Des nidifications à proximité du Harfang des neiges (Bubo scandiacus) ont été observées les années où les lemmings étaient abondants, les rapaces étant alors concentrés sur la capture des rongeurs plutôt que celles des oiseaux. Les harfangs éloignent les autres prédateurs et diminuent les prélèvements d'oeufs de bernaches. Le taux d'échec de la reproduction des oies augmentait à nouveau au cours des "mauvaises années" à lemmings.

Une autre étude a été menée sur des Bécasseaux maubèches (Calidris canutus) et cocorli (C. ferruginea), deux limicoles nichant dans la toundra sibérienne. Le nombre et la proportion de juvéniles capturés lors de la migration d'automne sur les bords de la Baltique (sud de la Suède) ont été comparés avec un indice de prédation déterminé par l'abondance des lemmings dans la péninsule sibérienne de Taïmyr. On a constaté que celui-ci était positivement corrélé avec le nombre de juvéniles capturés (mais pas avec celui des adultes), mais aussi avec les effectifs de Bernaches cravants (Branta bernicla bernicla) (dont la quasi totalité niche dans la péninsule) et d'Oies rieuses (Anser albifrons) hivernant en Europe du Nord-ouest. Les pics de passage des deux bécasseaux étaient atteints tous les trois ans (mais aussi tous les cinq à six ans chez le Bécasseau cocorli). Les dates de passage des adultes étaient plus précoces lors des années de forte prédation.

Lemming de toundra (Lemus lemmus)

Lemming de toundra (Lemmus lemmus).
Photographie : David Mintz / Wikipedia

Une analyse du taux de reproduction de la Bernache cravant a montré que celui-ci fluctuait de façon importante et semblait suivre un cycle de trois ans environ. Or on a aussi observé que dans la péninsule de Taïmyr, les pics des populations de lemmings étaient atteints tous les trois ans. Un succès élevé de la reproduction de la Bernache cravant correspondait généralement avec les années d'abondance de lemmings. Quand les rongeurs sont rares, les prédateurs cherchent d'autres sources de nourriture, comme les oeufs de bernaches. Au cours de ces années de pénurie, les Labbes parasites (Stercorarius parasiticus) volent ainsi plus d'oeufs de Bernaches de Hutchins (Branta canadensis hutchinsii). Tomkovich avait d'autre part observé qu'après un effondrement du nombre de lemmings dans la toundra sibérienne en 1983, les Renards polaires se jettaient sur tout ce qu'ils trouvaient, notamment les oeufs et les poussins de limicoles.
Mais bien entendu, le succès de la reproduction des oiseaux de l'Arctique peut aussi être influencé par d'autres facteurs (climatiques, disponibilité de la nourriture, ...).

La population de Bécasseaux maubèches de la sous-espèce nord-américaine (Calidris canutus rufa), qui niche dans l'Arctique canadien et hiverne en Amérique du Sud, a diminué de 70 % au cours des 15 dernières années. Ce déclin a été en grande partie attribué à une pénurie de sa principale source de nourriture, les oeufs de Limules (Limulus sp.), dans la baie du Delaware, sa plus importante halte migratoire le long de la côte est des Etats-Unis.
Des biologistes américains ont publié en 2013 dans la revue canadienne de zoologie un article mettant en avant "l'effet lemmings". Il avait été établi que le succès de la reproduction de la sous-espèce eurasienne du bécasseau maubèche (C. c. islandica) était faible quand le nombre de lemmings était bas. Les biologistes ont étudié le lien entre les cycles de population des rongeurs dans l’Arctique canadien et le nombre de C. c. rufa passant en migration par les États-Unis. Les registres de chasse de la région du cap Cod (Massachusetts) rédigés dans les années 1800 et les recensements de bécasseaux dans la baie du Delaware de 1986 à 1998 présentent des cycles de quatre ans. Les maximums annuels du nombre de bécasseaux ayant fait escale dans la baie étaient notés deux ans après les maximums des populations de rongeurs.
Ces résultats suggèrent que le succès de la reproduction de la sous-espèce C. c. rufa des Bécasseaux maubèches était lié aux fluctuations du nombre de lemmings jusqu'en 1998 au moins, soit avant le début du déclin de ce limicole. Mais aucune donnée n’appuie l’existence d’un tel lien après 1998. Ces constatations concordent avec l’hypothèse selon laquelle une interruption des cycles des lemmings pourrait avoir joué un rôle dans la diminution récente du nombre de Bécasseaux maubèches.
Des études devront être menées dans l’Arctique pour vérifier cette hypothèse.

Photographie en tête d'article : Bécasseau maubèche de la sous-espèce nord-américaine (Calidris canutus rufa).
Droits : Gregory Breese / U. S. Fish and Wildlife Service / Wikipedia

SOURCES

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Mots-clés :
Animaux Oiseau