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Animaux : l’intoxication au métaldéhyde
Animaux : l'intoxication au métaldéhyde
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6 mai 2013 | 2 commentaires
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Patrick Norman , 22 articles (Vétérinaire)

Patrick Norman

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Animaux : l’intoxication au métaldéhyde

Animaux : l'intoxication au métaldéhyde

Avec le printemps et la reprise d’activité des amateurs de potager ou de jardinage, on peut constater une augmentation de cas d’intoxication au métaldéhyde chez nos animaux de compagnie.

En effet, le métaldéhyde est une molécule contenue dans certains produits anti limaces ou anti escargots utilisés par certains « jardiniers » peu au courant, je l’espère, des effets toxiques du métaldéhyde.

Les produits utilisés contiennent en général au moins 3,5 % de métaldéhyde et se présentent sous forme de granules.

Voici un de ces produits commercialisés qui contient près de 5 % de métaldéhyde !!

 
Pourquoi nos compagnons apprécient-ils ces granulés ?

Certains produits contenant du métaldéhyde sont attractifs pour nos animaux de compagnie, car cette molécule est mélangée avec du son et de la mélasse la rendant ainsi appètent.

Les utilisateurs de ces produits à base de métaldéhyde se défendront en nous indiquant qu’ils utilisent des produits contenant une substance amère (le Bitrex) sensée éviter l’ingestion de ces granules par nos compagnons voir même nos enfants ! ……

Oui, bof.. !, ce n’est certainement pas une garantie à 100 % et n’est pas, à mon avis, l’argument-choc pour justifier l’utilisation de cette molécule.

Non seulement le métaldéhyde est un produit toxique pour nos animaux de compagnie (chien et chat), pour nous êtres humains aussi, mais il est également toxique pour les animaux sauvages tels que le hérisson, musaraigne, le crapaud, les oiseaux, …


L’utilisateur de tels produits pense-t-il aux conséquences écologiques (faune, flore, pollution des sols..) et aux risques d’intoxications ?

Si vous, cher lecteur, vous connaissez dans votre entourage des personnes utilisant ce type de produits, sensibilisez-le sur ces risques.

Je ne suis pas en train de vous écrire qu’il ne faut pas lutter contre les limaces ou les escargots ( quoique …), cependant je vous conseille d’utiliser des méthodes non toxiques, naturelles, tout aussi efficaces que je vais décrire brièvement plus loin.

Mais revenons au sujet de l’article « l’intoxication au métaldéhyde pour nos compagnons » et essayons de comprendre cette toxicologie.

Intoxication au métaldéhyde : Comment le métaldéhyde empoisonne-t-il nos animaux de compagnie ?

Le mécanisme toxicologique exact n’est pas tout à fait connu, mais le métaldéhyde peut être toxique par ingestion, inhalations et contact

1) par ingestion (voir orale)

Une fois ingéré, le métaldéhyde est mis en contact avec les sécrétions de l’estomac et se transforme partiellement en acétaldéhyde, molécule toxique.

Ces deux molécules, à savoir le métaldéhyde et l’acétaldéhyde, passent dans le sang et vont traverser la barrière hémato-méningée.

On aura alors des répercussions neurologiques :

Au niveau du cerveau, ces molécules vont provoquer des perturbations au niveau de la concentration de neurotransmetteurs tels que la sérotonine et la noradrénaline.

Ces neurotransmetteurs sont des molécules calmantes et comme leurs concentrations diminuent, la conséquence immédiate sera une augmentation de l’excitabilité neuronale responsable des signes cliniques neurologiques observés lors de l’intoxication au métaldéhyde : convulsion, tremblement, agitation, anxiété,…

2) par inhalation (voies respiratoires)

En respirant des poussières ou de la vapeur contenant du métaldéhyde, cela peut provoquer des difficultés respiratoires importantes, voir même un arrêt respiratoire.

3) par contact (peau)

Le métaldéhyde en contact avec la peau peut provoquer des irritations. Si ce contact est effectif, il faut laver abondamment la peau avec de l’eau + savon. Même remarque pour les yeux, il faut bien les rincer à l’eau si mis en contact avec cette molécule.

La dose toxique chez le chien par voie orale est de 100 à 300 mg/kg. Une cuillère à café de granules à 3,5 % de métaldéhyde est suffisante pour intoxiquer un chien de 5 kg !

Quels sont les signes cliniques d’une intoxication au métaldéhyde ?

On va parler des signes d’intoxication par voie orale qui est la principale voie des intoxications au métaldéhyde pour nos animaux de compagnie.

