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Pénitencier : la sexualité des prisonniers
Pénitencier: la sexualité des prisonniers
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12 mars 2010 | 9 commentaires
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Raymond Viger, 5 articles (Rédacteur)

Raymond Viger

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Pénitencier : la sexualité des prisonniers

Pénitencier: la sexualité des prisonniers

Jean-Pierre Bellemare, Prison de Cowansville.

Il existe beaucoup de préjugés sur les mœurs sexuelles en prison. Entres autres, les viols que subiraient les jeunes ainsi que la dominance homosexuelle, la prostitution et les relations entre membres du personnel et détenus. La sexualité dans le milieu carcéral est plutôt discrète pour ne pas dire carrément secrète. Lorsqu’il y a des rumeurs, elles deviennent rapidement une tumeur maligne pour ceux qui les subissent. Ceux qui sont le moindrement fragiles psychologiquement deviennent des boucs émissaires.

Prostitution

La prostitution existe aussi. Certains jeunes détenus âgés de 18 à 25 ans recherchent la protection d’un détenu plus gros qu’eux ou ayant une grosse réputation en échange de sexe avec lui. Les pires prostitués sont ceux qui vendraient père et mère pour leur dose de drogue. D’autres, coincés par un gros endettement, accepteront de vendre leurs corps au lieu de recevoir une raclée pour couvrir leurs dettes. Cela ressemble beaucoup à ce qui se passe dans notre société, à la différence près qu’aucun détenu ne fait ça pour payer ses études.

Plusieurs détenus utiliseront le service des jeunes prostitués de façon si discrète que vous ne pourrez jamais deviner leur penchant. La honte, la peur qui les grugent de l’intérieur les empêchent de sortir du placard.

Le milieu carcéral étant très macho, les homosexuels efféminés travestis, ceux qui s’affichent ouvertement sont victimes de commentaires disgracieux, et ce, sur une base quotidienne. Voilà une bonne raison pour laquelle les homos ne s’affichent pas ouvertement ou ne le font que rarement. De plus, les maladies transmises sexuellement ont parfois des conséquences mortelles qui ralentissent les ardeurs sexuelles de plusieurs.

Homosexualité

Pour certains gais, la prison devient, à maints égards, le paradis. Ils ont accès à une clientèle vulnérable et souvent désemparée, facile à conquérir par la drogue, le chantage et autres. De plus, contrairement aux apparences, ceux qui paraissent coriaces et sans cœur et qui prêchent l’anti-homosexualité, pratiquent parfois eux-mêmes cet échange de services sexuels.

Il y naît de véritables histoires d’amour entre hommes ; jalousie, tricherie, mensonge, réconciliation. Il est surprenant de voir à quel point ils ressemblent à de vrais couples hétérosexuels. Le pénitencier n’autorise pas ce genre d’activités à l’intérieur des murs, car un détenu surpris en train d’avoir un rapport sexuel est puni sévèrement.

N’oublions pas ceux qui ont de sérieux problèmes de déviances sexuelles, ils chassent tels de véritables prédateurs les plus faibles. Les viols en prison sont extrêmement rares pour la simple raison qu’il y a trop d’hommes consentants. Lorsqu’un viol se produit, il est souvent dû à une surconsommation de boisson avec pilules. Résultat ? le gars devient gaga, fou. Dans ma longue période de détention, ces cas sont des exceptions à la règle.

Détenus et membres du personnel

L’amour transcende toutes les frontières, toutes les barrières, les menottes et efface les uniformes. C’est connu que les plus belles histoires proviennent d’amoureux que tout sépare : la richesse, le clan, la religion, le lieu. Roméo et Juliette, Tristan et Iseult pour citer quelques exemples. L’interdit est un sacré aphrodisiaque pour ceux ou celles qui s’y risquent.

Ici, au pénitencier, le sexe avec un membre du personnel est un sujet plus que tabou, il est sanctionné sévèrement par les autorités. J’imagine qu’en étant directeur de la prison, je ferais la même chose, mais étant un détenu et ayant déjà vécu ce genre d’expérience, je vois les choses d’un tout autre œil.

Nous apprenons à apprécier la femme comme aucun homme à l’extérieur ne peut le faire. Notre manque affectif et amoureux, qui ne cesse de croître, fait en sorte que notre désir fait de nous de véritables Casanova. Pour les femmes qui succombent, elles découvrent un chapitre sur l’amour digne d’un roman Harlequin. Les autorités en place font leur possible pour que cela n’arrive pas, voilà pourquoi il est plutôt rare de voir un détenu en compagnie d’une femme seule et à l’abri des regards. Ce qui est cocasse c'est que pendant qu’ils surveillent les femmes, certains membres masculins du personnel et d’orientation gaie ont les coudées franches. L’amour au pénitencier est une exception, mais lorsque ça se produit, cela ressemble à une fleur perçant l’asphalte en plein centre-ville, magnifique triomphe de l’amour sur les éléments ou les conventions.

