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L’intelligence est un facteur de succès reproducteur chez la mésange
L'intelligence est un facteur de succès reproducteur chez la mésange
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5 avril 2011
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Université de Montréal, 110 articles (Pôle de recherche)

Université de Montréal

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L’intelligence est un facteur de succès reproducteur chez la mésange

L'intelligence est un facteur de succès reproducteur chez la mésange

Dire à quelqu’un qu’il a une cervelle d’oiseau ne devrait plus être considéré comme une insulte tellement les recherches montrent une étendue toujours plus grande de l’intelligence chez la gent ailée.

Après la corneille qui fabrique un hameçon pour attraper de la nourriture, le perroquet gris qui construit des phrases en manipulant des figures symboliques et le merle qui utilise une brindille pour balayer la neige au sol, voici la mésange charbonnière qui trouve la clé pour ouvrir la porte de son nichoir.

Cette dernière performance a été observée grâce à une expérience réalisée par Laure Cauchard, doctorante au Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal sous la codirection de Frédérique Bouchard (UdeM) et de Louis Lefebvre (Université McGill).

Un oiseau innovateur

En obstruant la porte du nichoir des mésanges par un dispositif pouvant être ouvert en tirant sur une ficelle, les chercheuses ont pu calculer le temps pris par les parents pour découvrir la solution.

 

À la différence de notre mésange à tête noire, la mésange charbonnière se distingue par son ventre jaune traversé d'une bande noire. Cet oiseau est rare au Québec, où il fait partie des espèces introduites.

La mésange charbonnière est réputée pour ses capacités à apprendre et à imiter. Dans les années 20, elle a fait l'objet d'une observation étonnante dans le sud de l'Angleterre, où certains individus sont parvenus à enlever les capsules de carton sur les bouteilles de lait laissées sur les perrons afin de se nourrir de la crème. Ce comportement aurait été signalé à plusieurs endroits en même temps et se serait répandu par imitation dans toute l'Angleterre en une douzaine d'années.

L'expérience de Laure Cauchard a consisté à obstruer la porte des nichoirs des mésanges par un dispositif pouvant être ouvert en tirant sur une ficelle. L'objectif était de calculer le temps pris par les parents pour découvrir la solution du problème et de voir s'il y avait une corrélation entre cette habileté et le succès reproducteur des oiseaux.

Le mécanisme était installé six semaines après l'éclosion des œufs et, pour ne pas compromettre la survie de la nichée, il était retiré au bout d'une heure. L'expérience s'est déroulée sur l'ile de Gotland, en Suède, avec la participation de Blandine Doligez, chercheuse à l'Université Claude Bernard-Lyon 1. La mésange charbonnière est abondante sur cette ile et un site est spécialement équipé de nichoirs et de caméras vidéos pour permettre l'observation des oiseaux dans leur milieu naturel.

« L'observation d'une cinquantaine de nichoirs montre que la moitié des mésanges parvient à ouvrir la porte en tirant ou en se posant sur la ficelle et que l'autre moitié n'y arrive pas, mentionne l'étudiante. Les plus débrouillardes trouvent la solution en moins de 10 minutes. »

L'analyse est encore préliminaire, mais les données vont dans le sens de l'hypothèse de départ. « Il y a une grande variabilité dans le succès reproducteur de cette espèce, mais nos données montrent que plus les parents trouvent rapidement le moyen d'ouvrir la porte, plus le nombre d'oisillons vivants après 14 jours est élevé et plus leur poids est important », affirme-t-elle.

C'est la première fois qu'une telle habileté cognitive est ainsi corrélée avec l'approvisionnement de la nichée pour mesurer le succès de la reproduction.

Laure Cauchard et Frédérique Bouchard

 

Chez la mésange charbonnière, qui est une espèce monogame, les deux parents participent à l'alimentation des oisillons. Dans certains cas, un seul des deux parents est parvenu à ouvrir la porte ; il se pourrait donc qu'il y ait une variation intersexe dans cette habileté, ce qui reste à tirer au clair.

Sélection cognitive

« Les variations cognitives interindividuelles se traduisent donc par des variations dans le succès reproducteur et l'on peut dans ce cas parler de sélection cognitive », indique pour sa part Frédérique Bouchard.

D'après ce que rapporte la professeure, les espèces qui ont des comportements novateurs sont aussi celles qui réussissent le mieux à trouver des sources de nourriture dans un nouvel environnement ou lorsque les sources habituelles sont taries. Cela a notamment été démontré quand une nouvelle espèce est introduite dans un territoire.

Frédérique Bouchard croit que les habiletés cognitives de la mésange sont sans doute reliées aux critères de sélection sexuelle. « Comme cet oiseau est monogame, le mâle, tout autant que la femelle, choisit son partenaire. L'un et l'autre auraient donc intérêt à exercer leur choix en fonction des capacités cognitives du partenaire. »

Ces capacités pourraient s'exprimer de façon indirecte par la qualité et la complexité du chant, un critère qui s'ajouterait à la qualité du plumage qui, elle, est l'indicateur d'un bon système immunitaire. La vérification de cette hypothèse fait partie de la suite des travaux de Laure Cauchard.

Si tel est le cas, pourquoi tous les individus de cette espèce n'ont-ils pas atteint, par la sélection, le même niveau d'intelligence ? « Parce qu'un gros cerveau est couteux en termes de dépense énergétique et qu'il y aura donc toujours de la variabilité selon les environnements, répond Frédérique Bouchard. L'innovation peut aussi être couteuse pour un individu qui explorerait des territoires où le risque de rencontrer des prédateurs est plus grand. »

Daniel Baril

POST-SCRIPTUM

  • Deuxième photo : En obstruant la porte du nichoir des mésanges par un dispositif pouvant être ouvert en tirant sur une ficelle, les chercheuses ont pu calculer le temps pris par les parents pour découvrir la solution.

    Troisième photo : Laure Cauchard et Frédérique Dubois.

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