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Focus sur Amboseli : les relations sociales des éléphants
Focus sur Amboseli : les relations sociales des éléphants
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20 juin 2012 | 1 commentaires
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IFAW, 35 articles (Protection des animaux)

IFAW

Protection des animaux
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Focus sur Amboseli : les relations sociales des éléphants

Focus sur Amboseli : les relations sociales des éléphants

Certains des lecteurs qui me connaissent ont évoqué le plaisir manifeste que je prends dans mon travail. Je suis heureuse que cela transparaisse avec tant d’évidence. En effet, passer tant de temps aux côtés des éléphants du parc d’Amboseli, au Kenya, est un bonheur et un privilège que beaucoup m’envient sûrement.

En dépit des frustrations inhérentes à ma profession, je connais peu d'activités plus apaisantes que de passer du temps en compagnie d'une famille d'éléphants à la recherche de nourriture dans la quiétude d'un après-midi à Amboseli.

Mais ce qui, à mes yeux de chercheur, importe plus encore que le bonheur de passer du temps avec les éléphants, c'est le privilège d'avoir accès à l'ensemble des données recueillies dans le parc d'Amboseli dans le cadre de la plus longue étude jamais réalisée sur les éléphants sauvages dans le monde. Pendant quarante ans, le Dr Cynthia Moss et le reste de notre équipe ont rassemblé des informations sur les naissances, les décès, les relations sociales, la génétique et le comportement de ces animaux. Si chaque jour que nous passons sur le terrain nous permet d'enrichir cette mine d'informations, la conservation et l'exploitation de ces données constituent à elles seules un travail à plein temps. Après tout, quel intérêt y aurait-il à passer des milliers d'heures et à dépenser des milliers de dollars pendant plusieurs années pour rassembler des informations si celles-ci ne sortaient pas de nos calepins et de nos ordinateurs pour être utilisées afin d'approfondir notre compréhension des éléphants et de les protéger, eux et leur habitat ?

Lorsque j'ai commencé mon travail à Amboseli, ma première mission a été d'apprendre à identifier chaque éléphant et à comprendre la manière dont les informations les concernant étaient recueillies et organisées pour le projet. Et c'est justement grâce à ces informations que nous trouverons réponse à certaines des questions clés de cette étude sur les perturbations sociales financée par IFAW. Par exemple, nous saurons quels éléphants passent du temps ensemble et consignerons les naissances et les décès survenus dans leur population.

Grâce à Cynthia et au reste de l'équipe, nous savons déjà beaucoup de choses sur les éléphants d'Amboseli. Ma mission consistait à m'intéresser plus particulièrement aux traits les plus révélateurs des relations entre les femelles de la famille.

La société que forment les éléphants se caractérise par une dynamique de fission-fusion similaire à celle des humains. Si l'appartenance à une famille est constante dans le temps, ses membres ne sont pas toujours ensemble. Le degré de proximité entre les éléphants varie d'une famille à l'autre, mais également entre les femelles. Les relations sociales des éléphants se fondent sur la valeur de l'individu.

 

La famille EA endormie peu avant le réveil.La famille EA endormie peu avant le réveil.

Sachant cela, nous avons estimé devoir restreindre d'une manière ou d'une autre le champ de notre étude. Les interactions entre ces animaux sont souvent très rapides, et il faut pouvoir suivre et contrôler les déplacements de chacun des membres d'un groupe. Cet exercice est impossible à moins de très bien connaître les éléphants. En effet, je dois pouvoir lever les yeux de mon calepin et localiser instantanément chaque animal tout en analysant le comportement des autres. Il est également important d'anticiper, dans une certaine mesure, les mouvements du groupe et de déplacer notre véhicule au bon endroit. Croyez-moi, tenter d'identifier des éléphants de dos devient rapidement un casse-tête. Il me fallait donc impérativement apprendre à connaître les éléphants et leurs familles.

