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Si la folie me guette...
Si la folie me guette...
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3 février 2012 | 3 commentaires
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Tichote, 28 articles (Rédacteur)

Tichote

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Si la folie me guette...

Si la folie me guette...

Le temps n’arrange rien. Voici plus de 6 ans que Céline a franchi volontairement le seuil de l’au-delà. Je me souviens encore de ce jour là. Appelée par son voisin de l’appartement du dessous qui n’entendait plus de bruit, je me suis mise à trembler de tout mon corps. J’étais comme paralysée, incapable d’une décision, incapable d’une réaction sensée. Jean-Luc, mon conjoint, a pris les choses en main. « On appelle la police ». Mais la police ne voulait pas se déplacer. J’ai pleuré, j’ai supplié : « Vous ne comprenez pas, mon enfant va si mal et je suis à plus de 120 kms de chez elle. Il faut intervenir tout de suite ». « Bon, nous y allons Madame mais j’espère que vous ne nous dérangez pas pour rien »

Jean-Luc et moi avons repris la route aussitôt : « Faire vite, faire vite…S’il vous plaît mon Dieu, dites moi qu’il n’y a rien de grave » je ne pleurais pas, j’étais pétrifiée. Mon enfant, ma petite de 22 ans bientôt, était malade et je le savais mais sans comprendre de quoi il s’agissait. Ses séjours en établissements psychiatriques s’étaient soldés par un échec et on l’avait mise dehors sans autre forme de procès.

N’y tenant plus j’appelais le voisin de Céline qui me passa la police. « Il faut que vous reveniez tout de suite » « Nous sommes déjà sur la route. S’il vous plaît comment va-t-elle ? » « Nous ne pouvons rien vous dire pour l’instant, nous nous verrons au commissariat » « Pitié, pitié, dites moi comment elle va ? »

Quand on est parent d’un enfant majeur, on n’obtient aucune réponse du corps médical. Pourtant c’est à force de persuasion que Céline avait accepté de se faire soigner. Je la voyais chaque jour s’enfoncer un peu plus dans la drogue, dans la boulimie… elle en était arrivée à se scarifier, à se jeter la tête contre les murs. Il n’y avait plus chez elle aucun miroir, l’idée même de voir son image la rendait malade. Au secours, au secours, aidez-moi ? J’ai rencontré plusieurs thérapeutes ; toujours ce même mutisme…

Nous arrivions au commissariat ; je craquais, j’étais en pleur. C’est une femme qui nous a reçu et nous a révélé que mon enfant s’était pendue. « Voulez vous la voir à la morgue ? » Affolée, je regardais cette femme, je regardais Jean-Luc : « Je ne peux pas, je ne peux pas »

Le lendemain nous étions rappelés au commissariat ; Enquête de routine sans doute mais pourquoi me parlait-elle d’une écharpe rouge. Je n’ai pas vu l’écharpe, j’ai pensé tout naturellement à celle que je lui avais offerte... Et puis on vous annonce l’autopsie de votre enfant. « Ne lui faites pas de mal »…comme si ils pouvaient encore lui faire du mal.

Je n’ai jamais revu mon enfant et depuis je revis dans ma tête chaque étape de cette tragédie. Six années se sont passées. J’en suis à mon cinquième séjour en maison de repos et nul ne pourra jamais m’apporter toutes les réponses à mes questions.

J’ai eu les dossiers médicaux de mon enfant et j’ai appris ainsi qu’elle était « Borderline ». C’est de manière obsessionnelle que j’accentue mes recherches sur cette maladie découverte après le décès de Céline.

Qu’aurais-je dû faire ? Comment réagir à ces crises d’angoisses, son désespoir, ses périodes d’agressivité qui pouvaient suivre des moments d’euphorie. Comment aurais-je pu la sauver ? Suis-je coupable de mon incompétence ?

Longtemps pour m’endormir, outre la thérapie médicamenteuse que je supporte maintenant depuis tant d’années, il me fallait me lover, un oreiller contre ma poitrine, et caresser ce qui était alors la représentation de mon bébé.

J’atteins d’autres phases maintenant dans la conscience de mes défaillances passées. Pourquoi ai-je refusé de la revoir à la morgue, et si ce n’était pas elle ? Et si ce n’était pas un suicide ? Et si mon enfant avait souffert d’une agression…

Je sais bien dans mon fort intérieur que tout cela ne tient pas debout ; que le voisin de Céline avait reconnu sa dépouille, que la porte de son petit appartement était fermée de l’intérieur.

