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Quand l’amour rend fou : de l’érotomanie au stalking
Quand l'amour rend fou : de l'érotomanie au stalking
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6 juin 2011 | 5 commentaires
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R. Bartet, 52 articles (Journaliste )

R. Bartet

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Quand l’amour rend fou : de l’érotomanie au stalking

Quand l'amour rend fou : de l'érotomanie au stalking
Ce pourrait être une histoire comme il en existe de nombreuses autres avec les mêmes similitudes ! Une fan est venue voir jouer son chanteur préféré. Elle s’est déplacée avec lui dans chaque région et a assisté à chaque concert. Elle lui écrit des lettres enflammées, elle s’est procurée son numéro de téléphone et l’appelle sans relâche jour et nuit. Elle l’attend dans chaque hôtel et le traque. Malade d’amour, elle attend désespérément un signe qui ne vient pas, en a perdu l’appétit et le sommeil. Cette jeune-femme vit un enfer, une maladie nommée par les psychiatres, l’érotomanie.
 

L’érotomanie : une passion délirante

 
On pourrait la confondre à une manie hystérique ou à la nymphomanie. L’érotomanie n’est pourtant rien de tout cela. Deux films l’ont parfaitement illustrée : A la folie pas du tout, incarnée par Audrey Tautou dans le rôle de l’érotomane, et Anna M, avec Isabelle Carré.
 
 
Ce trouble, majoritairement attribué aux femmes, est une maladie du groupe des psychoses également appelée « syndrome de Clérambault ». Elle suit un cycle de trois phases caractérisé par l’espoir, le dépit, puis la rancune. Elle révèle une certaine forme de paranoïa, puisque, dans l’esprit du malade, c’est l’être aimé(e) qu’il ou qu’elle a choisit d’aimer qui est tombé amoureux et lui fait des avances. L’érotomane est prisonnier d’une obsession amoureuse. Il n’existe plus que pour l’objet de cet amour à qui il voue un culte, souvent secret au départ. Cette passion délirante l’isole. Il est en extase, puis désespéré en cas d’absence de l’être aimé sous des dehors souvent trompeurs. Interprétant le moindre signe comme confirmant sa thèse, l’érotomane cherche à entrer en contact avec l’être aimé par tous les moyens et à s’immiscer dans sa vie en s’appropriant ses objets, ses amis, sa vie et transformant son quotidien un enfer. La « victime » est souvent une personne qui lui est socialement ou intellectuellement supérieure, il peut s’agir d’un médecin, d’un avocat, d’un chanteur… L’érotomane confond d’ailleurs l’idée honorifique de la fonction à l’amour qu’il ou elle porte à cette personne. Voir le reportage "Erotomanie : Quand l'amour déraisonne" diffusé en mai par Zone Interdite.
 
Autre caractéristique : l’érotomanie est une maladie durable, parfois à vie. Cette illusion délirante n’affecte que la sphère du désir du malade, qui par ailleurs, ne souffre d’aucun trouble mental. Mais la pathologie peut vite devenir inquiétante, aboutissant à un véritable délire paranoïaque, voire à une démence incurable. Si l’érotomane est rarement violent ou agressif envers sa victime, il peut toutefois être atteint de pensées suicidaires.
 
Cette maladie, bien connue dès le 19ème siècle, se soignait autrefois avec des bains tièdes, du lait d’ânesse, des chicoracées, des voyages ou du travail manuel. On lui préfère aujourd’hui un traitement médicamenteux, une hospitalisation d’office voire, parfois, des électrochocs. Rien de tout cela, pourtant, ne soigne réellement les causes de la maladie, soulignent les psychiatres, qui découlent souvent des conséquences d’une carence affective du père ou de la mère dans l’enfance.
 

Le stalking ou quand l’amour fait place à la haine

 
On pourrait le confondre à l’érotomanie, mais il en diffère. Le stalking, issu du terme anglais « stalk », signifiant la traque, en a pourtant les mêmes caractéristiques : harcèlement, poursuite quotidienne…La victime vit un véritable cauchemar. Epiée, insultée, elle est véritablement persécutée par un(e) amoureux éconduit(e) ou plaqué(e). Un ex-mari jaloux, une secrétaire folle d’amour pour son patron, un homme trompé…Les histoires ne manquent pas et foisonnent même sur les forums des différents réseaux sociaux. Voir le reportage "Le nouveau phénomène du Stalking" diffusé en février sur 66 minutes.
 