Nous avons donc sélectionné douze familles d'étude, qui constituent la base de notre collecte de données détaillées. Ces familles ont plus ou moins bien vécu la sécheresse de 2009 : si certaines s'en sont relativement bien sorties, d'autres en ont énormément pâti. Parmi ces dernières figure la famille GB, qui a radicalement changé du fait de cette sécheresse et des pertes qu'elle a subies. D'autres familles traversent actuellement un processus de changement.

Des recherches plus anciennes menées à Amboseliont montré que les femelles les plus âgées étaient mieux à même d’identifier les menaces et d'y répondre de manière à protéger leurs familles. Nos collègues, les Drs McComb et Shannon, avaient conduit une expérience intéressante consistant à reproduire le rugissement d'un lion à proximité de ces familles afin de simuler une menace. Sur le long terme, nos données montrent en outre que les familles avec des matriarches plus âgées présentent un taux de reproduction par femelle plus élevé. Cela signifie que toutes les femelles de cette famille mettent bas plus rapidement, et que leurs petits ont de meilleures chances de survie. Selon nous, c'est parce que les femelles les plus âgées font des choix plus avisés lorsqu'il s'agit de décider où et quand se déplacer dans l'écosystème. Ainsi, toute la famille bénéficie de l'expérience des matriarches, et la meilleure condition physique de l'ensemble des femelles entraîne un taux et une cadence de reproduction plus élevés. On en déduit donc que les populations comptant des femelles âgées sont en meilleure santé.

Alors, que se passe-t-il quand ces femelles pleines de sagesse meurent ? Et bien, c'est exactement ce qui s'est produit en 2009, lorsque 85 % des femelles âgées de plus de 50 ans sont décédées des suites d'une terrible sécheresse et d'une recrudescence du braconnage à Amboseli. La moitié des familles d'éléphants ont alors perdu leurs matriarches, et certaines d'entre elles ont même perdu bon nombre de leurs femelles adultes.

Dirigées par les matriarches, les familles d'éléphants n'en sont pas pour autant autocratiques. La décision de rester avec certains des membres de sa famille ou de les quitter dépend de nombreux facteurs, dont la nourriture à disposition et les éléphants concernés. Chaque femelle est libre de quitter le noyau familial et de partir seule. Toutefois, ce cas de figure reste rare à Amboseli. Généralement, les femelles seules sont soit malades, soit en chaleur, auquel cas elles se séparent de leurs familles à la faveur des mâles en rut. Mais l'on constate plus souvent que les familles se scindent en petits groupes composés de plusieurs sœurs ou d'un couple mère/fille accompagnés de leurs éléphanteaux encore dépendants. Ce phénomène, nettement plus courant dans certaines familles que dans d'autres, se produit lorsque les femelles ne souhaitent pas passer leur journée au même endroit ou de la même manière.

Habituellement, la décision de se rendre quelque part doit faire l'objet d'un consensus au sein de la famille. Lorsqu'une famille se repose, elle se regroupe généralement autour des éléphanteaux endormis. Les femelles les plus âgées dorment debout, s'appuyant souvent les unes sur les autres. Le réveil commence en général par les jeunes adultes, qui s'étirent, baillent et font quelques pas çà et là. Un par un, les autres membres de la famille s'éveillent, prennent leur bain de poussière ou s'offrent quelques bouchées de verdure. Les jeunes éléphanteaux sont réveillés par un léger coup de patte ou de trompe, provocant chez eux un vague grognement réprobateur. On voit généralement une femelle rejoindre la tête du groupe en indiquant la direction qu'elle souhaite prendre. Puis, une par une, les autres femelles lui emboîtent le pas, signifiant ainsi leur accord. Une autre femelle tente alors parfois de persuader la famille d'aller ailleurs, en se tournant dans une autre direction. Ce désaccord s'accompagne souvent de barrissements et plus particulièrement d'appels de contact. Il arrive également que des femelles s'adonnent à une cérémonie de salutation pour renforcer leurs liens et rallier les autres à leur choix de destination.

