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Souffrir pour être femme-médecin !
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8 mars 2010 | 1 commentaires
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LC, 33 articles (Equipe de Rédaction)

LC

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Souffrir pour être femme-médecin !

Souffrir pour être femme-médecin !

« légère, frivole, inapte à la réflexion ou à l’effort, et bavarde », voilà ce qui est dit de la femme dans Le Figaro du 28 février 1926, dans l’article d’Achille Mestre. Être femme et féminine et suivre des études étaient difficilement conciliables à la fin du XIXème siècle. Qualifiée de femme savante, de femme au cerveau d’homme, de cerveline ou d’intellectuelle, les femmes ont dû se battre pour accéder aux études. Un exemple, histoire de planter le décor : Paul Sonday, professeur en Sorbonne en 1894, s’écrie spontanément, en voyant les étudiantes arriver : « Pas de femmes !... La science se fait entre hommes ! » (1).

Quelques chiffres :

En 1868, les jeunes filles sont autorisées à étudier la médecine.
En 1886 Augusta Klumpke est la première femme à devenir interne des hôpitaux de Paris.
En 1897 Henriette Mazot est la première interne en pharmacie.
En 1897 Marie Kapsevitch est la première diplômée vétérinaire.
En 1903 Marie Curie est la première femme à recevoir le prix Nobel.
En 1907 est créée la première école d'infirmières à l'hôpital de la Salpêtrière.

Être étudiante : le parcours de la combattante

A la fin du XIXème siècle, toutes les obtentions de diplôme devaient avoir le consentement du mari, les femmes mariées étant jugées irresponsables par le droit français de l'époque. Par ailleurs les jeunes filles ne pouvaient sortir qu'accompagnées d'un chaperon qui les suivaient jusque dans les amphithéâtres. Et les tenue des étudiantes sont examinées de près. D'un point de vue vestimentaire, la féminité doit être bannie. Avoir un cerveau et être élégante, être coquette : ce n'est pas permis. Ces attributs sont réservés à la femme qui reste à la maison et non à celle qui étudie ! Inimaginable, mais à cette époque, être belle et intelligente, ça paraît impossible.

Suivre des études à la fac de médecine

Dans l'article (2) de Mme Sorrel-Dejerine, on peut lire qu'à la faculté de médecine, les « internes en chigon » sont refusées fin XIxème, début Xxème siècle, et qu'on leur réserve des places isolées et regroupées dans l'hémicycle, où elles sont « ...bombardées de projectiles par les étudiants ». Dans ce même article, on découvre également que les nouvelles étudiantes doivent attendre dans le vestiaire le professeur pour entrer dans l'amphithéâtre et qu'elles sont souvent huées et insultées par les étudiants. En 1867, le Conseil de l'instruction Publique se prononce contre l'entrée des femmes dans la médecine, jugeant cette admission contraire aux moeurs et aux conditions sociales. En fait, les préjugés sont nombreux. La femme-médecin est décriée. Une image cliché de la femme médecin apparaît. Accoutrée d'un tablier plein de sang, toute grâce et féminité lui sont reniées. On la présente comme un monstre hermaphrodite. Les arguments de ceux qui souhaitent écarter les femmes des études supérieures de médecine sont les suivants. La nature faible de la femme est invoquée pour dire qu'elle n'a pas la force physique nécessaire au métier de médecin. Il est fait allusion à ses menstruations, pour dire qu'elle est encore plus faible une fois par mois. La nature sensible de la femme est également considérée comme un obstacle. Selon certains la vue du sang, des corps découpés, de la saleté lui seront difficilement supportables. Par ailleurs on se demande comment enceinte, elle pourra avec son gros ventre s'approcher de ses malades. Enfin certains discours s'opposant à l'admission des femmes évoquent son caractère orgueilleux et ambitieux. L'étude et la pratique de la médecine demande des qualités viriles, aux antipodes de la femme, comme le remarque Richelot, G. dans son livre La femme-médecin (3), où il est dit « Pour être médecin il faut avoir une intelligence ouverte et prompte, une instruction solide et variée, un caractère sérieux et ferme, un grand sang froid, un mélange de bonté et d'énergie, un empire complet sur toutes ses sensations, une vigueur morale, et au besoin, une force musculaire. (…) Ne sont-elles pas au contraire de la nature féminine."
Il faut attendre l'arrêté préfectoral du 17 janvier 1882 pour que les femmes soient admises à prendre part au concours de l'externat sous la réserve formelle qu'elles ne pourront, en aucun cas, se prévaloir de leur titre d'élèves externes pour concourir à l'internat. Et avec l'arrêté préfectoral du 31 juillet 1885, les femmes peuvent s'inscrire au concours de l'internat :« Les élèves externes femmes qui rempliront les conditions déterminées par le règlement sur le service de santé seront admises à prendre part au concours de l'internat. Les internes femmes seront soumises à toutes les règles d'ordre intérieur et de discipline qui concernent les internes hommes.". Ces deux décisions déclencheront une très violente campagne de presse voire une quasi émeute le jours du concours.
A la rentrée de 1884 à la faculté de médecine de Paris, les femmes atteindront la centaine. A la rentrée scolaire de 1887 sur les 114 femmes inscrites, seules 12 sont Françaises, 70 sont Polonaises, 8 Anglaises, et il y en a unevenant d'Amérique du Nord, une venant d'Autriche, une venant de Grèce et une venant de Turquie.