Rongée par une culpabilité qui me vampirise, je cherche dans le passé de Céline tout ce qui a pu la faire basculer dans cette terrible maladie. Ce parcours douloureux me renvoie vers tant de non dit, de ces secrets de famille qu’on porte comme une croix, vers ma lâcheté lorsque je subissais des violences conjugales, vers mes illusions lorsque je croyais protéger mon enfant des agressions verbales de son père.

Un présent qu’on vit dans le passé, un avenir dont on ne se croit pas digne même si des petits enfants sont venus ensoleiller ma vie.

Vivre pour ceux que j’aime et qui m’aiment, être capable de persévérer vers le bonheur de petits moments de tendresse et pourtant, malgré tout, presque contre tous, vivre en traînant sa croix sur la route du désespoir.

Est-ce la folie qui me gagne ? Le chagrin peut-il rendre fou ?

Je suis passée au travers du miroir, dans la négation de moi. Mon corps n’existe plus, je ne le soigne plus, il m’est devenu pénible de me laver, de me coiffer, de m’habiller avec goût. Je traîne savate jour après jour. Je traîne ce corps que j’exècre comme une punition de la vie.

Dans cette métamorphose, j’ai accepté comme une fatalité la plus hideuse des perspectives ; l’obésité contre laquelle j’ai tant lutté est devenue mon châtiment. Je me veux vieille, laide, méprisable…

J’attends, j’espère le prononcé de l’ultime sentence lorsqu’on m’annoncera que ce corps fatigué, malmené arrive au bout de son périple… La souffrance ne me fait pas peur, je vis déjà l’enfer.

Folie que tout cela…ou simple constat qu’il est si dur de vivre lorsqu’on n’a plus la force du combat !

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Commentaires
0 vote
par Une ado choquée surnomme blackstar (IP:xxx.xx4.141.213) le 11 février 2012 a 17H06
Une ado choquée surnomme blackstar (Visiteur)

Oh ! Je sui la première a mettre un commentaire.peut etrevque les autres étaient trop méduser,choquer et bouleverse.c est ce que j ai ressenti fond de moi.cette maladie est terrible et je me suis rendu compte de se que ressentais une mère profondément bouleverse mais je pense qu il ne faut pas vous laissez aller comme cela ! Ce n est sûrement pas se que voulait votre fille.Ce n est pas la meilleure solution...mais si il n y a pas de solution il n y a pas de problème alors même si je ne suis pas exactement en âge et en situation de vous comprendre, je sais qu il y a de l espoir ! Pensez a votre fille qui vous regarde la haut !accordez lui le repos et profitez de votre temps qui file ! Vous la retrouverez mais il faut partir de tout son coeur quand l heure sera venue.. Vous pouvez me parlez ou vous tournez vers des gens plus en mesure de vous aidez et vous comprendre. Ps : je ne suis pas croyante comme on pourrait le penser...

0 vote
par Tichote (IP:xxx.xx8.224.178) le 13 février 2012 a 16H05
Tichote, 28 articles (Rédacteur)

Pardon si je vous ai choquée ! Tel n’était pas mon intention. Je crois qu’à force d’entendre dire, qu’avec le temps, même les plus fortes douleurs s’apaisent...

0 vote
par Battante (IP:xxx.xx0.232.129) le 12 avril 2012 a 13H16
Battante (Visiteur)

C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai lu votre témoignage... Je suis moi-même maman d’une jeune femme de 22 ans dont je suis persuadée qu’elle est atteinte de ce trouble bordeline ,qui n’est aujourd’hui absolument pas pris en charge par des thérapeutes car ma fille est dans le déni absolu, tout comme son compagnon, son père et le restant de la famille. Parce que je m’insurge contre cette situation, celle d’une jeune femme qui ne veut pas voir la vérité en face parce qu’elle ne le peut peut-être pas...et qui ne veut donc pas consulter et se soigner, celle d’une fille qui m’accable de tout ce que j’ai fait ou pas fait pour elle..., d’une jeune maman d’une petite fille de 21 mois que je ne vois quasiment jamais. Tout est prétexte à avoir le moins de relations possibles. Mon mari, ma fille ainée, le compagnon de ma fille "malade" ne veulent pas voir la réalité de cette situation qui ne va en s"améliorant. C’est moi qu’on prend pour une malade et je vis dans l’angoisse du futur ...Cette situation me mine complètement C’est difficile de se battre seule contre tous quand vous êtes intimement persuadée que ce que vous ressentez au plus profond de vous est vrai et juste...Je crois qu’il faut que je me batte encore et encore... Je vous comprends parfaitement et aimerai pouvoir vous aider...A plusieurs, on est toujours plus fort... Bien cordialement,