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Syndrome d’Asperger : Une journée de travail...
Syndrome d'Asperger : Une journée de travail...
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21 mai 2012 | 6 commentaires
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Suki, 1 article (Rédacteur)

Suki

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Syndrome d’Asperger : Une journée de travail...

Syndrome d'Asperger : Une journée de travail...

Suki souffre du Syndrôme d’Asperger. Elle raconte ses difficultés au travail :

J’ai toujours voulu avoir une vie professionnelle épanouie. J’ai, pour cela, repris des études adulte, pensant que cela changerait quelque chose au regard qu’on me porte...

J’ai même presque failli y réussir : parfois, il m’est arrivé d’avoir des emplois agréables, d’autres où ma sur-adaptation a été mise à rude épreuve. Mais dans chacun, le Syndrome d’Asperger m’a vraiment gênée pour certaines relations.

Je dresse ici un résumé d’une de ces journée de mon dernier emploi...

Une journée de travail... C’est une journée que tout le monde rencontre dans sa vie... N’est ce pas ?
Pour moi une journée de travail peut être synonyme de diverses choses, de plutôt sympathiques au demeurant, à cauchemardesque... J’ai parfois eu des emplois qui me plaisaient, bien sur, surtout les emplois où j’avais ma journée préétablie, avec des taches précises et que je maitrisais, ces type de journée étaient idéales, presque...
Je me levais avec un certain plaisir, pour aller accomplir ce que je savais faire, qui ne m’apporterait donc pas trop de surprise, et je pourrais faire preuve de professionnalisme, me sentir utile a l’engrenage de l’entreprise... Comme une petite goutte d’huile...
Certains jours, tout s’embrumait dès le matin, un départ chaotique, des rencontres imprévues et surtout une journée qui ne s’annonce pas aussi prévisible... Et tout bascule.
Malgré tout j’ai toujours tenu a faire de mon mieux, en toutes circonstances bien sur.
 

Déjà le matin, lorsque tous les collègues arrivent, cette sacro sainte blaguounette du matin on ne sait pourquoi, il faut qu’on en rit. [1] et toute l’équipe joyeuse de renchérir... Sur le pauvre Christophe, par exemple, qui se plait au jeu. A t-il eu le malheur d’arriver avec un vêtement dit passé de mode, ou de trébucher... Et chaque matin de la semaine le refrain sera tout trouvé...
 
 
Mais on sent la bonne humeur ambiante et c’est ça qui compte.
 
Personnellement, lorsque j’arrivais au travail, je savais que j’allais au devant de certains écueils, mais à force de travail personnel, j’avais appris à les esquiver avec panache... Presque.
Je vais raconter là une journée que j’ai pu connaitre, par exemple, une journée au hasard...
 
Une journée d’aspie au travail.
 
Une arrivée matinale donc, un bref arrêt devant la porte de la salle où je vais devoir partager mon lieu de vie avec 9 autres collègues en pleine forme et toutes neurotypiques.
 
