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Quand la peur permet de mieux anticiper
Quand la peur permet de mieux anticiper
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31 octobre 2012
Auteur de l'article
Pr. Antoine Pelissolo, 41 articles (Psychiatre)

Pr. Antoine Pelissolo

Psychiatre
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Quand la peur permet de mieux anticiper

Quand la peur permet de mieux anticiper

La peur est une émotion fondamentale, indispensable à la survie et présente chez l’homme comme chez tous les mammifères. Ses effets sur le cerveau sont probablement très nombreux, mais certains ont un impact direct et positif sur les réactions de l’individu face au danger.

Une étude récente, menée par des chercheurs anglais en psychologie (E. Vagnoni et collaborateurs), a mis en évidence un effet étonnant de la peur sur l’estimation du temps. Ils ont montré des images d’animaux à des personnes volontaires, avec une séquence filmée montrant le rapprochement des animaux de l'observateur mais s’interrompant après quelques secondes. La question qui était posée aux participants était d’estimer le temps qu’il faudrait à l’animal, s’il continuait sa course, pour rentrer en collision avec l’observateur. Il existait en fait deux types d’animaux sur les photos : des espèces potentiellement dangereuses (serpents et araignées) ou des espèces non dangereuses (papillons et lapins). Les résultats montrent de manière très claire que les participants sous-estiment le délai de collision pour les espèces dangereuses par rapport aux espèces non dangereuses. De plus, les personnes signalant avoir une phobie des araignées ou des serpents ont tendance à estimer encore plus court le délai de collision pour les photos de ces animaux par rapport aux personnes non phobiques.

L’estimation du temps met en jeu des processus cérébraux complexes, qui passent notamment par la perception visuelle du mouvement, un « métronome » interne servant de référence, et dans ce cas un effort de simulation du mouvement théorique de l’objet attendu. Il s’agit de fonctions essentielles, dans la nature, pour échapper par exemple à un prédateur, ou à l’inverse pour capturer une proie et donc se nourrir. Il existe donc une programmation très fine de ces processus, qui a permis à l’espèce humaine de survivre et de se développer. Il est très intéressant de constater que la vue d’animaux reconnus comme dangereux, probablement de manière très automatique et codée dans le cerveau, vont modifier ce programme en altérant la perception du mouvement, mais dans un sens positif permettant à l’individu de réagir plus vite que si l’animal rencontré n’est pas dangereux. Ce réglage est encore plus efficace chez les personnes phobiques, qui semblent programmées pour réagir encore plus vite.

Ceci montre que les phobies se situent donc dans la continuité des réactions normales, avec une amplification plus ou moins forte des phénomènes de défenses fondamentalement utiles. Malheureusement, dans certaines formes extrêmes, l’émotion de peur peut aboutir à la panique, dont on sait qu’elle peut perturber de manière très chaotique les perceptions et les fonctions cognitives, aboutissant parfois à des réactions inappropriées face à des déclencheurs pourtant peu menaçants.

C’est bien le paradoxe de la peur : utile à petites doses, mais néfaste à doses extrêmes.

Pr Antoine PELISSOLO, psychiatre
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Mots-clés :
Cerveau Phobie Peur