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Troubles psy : Des pathologies à la mode ?
Troubles psy : Des pathologies à la mode ?
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6 mai 2014
Auteur de l'article
Pr. Antoine Pelissolo, 41 articles (Psychiatre)

Pr. Antoine Pelissolo

Psychiatre
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Troubles psy : Des pathologies à la mode ?

Troubles psy : Des pathologies à la mode ?

Chaque médaille a son revers, et les efforts des professionnels de santé mentale pour déstigmatiser les troubles « psy » et augmenter l’information du public dépassent parfois leur but, avec des effets collatéraux inattendus.

C’est le cas notamment lorsque des livres de témoignage ou différents médias contribuent à populariser des diagnostics au point de les rendre presque attractifs pour certaines personnes. Depuis quelques années, il n’est pas rare par exemple de recevoir en consultation de psychiatrie des patients demandant spontanément une prise en charge spécifique pour des pathologies dont ils ont fait eux-mêmes le diagnostic. Il s’agit en particulier du trouble bipolaire, du syndrome d’Asperger, de l’hyperactivité avec déficit de l’attention, de certaines addictions ou encore, et c’est plus logique, de la précocité intellectuelle (les fameux « surdoués »). Dans d’autres cas d’ailleurs, les troubles sont repérés chez les autres, des proches ou des collègues, comme on le voit souvent avec la célèbre appellation « pervers narcissique ».

Cette tendance est grandement favorisée par les informations médicales accessibles à tous sur Internet, et par le succès des magazines et livres à vocation psychologique. Bien sûr, elle n’est pas mauvaise en elle-même, et peut conduire souvent des personnes réellement concernées à consulter et ainsi à recevoir des soins adaptés, parfois des années après le début des troubles. Et, même si le diagnostic n’est pas le bon, il est toujours possible au praticien de procéder à sa propre évaluation pour que, finalement, un traitement approprié soit mis en place. Mais des difficultés apparaissent lorsque le patient a tellement investi un auto-diagnostic qu’il refuse qu’on le remette en cause, et surtout qu’on lui en propose un autre, souvent perçu comme dévalorisant. Le risque est alors de voir la personne se fermer, parfois devenir revendiquante voire agressive, et finalement ne pas accepter le traitement proposé. Elle va dans ce cas arrêter tout suivi, ou parfois essayer de consulter un grand nombre de spécialistes afin de trouver celui qui conclura au diagnostic espéré. L’autre risque est que le patient, à force de lectures, sache exactement quels sont les symptômes du trouble qu’il s’attribue et ait tendance à les décrire de manière théorique, et pas forcément selon la réalité des signes qu’il ressent vraiment.

Tout ça pour dire que les évaluations en psycholopathologie sont souvent plus complexes qu’en médecine « classique », et qu’un regard extérieur est toujours utile pour y voir plus clair. Il est important d’être informé sur les troubles tels qu’ils sont observés en général, et l’éducation thérapeutique sur les maladies est reconnue aujourd’hui comme un objectif essentiel des soins. Mais la complexité de l’esprit humain fait qu’une description théorique et moyenne est rarement applicable à une personne donnée, avec toutes ses particularités et son histoire personnelle. C’est là aussi le piège des forums et des échanges d’expériences qui sont souvent captivants et entraînent une identification rapide, mais peuvent s’avérer très trompeuses car non généralisables. Il faut donc autant que possible combiner plusieurs sources : s’informer en lisant de bonnes revues ou en consultant des sites sérieux, mais aussi ne pas hésiter à demander un avis professionnel, ne serait-ce que ponctuellement pour confirmer, ou non, son auto-évaluation.

Pr Antoine PELISSOLO, psychiatre
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