Je respire une grande bouffée... Et j’entre. Je connais les priorités : la supérieure d’abord [2] puis les collègues ensuite, en chœur pour éviter les bises matinales qui déjà me stressaient au départ. Ensuite si une autre collègue arrive elle s’arrête joyeusement a chacune pour faire la bise et j’ai toujours cet air perdu, un peu hagard... [3] et je tente de prendre une contenance.
Ensuite la journée démarre. Je prends mes quartiers avec des tâches définies si tout va bien, j’attends fébrilement les tâches si tout va mal.
Je travaille... Une fois dans l’action, mon attention est entièrement prise le plus souvent.
À vrai dire, je ne suis pas trop gênée par les discussions alentours... Des collègues toutes charmantes mais très bavardes parfois. Je saurais tout, malgré moi, du malaise du petit dernier de chez Agathe, qui a vomi toute la nuit... Des adresses de bon pédiatres que Claudine s’empressera de lui donner, sur un post-it...
Puis j’entendrai les rires rythmer la matinée, sur des gentilles blagues attendues mais sympathiques [4] tout en restant concentrée au maximum sur mon ordinateur...
L’heure redoutée arrive et, une par une, les collègues se lèvent... C’est la pause. Rien que l’évocation de ce mot peut me rendre mal a l’aise... Ce moment qui évoque plutôt en général un arrêt, un ressourcement, je le vois autrement aujourd’hui....
La grande table, ovale, afin que tous puissent être vus, s’érige là au milieu de la salle de pause, et je ressens la nervosité du matin, en plus accentuée...
Je prépare ma tasse... J’y pose le thé... [5] et j’attends que l’eau boue, en général seule dans un coin car j’ai une envie irrépressible de regarder dehors !!
Ahh le ciel !! Mon ami ! Les oiseaux... Les arbres... Que je vous aime dans ces cas là !... Même le ballet des passants dans la rue me distrait... Les couleurs et les scènettes...
Les discussions vont bon train. Oui, Mme T a eu sa promotion, tout le monde s’y attendait, mais on est heureux pour elle... Sylvie a amené le catalogue tant attendu des collègues pour sa robe de mariage qui aura lieu en juillet... Et toutes se pâment devant ces robes « magnifiques », et y vont de leur petits conseils... Elles, quand elles se sont mariées... Etc.
Et puis il y a Christophe, un des seuls homme du bureau, qui aura lui la place du chef de table, du « coq ». D’un humour caustique, il ira titiller ces demoiselles et dames de ses stéréotypes sexistes mais pas trop, qui feront bondir mais pas trop. Les damoiselles... Tout le monde rit, est bien ensemble. Cela les ressource... Les rassemble... On sait tout de tous... Chacun pose son trop plein.
 
Sauf que...
 
Moi, je fuis ce type de chose, comme la peste, et je n’aspire qu’à une chose, la solitude !! S’il vous plait, comprenez que je ne ressens pas le même besoin d’être ensemble que vous...
Je tourne nerveusement ma cuiller dans ma tasse et me réfugie près de la fenêtre... Les rires de la table ne m’atteignent plus, je les mets en stand-by et je me réfugie dans ma bulle à moi.
Un mois à ce rythme et déjà, je ressens un début de chuchotement derrière moi lorsque je passe.
« c’est elle qui est tout le temps seule. Elle cause pas beaucoup...elle est bizarre, non ? »
De fil en aiguille, on en arrive à ne plus avoir envie de me parler, sauf pour le travail... Et c’est très bien ainsi.
Sauf que, ca n’est pas parce que j’ai du mal à m’exprimer au milieu du groupe joyeux que je suis une rabat joie et que je ne comprends pas ce qui est dit... Et ça c’est parfois dur a faire entendre...
Je respecte profondément tout ce mode de fonctionnement qu’est le votre... Je comprends très bien que vous ayez ces envies et besoins qui ne sont pas les miens. J’ai toujours eu la chance d’avoir des collègues formidables d’ailleurs...
 
Mais je ne partage pas ce mode de fonctionnement, ce qui ne fait pas de moi un monstre.
 