Généralement, la matriarche ne s'adonne pas à cette pratique et se tient même souvent à l'écart. La famille ne bouge pas tant qu'elle n'est pas prête, et certaines femelles font parfois patienter le reste de la famille pendant trente minutes ou plus. Si la matriarche approuve la direction choisie, elle se déplace, ce qui pousse le reste de la famille à se mettre en route, généralement en passant en premiers. En revanche, si elle désapprouve la destination choisie, la matriarche peut rendre caduque le fruit d'une longue négociation entreprise par les autres membres de la famille. La lutte d'influence qui s'ensuit est l'un de mes moments préférés, et son issue se révèle parfois surprenante.

La négociation peut se produire à plusieurs reprises dans une même journée, à mesure que la famille change d'activité. Sa durée, ses acteurs (qui commence et qui répond) et son issue sont autant d'indices permettant de déterminer l'efficacité de la famille dans cet exercice. Nous pensons qu'une famille ayant subi une importante perturbation risque d'être moins efficace, ce qui a des conséquences sur son activité reproductrice : le temps passé à débattre avec le reste de la famille est du temps en moins pour se nourrir, entretenir le lien social et se reposer.

Maintenant que j'ai appris à identifier les éléphants, je passe environ la moitié de mon temps avec mes familles d'étude, à observer leurs négociations, et consacre l'autre moitié à l'analyse des données recueillies sur le long terme. J'examine les changements durables dans les relations entre les familles afin de reconstituer la situation en 2008, telle qu’elle pouvait être juste avant la sécheresse responsable de ce bouleversement. L'analyse conjointe des changements de long terme et des conséquences à court terme nous aidera à comprendre combien la sécheresse de 2009 fut dramatique pour les éléphants, et en quoi on peut la rapprocher des sécheresses précédentes, des variations à long terme et de l'évolution des relations sociales.

Naturellement, il est impossible d'analyser en une journée les données collectées pendant 40 ans. Et je suis encore loin de disposer d'une quantité suffisante d'informations sur les familles de l'étude pour entreprendre quelque analyse que ce soit. Mais la patience est une vertu, et la mienne sera récompensée un jour. D'ici là, je m'attends bien à quelques surprises.

Vicki Fishlock

Photo en tête d'article : Barbara avec son arrière-petite-fille cadette, Betts. Les décisions que prend Barbara augmentent la capacité reproductive de sa famille.

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Mots-clés :
Animaux éléphant Kenya
Commentaires
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par perlseb (IP:xxx.xx1.125.128) le 20 juin 2012 a 21H43
perlseb (Visiteur)

En physique de l’ingénieur, on apprend que la mesure (et donc l’étude) d’une grandeur physique perturbe cette grandeur et donc la mesure.

Vous passez beaucoup de temps autour de vos éléphants que vous dites sauvages. Mais ils ne sont plus sauvages : ils sont continuellement en présence d’humains qui les observent, et ces humains changent sûrement leur comportement (simulation de cris de lions, à force ils vont finir par ne même plus réagir en cas d’attaque de vrais lions, super l’expérience !).

Bref, non seulement le nombre d’éléphants diminue car en concurrence avec l’homme, mais en plus les rares qui restent sont dérangés par des pseudo-chercheurs qui sont payés à passer du bon temps.

Je ne critique pas les populations locales de grossir en nombre (on a fait pareil en Europe et on a détruit toutes les espèces sauvages qui nous gênaient). Mais on peut critiquer ceux qui croient faire une bonne action pour les animaux et qui en vivent alors même que ces animaux sont condamnés et que d’autres personnes plus qualifiés qu’eux dans le système sont soit au chômage soit soumis dans une entreprise avec un boulot dégueulasse.

Les derniers animaux (derniers éléphants, derniers ours polaires, derniers lions, ...) ne seront peut-être pas abattus par les braconneurs, mais ils ne seront définitivement plus sauvages (chouchoutés et nourris par des humains INDISPENSABLES). Humains qui auront complètement ravagés leur biotope.

L’humains est vraiment la pire des espèces sur Terre et il y en a encore qui, à 7 milliards, ne pensent qu’à avoir des enfants (quoi de plus beau que de détruire cette planète ?).