Les premiers signes d’intoxication seront présents 1 à 4 heures après l’ingestion de la molécule, tout dépend de la quantité ingérée et de la vitesse de transit de gastro-intestinal.

Symptômes digestifs

Un animal qui a ingéré du métaldéhyde peut avoir rapidement de l’hyper salivation, des nausées, des vomissements et de la diarrhée.

Pourquoi ? Tout simplement parce que le métaldéhyde est irritant pour les muqueuses digestives. Dans ce cas-ci, les vomissements sont pratiquement un acte de défense et qu’il faut encourager lors d’une ingestion récente (moins de deux heures)

Symptômes neurologique

Comme une baisse de concentration de neurotransmetteurs calmants est notée, on observera des signes d’excitation telle que : agitation, anxiété, hypersensibilité au toucher (hyperesthésie), tremblements musculaires, ataxie, convulsions, crise épileptiforme, …

Fièvre importante (hyperthermie)

Comme l’activité musculaire est forte importante, on observera une augmentation de la température pouvant atteindre des valeurs très élevées (> à 41 °) !

C’est un paramètre qu’il faudra bien surveiller, car au-delà de 41,7 ° il y a destruction des cellules notamment nerveuses avec risque de mortalité ! Il faut prendre la température de l’animal intoxiqué régulièrement.

Symptômes respiratoires


On remarquera une augmentation de la fréquence respiratoire (tachypnée) due à l’acidose métabolique.

Cette acidose métabolique est due à l’accumulation d’acide lactique provoqué par les tremblements musculaires. L’animal essaiera de compenser cette acidose en augmentant sa fréquence respiratoire.

Une augmentation de la fréquence cardiaque (tachycardie) sera également notée.

Comment diagnostiquer une intoxication au métaldéhyde ?

Bien sûr, si on surprend l’animal en train d’ingérer les granules contenant du métaldéhyde, le diagnostic sera évident !

En dehors de ce fait, le diagnostic de certitude d’intoxication au métaldéhyde n’est pas aisé !

Les tests spécifiques à l’intoxication au métaldéhyde ne sont pas facilement disponibles.

Alors quels sont les signes d’appel ?

1. Les symptômes neurologiques peuvent être des signes d’appel, mais ces symptômes peuvent être présents pour d’autres types d’intoxications ou pathologies.

2. Si vous avez l’opportunité de pouvoir examiner les vomissures de l’animal, vous pouvez peut-être observer la présence de ces granules bleus ou verts confirmant la gestion de ces produits anti limaces. Mais il faut rester prudent dans toute interprétation.

3. La présence d’une odeur assez typique de formaldéhyde dans les vomissures ou au niveau respiratoire peut également être un signe d’intoxication au métaldéhyde.

Prise de sang

· Au niveau biochimique, on peut constater une augmentation d’un enzyme spécifique à l’activité musculaire accrue : augmentation de la créatine kinase (CK)

· Si la clinique vétérinaire est équipée d’un appareil d’analyse de gaz du sang, alors il pourra mieux préciser le degré de l’acidose et pourra injecter du bicarbonate de sodium en calculant sa dose selon les résultats. Cette injection de bicarbonate de sodium n’est indiquée que si l’on dispose de ces résultats.

Intoxication au métaldéhyde : comment traiter un animal intoxiqué ?

Il faut savoir que :

 · Le métaldéhyde est éliminé par les urines et les matières fécales. La demi-vie du métaldéhyde est de 27 heures, ce qui explique la nécessité d’assurer des soins importants (Hospitalisation) pendant plus de 72 heures.

 · Il n’existe pas d’antidote spécifique pour l’intoxication au métaldéhyde. Par conséquent, le traitement consiste en un traitement de soutien jusqu’à ce que les signes cliniques disparaissent et que la toxine soit éliminée.

Il y a différentes étapes dans le traitement selon le timing d’intervention et l’état d’avancement du métabolisme du métaldéhyde.

Mis sous perfusion


Souvent, comme dans beaucoup d’intoxications d’ailleurs, l’animal serait mis en perfusion intraveineuse pour l’aider à éliminer le toxique. Dans le cas de l’intoxication au métaldéhyde, la solution de choix à perfuser est le Ringer Lactate.

Ces perfusions de Ringer ont pour rôles :

 · d’accélérer l’élimination des toxines.
 · d’essayer de protéger le foie.
 · de lutter contre l’acidose (le lactate est converti en bicarbonate).