 
Encore mal connu en France, le stalking n’est pas un phénomène récent, mais une attention et une répercussion nouvelle lui ont été portées par les médias dès 2010. Défini juridiquement comme une « poursuite malveillante, répétée et préméditée et le harcèlement d’une personne spécifique de manière à menacer sa sécurité », le stalking est bien distinct de l’érotomanie car
les harceleurs sont le plus souvent des hommes ayant un lien intime avec leur victime : mari pour qui la rupture a par exemple été inadmissible. Leur but final est bien souvent de nuire. « Plus l’amour a été fort, plus la haine déchirera le couple » écrit le psychanalyste Didier Lauru. Coups de téléphone incessants, envoi de SMS jours et nuits, menaces, traque incessante, viol de l’intimité avec comme conséquences de provoquer la terreur, l’épuisement et l’incompréhension. Le stalking a des conséquences psychologiques importantes pour les victimes : un quart d’entre elles auraient des idées suicidaires, la moitié développerait des symptômes somatiques (nausées, maux de tête), et près des trois quart auraient des troubles du sommeil avec cauchemars.
 
Une psychiatre de l’Hôtel-Dieu, comme révélait le journal Le Parisien, s’y est intéressée dans le cadre des Entretiens de Bichat en 2010. Solène Pasquier de Franclieu estime qu’une femme aurait 12 à 14% de risques de subir un harcèlement obsessionnel de ce type au cours de sa vie.
 
Elle distingue deux types de stalkers. Parmi eux, la première catégorie relève de malades souffrant de troubles psychotique avérés de type érotomanie et doivent être soignés par des médicaments. Dans l’autre catégorie, elle classe les personnes ayant développé un trouble de la personnalité et qui, eux, doivent suivre une psychothérapie pour en guérir.
 
L’agresseur est souvent aussi décrit par les psychologues comme un dépendant affectivement ou un pervers. Simple dérapage ou amour fantasmatique, le harceleur ne doit pas pour autant, comme dans le cadre de l’érotomanie, être confondu avec un séducteur acharné ou un Donjuan des temps modernes.
 
S’il est possible pour la victime de porter plainte, ce type de harcèlement n’entre pas, à l’heure actuelle, dans la catégorie du harcèlement moral, dont la loi ne reconnait que le harcèlement à titre professionnel. Des progrès restent à faire pour mieux connaître et appréhender ce nouveau type de harcèlement loin d’être banal.
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Commentaires
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(IP:xxx.xx9.91.49) le 8 juin 2011 a 09H26
 (Visiteur)

Il existe une association qui vient en aide aux victimes de telles agressions : AJC contre la violence morale intrafamiliale et le stalking : http://www.ajc-violence.org/spip/so...

3 votes
par clostra (IP:xxx.xx2.59.59) le 11 juin 2011 a 12H32
clostra (Visiteur)

Parfois cette violence est institutionnelle, on peut s’interroger, notamment sur certains appels téléphoniques dont "personne" ne trouverait l’origine. Ainsi, il y a un certain nombre d’années, un appel, juste après l’extinction de la lumière (?), donc juste avant l’endormissement, une voix inconnue "déshabille-toi et mets-toi devant la fenêtre"...on ne peut être plus explicite... où à l’heure de la sieste du samedi...

Et si c’était également une arme de guerre pour des gens qui connaissent tous ces troubles et symptômes ?

Petite remarque sur le mot "amour" qui pourrait nous le faire confondre.

Ainsi, hier sur je ne sais plus quelle chaine, on ne rapportait les résultats d’une étude sur "l’amour au travail" avec de magnifiques confusions qu’il serait temps de dissocier : l’amour au travail et les relations sexuelles au travail (rien à voir !).

En effet, on le sait et c’est très bien ainsi, maintenant que les "mariages arrangés" ont disparu, les couples se forment à partir d’un vécu commun (travail, loisirs) où les personnes apprennent à se connaître sous la bannière de Saint-Exupéry "s’aimer ce n’est pas se regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction". C’est comme cela qu’on peut être certain de ne pas tomber dans les travers des troubles cités. Et probablement même, n’avoir aucune tentation de relations sexuelles sur les lieux de travail.