Madeleine Brès : première femme-médecin en France

Fille d'un fabricant de charrettes, Madeleine Brès est la première Française à obtenir en 1875 à l'âge de 33 ans, le diplôme de docteur en médecine, 5 ans après l'Anglaise Elizabeth Garrett Anderson qui a soutenu une thèse sur la migraine. L'intérêt de Madeleine Brès pour les soins lui est venu dès l'âge de 8 ans, lorsqu'elle accompagnait son père dans les hôpitaux. Grâce à l'intervention d'une religieuse, elle suivait, petite fille revêtue d'un grand tablier blanc, le service du médecin et donnait aux malades la tisane et le bouillon.
En 1866, Madeleine Brès demande à Charles Adolphe Würtz, doyen de la faculté de médecine de Paris, l'autorisation de s'inscrire en médecine. Ce dernier promet de plaider sa cause auprès du ministère de l'Instruction publique à condition qu'elle ait son bac. Trois ans plus tard, en possession du bac, elle réussit à s'inscrire à la Faculté de médecine de Paris grâce à l'intervention de l'impératrice Eugénie et au soutien de Victor Duruv, ministre de l'instruction publique. (L'impératrice Eugénie a fait avancer la cause des femmes. Ainsi elle préfère refuser une parure de diamants d'une valeur de 600 000 francs or pour créer un établissement d'éducation gratuite pour des jeunes filles orphelines pauvres. Le bâtiment sera édifié sur l'emplacement de l'ancien marché à fourrage du Faubourg Saint-Antoine dans le XIIème arrondissement de Paris. )
Lors de la guerre de 1870, comme beaucoup de femmes, Madeleine Brès va faire le travail d'hommes partis à la guerre. Et tandis qu'à cette époque les femmes ne sont pas autorisées à se présenter au concours, sur la proposition de Monsieur le professeur Pierre Paul Broca, elle va remplir les fonctions d'interne provisoire à la Pitié. Cependant lorsqu'elle va demander à concourir à l'externat puis à l'internat, l'autorisation lui sera refusée, malgré de nombreuses pétitions et manifestations en sa faveur.
Le 3 juin 1875, Madeleine Brès soutient sa thèse préparée dans le laboratoire du docteur Würtz. Son sujet de thèse traite de la mamelle et de l'allaitement. Elle est reçue avec la mention très bien. Madeleine Brès se spécialise dans la relation mère-bébé et l'hygiène des jeunes enfants. L'Association Philotechnique la charge d'un cours d'hygiène. La ville de Paris lui demande d'intervenir sur l'hygiène de la première enfance auprès des directrices des écoles maternelles. Et le ministre de l'Intérieur lui confiera la mission d'aller se renseigner en Suisse sur l'organisation et le fonctionnement des crèches. Elle publie également des ouvrages de puériculture et dirige le journal Hygiène de la femme et de l'enfant. Madeleine Brès voue toute sa vie à la médecine de la femme et de l'enfant. En 1880, elle fonde aux Batignoles une crèche modèle grâce aux dons de quelques femmes reconnaissantes. Elle meurt en 1921 dans la pauvreté. Plusieurs écoles et crèches en France portent son nom. 


1 Revue de l'enseignement secondaire des jeunes filles, 15 mai 1894, article de P. Sonday : « Les femmes à la Sorbonne ».

2 Mme Sorrel-Dejerine, « Centenaire de la naissance de Melle Klumph », Association des femmes médecins, 1959, n°8, p. 14

3 Richelot, G. La femme-médecin, Paris : E. Dentu, 1875, p.43 et suiv.

L.C Journaliste pour CareVox

SOURCES

  • http://clio.revues.org/index437.html
    http://www.bium.univ-paris5.fr/histmed/medica/femmesmed.htm#_ftn23
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Commentaires
0 vote
par docteur vincent (IP:xxx.xx0.122.81) le 8 mars 2010 a 22H34
docteur vincent (Visiteur)

On ne se rend plus compte du chemin parcouru par ces femmes pionnières. Actuellement on s’inscrit en médecine, on passe le cap de la première année, puis plus personne ne fait une différence si l’on est un homme ou une femme. Moi je garantis que je n’ai pas souffert, revenu égal pour travail égal ( hormis le temps de congé maternité)