Une solution de second choix est le dextrose à 5 %, à utiliser si l’on ne dispose pas de Ringer Lactate

1) si l’ingestion est récente et que l’animal ne présente aucun symptôme :

Si l’ingestion du produit est de moins de 2 heures, alors on peut provoquer le vomissement de l’animal en vous rendant immédiatement chez votre vétérinaire qui pratiqua une injection d’un produit (l’apomorphine). Avertissez votre vétérinaire par téléphone de votre arrivée pour que la structure se prépare à cette intervention !

Si vous ne pouvez pas vous rendre chez votre vétérinaire, vous pouvez provoquer des vomissements en lui faisant avaler de l’eau oxygénée ou de l’eau très salée.

J’insiste bien sur le fait que ce type de traitement ne doit être entrepris que sur un animal vigilant et dans les deux premières heures après ingestion du produit toxique.

2) si présence de signes neurologiques débutants : tremblements, agitation, anxiété

Il sera injecté des relaxants musculaires plus des calmants de type benzodiazépines (Valium*).


Le diazépam (Valium*) est administré à la dose de 2 à 5 mg kg par voie intraveineuse ou par voie rectale (suppositoire). La voie rectale est sous employée et pourtant elle est efficace, plus facile surtout face à un animal agité, pris de convulsions. L’action par voie rectale est rapide !

Comme relaxants musculaires, on peut utiliser le Methocarbamol qui agit par le système nerveux central. La dose est de 50 à 150 mg/kilo par voie intraveineuse. On peut augmenter la dose si les résultats ne sont pas atteints, mais sans jamais dépasser 330 mg/kg.

On peut donner également du charbon activé par voie orale pour tenter de diminuer l’absorption du toxique par les voies digestives (1 à 4 GR/kg)

3) si présence de signes neurologiques importants : convulsions, ataxie, …ou non-amélioration des signes neurologiques avec les benzodiazépines

Une anesthésie générale peut être indiquée (propofol, isoflurane ,….) pour contrecarrer les signes neurologiques en attente de l’élimination de la molécule.

Il ne faut jamais utiliser de barbituriques, type pentobarbital par exemple, pour anesthésier un animal intoxiqué au métaldéhyde, car ces molécules aggravent l’intoxication en étant en compétitivité avec le métaldéhyde au niveau du plasma. Ils empêchent le métabolisme du métaldéhyde et maintiennent sa toxicité.

On peut profiter de cette anesthésie générale pour pratiquer un lavage de l’estomac et administrer du charbon activé qui va diminuer l’absorption du toxique au niveau du tractus gastro-intestinal

La dose de charbon activé est de 1 à 4 Gr/kg

4) Si présence de fièvre importante

Attention, dans ce cas-ci, on n’est pas en présence d’une fièvre d’origine infectieuse, mais elle due à une activité intense musculaire. Il est illusoire de la traiter avec des anti-inflammatoires !

Il faut absolument éviter que cette température n’atteigne des valeurs trop élevées (> 41,5 °)

Différentes solutions peuvent être mises en place (les mêmes que lors de coup de chaleur)

1) refroidir le corps et la tête de l’animal en le mouillant (linges humidifiés à l’eau froide)

2) appliquer de l’alcool (alcool à 70 °) sur les coussinets des quatre pattes (l’objectif est de refroidir par évaporation)


3) mettre l’animal en perfusion, ce qui est surement déjà mis en place !

Lorsque la température atteindra des valeurs inférieures à 39.5 °, ces mesures de refroidissement peuvent être interrompues.

5) En présence de difficulté respiratoire importante (dyspnée sévère)

L’animal sera intubé et de l’oxygène sera administré. (Par respirateur artificiel éventuellement).

Intoxication au métaldéhyde : quel est le pronostic pour un animal intoxiqué ?

Le pronostic dépend de la quantité ingérée et du moment du traitement.

Si l’intoxication est détectée et traitée précocement, le pronostic est en général bon (très peu de mortalité ou de séquelles)

Si l’intoxication n’est pas traitée du tout, l’animal peut mourir d’une insuffisance respiratoire et/ou de séquelles neurologiques (ce dans les 4 à 24 heures après l’ingestion.)

Si l’intoxication a été sévère et pas traitée assez rapidement, l’animal peut garder des séquelles hépatiques irréversibles pouvant entraîner la mort.

Durant l’hospitalisation, des prises de sang pour évaluer l’état du foie seront pratiquées et permettront d’évaluer les éventuelles lésions au niveau du foie (mesures des enzymes hépatiques).

Comment prévenir l’intoxication au métaldéhyde pour nos animaux de compagnie ?