Parce que, ça n’a vraiment rien à voir !

Evidemment, on tombe dans les petits travers un peu pervers de "se cacher des autres", "braver les interdits" etc ce qui n’est pas très bon pour le couple qui se forme..car on sait que ces premiers moments peuvent être déterminants : condamnés à faire l’amour dans un réduit ou les toilettes pour retrouver l’élan des premiers instants : nul !

Avis à ceux - instruits - qui savent comment déclencher ces psychoses avec effets miroir et autres : quel respect avez-vous ?

Juste, je reviens - on a parlé de Don Juanisme, d’ailleurs on étudiait ces pièces de théâtre car ça faisait partie de notre éducation, mieux peut-être que des cours d’éducation sexuelle... - sur Aldous Huxley qui, quand on y regarde de plus près, devait avoir une hantise de la femme (voir son autre roman sur les "Vases d’impiété") jusqu’à "nettoyer" tout ça en supprimant le corps des femmes de la procréation, de la grossesse : nous voyons où ça le mène... A réfléchir

On peut mettre en regard :

ces horribles photos sur les paquets de cigarette (NB : évitez le cuni lingus) qui n’offre aucune issue, toutes ces choses qui occultent "le chemin" de chacun, avec ces petits sentiers où on trébuche et ces grandes voies d’espérance,

également l’acharnement pour obtenir le droit d’euthanasier ou à l’euthanasie, sans s’acharner à donner du sens à la fin de vie, parfois même à la souffrance...

Une amie me disait récemment que les cathos aimaient souffrir. Poussant plus loin la conversation, elle reconnaissait que ses antidouleurs n’étaient pas efficaces...Il m’a semblé qu’il était préférable d’apprivoiser sa douleur...

Bref, nous sommes des êtres humains.

Je raconterais bien ce médecin de l’âge de mon père, qui s’est permis de m’embrasser sur la bouche quand j’avais 15 ans...après avoir dit à mes parents que je pensais qu’ils ne m’aiment pas...Faisant émerger probablement un de ses fantasmes en me disant qu’il me prendrait bien chez lui mais que son fils du même âge n’apprécierait pas...pour quelques temps plus tard me promettre bien un de ses internes (ou externes), un en particulier, dont son père, un ami, ne me le donnerait surement pas, grosse comme j’étais, travaillant mal à l’école.

Il y a en effet beaucoup de gens à soigner dans ce bas monde...

2 votes
par clostra (IP:xxx.xx2.41.150) le 11 juin 2011 a 15H28
clostra (Visiteur)

Une plainte a été déposée contre ce grand patron qui "faisait mentir" ses patientes. J’ai eu le témoignage d’une autre de ses victimes, comprenant que, après tous ces surprenants échanges, elle non plus on ne la croirait pas.

un plainte contre ce grand patron et contre ce père qui, la veille de mon mariage, alors qu’il s’était fortement disputé avec cet homme (un peu de mon entourage par alliance), souhaitait qu’il n’y soit pas invité. Pour une fois, j’ai dit à mon père que c’était mon avis car il s’était permis de m’embrasser. Mon père m’a alors traitée de menteuse...

Plainte quasi classée sans suite pour ce patron, pour mon père (un peu moins, probablement placé sous écoutes), et qui très certainement me vaut encore plein d’ennuis ainsi qu’à ma famille.

Réouvrons ce dossier, avec appel à témoins...pour tous le mal qui a été fait par quelqu’un qui "savait".

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par clostra (IP:xxx.xx2.41.150) le 11 juin 2011 a 15H30
clostra (Visiteur)

NB vous verrez le nombre de gens qui savaient et n’ont rien dit.

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par clostra (IP:xxx.xx2.41.150) le 11 juin 2011 a 15H40
clostra (Visiteur)

et maintenant je vais un peu enfoncer le clou en disant pourquoi certains/certaines n’ont pas confiance dans la justice, simplement parce que les juges sont (parfois ? souvent ?) assistés par ces gens-là.