La matinée suit, se ressemble, et sonne le tocsin du repas. Le tocsin car, pour moi, ça en est un...
Ah le repas est tout une « expérience » pour moi. Je ne peux plus manger avec mes collègue... C’est une énergie effroyable dépensée à chaque tentative. [6]
Les phrases sortent de leurs bouches, comme robotisées, jour après jour, du même acabit, du même genre, toujours la vie de Julie, les problèmes de voiture de Jacques, la construction de la maison de Agathe... Et chaque jour ce seront les thèmes en déclinés...
Au début j’ai pu ,oui. j’ai timidement participé. Mais j’ai vite arrêté car cela me prenait toute mon énergie pour le reste de la journée et j’en avais besoin pour travailler... D’où des erreurs en fin de journée, des fins de journée difficiles... Piquer du nez... Et trop pleins de sensations amassées.
Alors, je les laisse. Poliment, je leur souhaite un bon appétit, et sort me ressourcer dehors, près d’un arbre. Seule. Délicieusement seule...
Car là, je récupère « l’énergie du dehors », je suis certes soumise aux bruits extérieurs [7] mais je suis si bien... Je suis dans ma chère bulle à moi. Je pense à des choses à moi... J’entends de la musique à moi...
L’après midi se passera en général sous le même schéma, avec la pause incluse, mais je perdrai petit a petit de l’efficacité-rapidité au fur et à mesure. [8]
Parfois lorsque je suis dans, cet état de travail et réflexion, et que tout le monde parle, je peux faire de mini crises d’angoisse si il faut que j’utilise le téléphone par exemple.
Très difficile. Le cœur se met a battre sauvagement... Je tremble et le plexus se bloque... Je vais donc envoyer un mail. Les collègues, elles utilisent avec joie cet instrument... En observant du coin de l’œil que moi, non...
Lorsque je pénètre dans la salle, après la pause de l’après midi, elles sont toutes déjà au travail, j’ai toujours une sorte de de rythme personnel en décalage avec elles... Elles s’y sont habituées...
Mais je ressens ma bulle très fortement autour de moi, qui m’empêche d’interagir avec elles comme je l’aimerais parfois. J’y suis comme prisonnière, tout en y étant protégée. C’est difficilement descriptible... Je ressens fortement cette barrière invisible qui fait que j’ai l’impression comme dans la vie, de vivre ma journée à coté d’elles, à coté de leur vies, mais sans être dans le même univers.
Je perçois chaque blague comme un élément extérieur auquel une réaction est attendue... Je donne une réaction... Ou pas selon.
Je vais régulièrement aux toilettes pour juste... Tomber le masque lourd, être moi, juste 2 min, souffler longuement, reprendre une grande respiration, et retourner dans « l’arène productive ».
 
Voilà... Je ressens parfois mes journée de travail comme cela et, là, ce n’est qu’un exemple.
 
Malgré des collègues souvent adorables et parfaitement sympathiques je ne peux que constater mon incapacité a être parmi elles, mais juste à les accompagner dans leur vie, au bord de leur vie tout comme dans ma vie d’ailleurs en général...
 
Je suis au bord des autres.
 
J’aimerai juste être acceptée sans tricher, pour ce que je suis, ce que je peux et veux donner, en terme d’emploi... Et être enfin moi, aspie, HPI, et pas sur-adaptée... Ni bizarre ou étrange. Juste moi.
J’arrive en règle générale épuisée à la maison où m’attend ma seconde journée habituelle des mamans... Avec les enfants... Atypiques, comme maman...
 
Mais celle là, je la raconterai une autre fois.

POST-SCRIPTUM

  • Le Syndrome d’Asperger et l’autisme de haut-niveau sont des troubles neurologiques et complexes du spectre autistique qui affectent les fonctions du cerveau. Ce désordre du développement est d’origine neuro-biochimique associé à un problème génétique. Il se manifeste par des difficultés de la communication et des rapports sociaux.

    Il se traduit notamment par une difficulté à traduire le langage social, à communiquer et interagir aux autres. Les personnes Asperger ont du mal à comprendre et à prévoir les comportements et les intentions des autres du fait de leur incapacité plus ou moins grande à saisir l’implicite et l’abstrait dans l eur relation à l’ autre .
    Par exemple lorsque nous rencontrons une personne pour la première fois, nous avons spontanément une idée de son âge, de
    son statut social, et nous savons immédiatement, à l’expression de son visage et au ton de sa voix, si cette personne est
    heureuse, en colère ou bien triste, et comprenons de manière intuitive comment nous comporter en conséquence. Les
    Asperger ne perçoivent pas naturellement le « langage invisible » et n’ont pas cette capacité naturelle à le déchiffrer.

    Pour en savoir plus, rendez-vous sur Asperger Aide .

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Commentaires
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par Samuel (IP:xxx.xx7.70.144) le 22 mai 2012 a 21H42
Samuel (Visiteur)

Merci beaucoup pour votre témoignage... Je suis actuellement en attente d’un diagnostic d’ici deux semaines. Toutes mes lectures lues jusqu’ici semble confirmer que je suis probabalement aspie... Votre article est éloquent et me rappelle exactement ma dernière experience professionnelle. Je suis actuellement sans emploi et sans motivation pour en chercher un concrètement alors que j’ai envie de travailler et j’ai beaucoup de compétences. Mais votre description reflète exactement ce qui me terrorise. D’ailleurs, vous parler d’arène pour décrire l’ambiance avec vos collègues. C’est exactement çà .... j’écoute justement trés souvent la chanson "La Corida" de Cabrel et je m’identifie beaucoup à ses paroles. Un grand merci pour ce témoignage trés simple mais percutant !!!

