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Prise d’otages : Halte à la psychose !
Prise d'otages : Halte à la psychose !
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15 décembre 2010
Auteur de l'article
Dominique Hougron, 16 articles (Psychologue)

Dominique Hougron

Psychologue
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Prise d’otages : Halte à la psychose !

Prise d'otages : Halte à la psychose !

Mettez des grilles, des grillages, des miradors, des flics à chaque entrée. Fouillez les gens qui entrent, oui, même les enfants. Papiers s’il vous plait ! Pfff ! Pas suffisant. Un scanner, oui, voilà, un scanner avant d’entrer en cours. Et même avant de sortir de la maison, ce serait pas mal...

Le malheureux événement de la prise d'otages/enfants dans une école maternelle de Besançon relance les propos et la tentation sécuritaire toujours propice à éclater au sein de nos vies dangereuses et si dangereusement mises en jeu à chaque coin de rues. Faudrait donc mettre des barbelés autour des écoles ?

Il en est de la panique comme de bien d'autres émotions humaines : elle est très contagieuse, véhiculée par les peurs, les rumeurs, les idéologies de toute sorte, si doués que nous sommes parfois à mettre les gens dans des petites cases, les autres pour les empêcher de nuire, nous-même pour nous protéger... des autres qui ne seraient pas bien enfermés. Si le jeune agresseur avait été arabe, je n'ose penser à toutes les inepties que l'on aurait entendues. Il n'est que malade, dépressif, à ce que j'ai entendu. Ouf ! Encore qu'on aurait dû l'enfermer ou ne pas le laisser sortir ! Ben tiens ! S'il fallait enfermer tous les dépressifs qui ont une dent contre l'école de leur enfance ou tous ceux qui recherchent protection infantile en se réfugiant dans une classe maternelle et tant qu'à faire tous les dépressifs !

Et ce psy, hier midi, qui répète à l'envie que les enfants ne subiront que le traumatisme vécu par leurs parents et les adultes... Vous croyez qu'il a été entendu ? Ce matin toutes les caméras étaient braquées sur ces mômes -mais comment allaient-ils faire pour être sereins dans cette école ?, et que l'on enquête auprès de parents (noirs, pour montrer la minorité visible sans doute) pour savoir -devant le petit- comment il a passé la nuit, et que et que...

Et si l'on foutait un peu la paix à ces mômes ? Et si l'on se recentrait sur les questions de fond ? Et si l'on ne faisait pas d'un fait divers une arme pour dire tout et n'importe quoi ? Aaaaah ! On est capable de mobiliser la France entière et je gage quelques minutes télévisées de bien d'autres pays sur le sujet ! Et si l'on en faisait autant avec les problèmes de fond ? Que deviennent les malades non-pris en charge par manque de lits ? Que deviennent les jeunes sans espoir ? Pourquoi supprime-t-on les adultes dans les écoles ? Que donne-t-on à voir à nos jeunes de la vie future qu'on leur prépare ? Pfff !

Heureusement que parfois il y a des faits dits divers pour remplir les colonnes des journaux et les JT du soir. Ça évite de se poser les bonnes questions. C'est comme cet autre fait divers (divers, que pour nous !) qui amène depuis hier un violeur de RER devant les assises. J'ai quasiment noté : 1mn30, qu'il a mis, le journaliste, à décrire les atrocités (trois fois cité, le mot, quand même !) dont la jeune femme a été victime, 1mn30 ! (j'imagine les parents et amis de la victime devant leur téléviseur) Quel intérêt sinon celui d'amener l'effroi chez les auditeurs et engendrer une espèce de peur diffuse des gens seuls dans le RER... Avec toujours cette même question (de fond mais inutile tant elle est mainte fois répétée à chaque épisode de ce genre) : Pourquoi n'avait-il pas été enfermé avant ? Ou gardé au chaud pour le restant de ses jours ?

S'il fallait enfermer ou garder enfermé... Je ne vais pas me répéter. La suspiçion systématique quant aux comportements des gens, et la projection dans l'avenir de nos peurs collectives n'a qu'un effet : Conforter la peur et mettre les gens en cases -oui, en cages aussi. La mise en fiche d'enfants mordeurs de trois ans n'a pas d'autre but. Attention danger ! Notre société, comme bien d'autres, est beaucoup plus apte à ficher qu'à écouter, à emprisonner qu'à soigner, à ordonner qu'à collaborer.

Comment voulez-vous que l'on puisse dire Bonjour à quelqu'un dans la rue comme ça pour rien si l'on pense que derrière le sourire se cache presque à coup sûr un violeur ? Comment rencontrer les gens si on en a peur ?

Et j'entends les ricanements : C'était mieux avant. Il n'y avait pas tout ça. Mon oeil ! Il y avait "tout ça" mais l'information circulait d'une manière différente. Il y avait des violeurs et des séquestreurs d'enfants mais ce n'était pas à la une des télés. Il était beaucoup plus dangereux de faire Paris-Avignon il y a cent ans qu'aujourd'hui. Les hommes, collectivement, se sont assagis (oui oui, je pèse tout doucement mes mots – même si parfois j'en doute). Mais ils, les hommes, toujours collectivement, risquent de ne plus s'assagir beaucoup si on les enferme sous clefs, fiches, barbelés et autres protections guidées par la peur.

Moi, ce qui me fait peur, c'est la banalisation du drame, c'est l'utilisation des événements à des fins politiques ou de propagande, c'est que nous soyons incapables apparemment de répondre à la question essentielle de la vie en commun, c'est l'hypocrisie ambiante qui dit Enfermez-les mais qui laisse davantage de place à un chien en chenil qu'à un homme en prison. Ce qui me fait peur, c'est qu'à force de prendre les gens pour des riens, ils n'aient plus rien à perdre, et qu'ils se mettent autrement en colère qu'un psy bien au chaud dans son cabinet.

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Psychologie émotion