Le premier conseil évident est de ne pas utiliser ce type de granules à base de métaldéhyde pour lutter contre les limaces ou les escargots. Il existe d’autres solutions moins toxiques et naturelles.

Gardez à l’esprit que cette molécule est non seulement toxique pour vos animaux de compagnie, mais elle est également pour d’autres espèces sauvages telles que le hérisson, le crapaud, les oiseaux,… Non seulement elle fait des dégâts au niveau d’une faune, mais elle est également une source de pollution (voir actualité récente) pour nous aussi.

Bien que les limaces ou escargots soient les bêtes noires des amateurs de potager, il faut savoir que ceux-ci jouent un rôle important au niveau biologique :

1) ils sont importants dans la constitution de l’humus dans nos bois et prairies

2) ils permettent à certaines plantes rares de subsister en mangeant d’autres plantes qui prolifèrent autour

3) ils constituent une source de nourriture pour beaucoup d’espèces et c’est en cela que le métaldéhyde est nuisible : elle tue aussi ces « prédateurs » !!

Voilà de bonnes raisons pour ne pas s’acharner à tuer ces espèces, mais plutôt d’utiliser des moyens naturels pour leurs effets répulsifs.

Néanmoins si vous devez absolument utiliser cette molécule, évitez que vos animaux de compagnie déambulent dans les zones traitées pendant au moins deux semaines. Soyez attentifs et prévenez tous les membres de la famille !

Comme moyens naturels pour lutter contre les limaces ou escargots, nous avons :

1) les granulés anti limaces à base d’une huile essentielle d’ail et de lavandin. Ces granulés ont en effet répulsif par leurs odeurs.

2) fixation d‘une bande souple de fils de cuivre autour des légumes, des fruits, salades… à protéger. La présence de bave sur les fils de cuivre est très désagréable pour les limaces ou escargots et les fait fuir.



3) utilisation du rouleau de Shocka : ce sont des tissus imprégnés d’un côté avec une formule à base de cuivre (l’effet répulsif est expliqué par le fait que les limaces ou escargots sont gênés dans le déplacement sur ce type des tissus par des picotements (bave + cuivre))


4) utilisation de granule anti limaces contenant du phosphate de fer : cette molécule n’est pas toxique pour nos animaux de compagnie, mais entraîne trois effets négatifs pour les limaces ou escargots :


 · un effet coupe-faim, les limaces retournent dans leurs abris et peuvent mourir.
 · une diminution de production de mucus (bave)
 · une perturbation du métabolisme du calcium entraînant la mort de la limace ou de l’escargot en quelques jours.

Je vous ai donné quelques exemples de moyens de lutte contre les escargots et limaces, mais il existe encore d’autres moyens naturels pour lutter contre les limaces ou escargots (comme par exemple le recours à des nématodes, vers microscopiques prédateurs spécifiques des limaces)

Ce n’est pas vraiment le sujet de cet article et si cela vous intéresse je vous conseille d’acheter des livres traitants la question.

Dr Vétérinaire Patrick N.
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Commentaires
0 vote
par Kéra (IP:xxx.xx7.55.230) le 24 mai 2015 a 10H50
Kéra (Visiteur)

Hier mon voisin a emmené son chat chez le vétérinaire qui avait la diarrée, vomis et été sianosé ( langue bleue) : diagnostic : empoisonnement par du produit anti-limace semé dans le jardin voisin. Le pire c’est que le chat n’était pas rentré depuis 2 jours, il était agonisant dans le jardin d’un autre voisin, très faible car il n’avait pas mangé depuis près de 3 jours. On va tenter de le sauver en le mettant sous perfusion pour l’hydrater et lui administrer les traitements nécessaires et rester au moins 5 jours en clinique. Que diable, que ce produit soit interdit et disparaisse de la vente. Qu’on arrête tous ses produits toxiques sous prétexte d’avoir de belles récoltes alors qu’on nous fait manger de la merde. Si l’homme continue comme ça il n’y aura bientôt plus d’animaux sur la terre. Quelle tristesse !

0 vote
par Kéra (IP:xxx.xx7.55.230) le 24 mai 2015 a 13H54
Kéra (Visiteur)

Les pouvoirs publics ne peuvent-ils donc pas interdire et faire retirer de la vente tous ces produits toxites qui sont à la portée de n’importe qui. Il y a bien d’autres procédés naturels pour avoir de beaux légumes. Si l’homme continue comme ça il n’y aura bientôt plus d’animaux sur terre. Quelle tristesse !

A noter : les animaux empoisonnés par ces produits souffrent plusieurs jours dans de violentes douleurs avant de mourrir.