0 vote
par ??? Aspie ? (IP:xxx.xx2.98.220) le 7 juillet 2012 a 11H38
? ?? Aspie ? (Visiteur)

Le syndrome d’Asperger est pour moi un (gros) problème. Heureusement en ce qui me concerne, pas une maladie. Je ne suis pas diagnostiqué, je ne prétends rien.

Je réfute la maladie.

Assister au ballet des NT (neurotypiques) au travail, lors des pauses... signifie qu’on est aussi capable d’y apporter quelque chose, alors qu’eux ne voient même plus le temps passé à discuter stérilement, leurs actions bien futiles parfois... Nous sommes doués pour la logique, les techniques, toutes technologies évoluées dont le monde a besoin. Là je fais de la suradaptation, prenez moi en discussion en tête à tête et je vous avouerai plus facilement ce que je ne sais pas que tout ce que je sais : ayant remarqué que je suis incapable de convaincre efficacement car je n’affiche pas les marqueurs de la vérité sur mon visage, maintenant je dis à mes collègues "tu fais ce que tu veux mais tu devrais essayer... Telle chose est comme ça mais tu devrais vérifier par toi même... Au bout de plusieurs fois où j’ai raison ils apprennent que je dis la vérité. Certains sont assez intelligents socialement pour avoir repéré ce biais chez moi et se méfient de moi voire me prennent pour un mytho, d’autres comprennent que je suis sérieux...

Je suis actuellement dans une société dont le patron fait preuve d’intelligence : ça se passe tout de suite mieux. Et je crois qu’il se doute de mon handicap.

Mais ce n’est pas toujours le cas. Je suis parfois tombé dans les filets de NT où j’ai activé leurs comportements de pervers narcissiques à mon égard. J’ai fini par développer une défense : je repère leurs mauvais comportements puis leur rapelle devant leur chef, devant d’autres témoins... Ou en privé, et me débrouille pour leur infliger une saine peur de moi en retour. Relations tendues mais efficaces au final. Mais comme travailler avec un perver n’est pas une bonne solution, je finis toujours par accepter ma mise à la porte...

0 vote
par Suki (IP:xxx.xx6.175.132) le 12 juin 2013 a 16H52
Suki (Visiteur)

bonjour ce texte est titré de mes chroniques...(mais il a été egalement publié sur le site de martin winkler.) donc je pesne que c’est normal que je le retrouve comme ça sur on mur FB venant d’une asso, mais ca fait bisarre.. ? bref, quand on ecrit en gros on peut ultliser les textes sur le net ? (si quelqu’un sait ?) merci ! (suki.)

0 vote
par Suki (IP:xxx.xx6.175.132) le 13 juin 2013 a 13H03
Suki (Visiteur)

oups, en fait c’est en 2012 pas 2013, j’ai juste été surprise de le retrouver après un an.(ce qui n’est pas le cas) .pardon. mais bref, informer sur nos quotidiens , c’est important ! ;-)

0 vote
par rom1 (IP:xxx.xx3.86.144) le 3 novembre 2013 a 19H02
rom1 (Visiteur)

je me reconnais totalement dans ce que tu as écrit. pour moi chaque journée de travail est une souffrance a degré plus ou moins élevé. de plus ma derniere experience a ete difficile puisque je suis tombé sur un manip qui a profité de ma faiblesse. cela m’a affaibli encore plus et je crains vraiment encore plus le monde du travail. j’ai peur de me renfermé sur moi de retourner dan mon monde de peur d etre mal jugé et d ’etre pris comme cible facile. Bref je suis un peu perdu et ai meme pensé a prendre des drogues pour m aider a affronter ces journées.

0 vote
par rom1 (IP:xxx.xx3.86.144) le 3 novembre 2013 a 19H05
rom1 (Visiteur)

suki j aimerai en discuter avec toi si tu le souhaites ? merci pour ton article en tout cas