La recherche de la beauté suprême avec un corps de déesse devient totalement secondaire. Notre besoin d’être aimé reste présent même si nous sommes incarcérés. Je sais que plusieurs d’entre nous attendent leur sortie pour exprimer leurs besoins légitimes d’être reconnus et aimés. Personnellement, je sais par mon expérience que le déni de nos envies sexuelles et affectives cause des dommages à notre famille, à nous-mêmes et à notre future conjointe.

Il s’est produit de belles histoires d’amour entre les membres du personnel (professeur, secrétaire, agent de libération, bibliothécaire, gardienne) et certains détenus. Naturellement l’administration étouffe le tout de son mieux. Étrangement, la beauté d’aimer devient un acte criminel, abject et ridiculisé par les autorités. À tel point que lors de la formation des membres du personnel, un volet important y est accordé : comment ne pas succomber aux détenus ! Des lavages de cerveaux, on convainc les femmes que les détenus veulent uniquement les utiliser pour rentrer de la drogue ou leurs soutirer des informations sécuritaires.

Cela n’est pas la norme. Est-ce que toutes les secrétaires qui couchent avec leurs patrons le font uniquement pour de l’avancement ? Non, il arrive qu’ils s’aiment vraiment et deviennent conjoints. Il se passe la même chose au pénitencier.

Qu’un détenu craque pour une femme est considéré comme un geste inadmissible. Trahison, voilà l’idée que veut faire naître l’administration à ceux ou celles qui auraient envie d’écouter leur cœur plutôt que leur tête.

La rigueur de l’environnement carcéral complique le flirt au maximum. Plusieurs détenus ne tolèrent pas qu’un de leurs semblables joue dans le camp ennemi. Il va de soi que les autres membres du personnel qui voient le manège d’un détenu réagissent négativement à la chose. Donc, une opération de séduction doit être soigneusement étudiée pour qu’elle aboutisse un jour. La prison est remplie de caméras, mais aussi d’informateurs qui se font un devoir de vendre leurs confrères ou consœurs de travail.

L’approche est si progressive que la douceur que nous développons en est enivrante. L’amour qui fait craquer nous ramène comme des ados à leurs premiers véritables amours. Pour le détenu plus rien ne semble compter, il est prêt à tout. Je vous le dis, un véritable fleuve de passion et de désir.

Ce sont des histoires qui font rêver et lorsqu’elles se réalisent, c’est le bonheur total, au grand dam des autorités en place. Mon expérience personnelle m’a coûté très cher vis-à-vis de l’autorité, mais je ne regrette rien. Le plaisir retiré, les souvenirs créés valaient amplement les années incarcérées. Pour l’amour, des explorateurs ont traversé l’océan, des rois ont fait la guerre, moi je me suis rempli de souvenirs indélébiles qui valent leur pesant d’or.

Je pourrais vous écrire une histoire d’amour si touchante, si bouleversante que des larmes vous viendraient. Malheureusement l’amour carcéral ne peut se vivre que dans la clandestinité.

Premier mariage gai en prison

Les relations sexuelles sont peut-être interdites dans les pénitenciers du Québec, mais les instances ne peuvent rien contre l’amour. À preuve, le 29 octobre dernier, dans la prison de Cowansville, où notre collaborateur Jean-Pierre Bellemare est incarcéré, les détenus Sony-Jean Martin et David Bédard se sont unis pour le meilleur et pour le pire, dans l’établissement où ils purgent leur peine respective. Une juge de la paix les a mariés lors d’une courte cérémonie.

C’était la première fois qu’un tel événement prenait place dans un pénitencier du Québec. Mais il pourrait bien en inspirer plusieurs autres, puisque la pratique est conforme à la Charte canadienne des droits et libertés.

Les nouveaux tourtereaux sont emprisonnés dans des départements différents, et il n’est pas question pour la prison de leur permettre de se rapprocher. Mariés, mais déjà séparés !

Capoté !

Bien que proscrites, les relations sexuelles dans les pénitenciers sont protégées… par les autorités, qui distribuent des préservatifs aux détenus ! « De cette façon, on réduit le risque d’infections transmises sexuellement » explique Jean-Yves Roy, gestionnaire aux communications pour le service correctionnel du Canada section Québec.

P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.

Raymond Viger Rédacteur en chef de Reflet de Société
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Commentaires
0 vote
par Goldored (IP:xxx.xx7.111.85) le 15 mars 2010 a 19H58
Goldored (Visiteur)

"une tumeur maligne pour celui qui la subissent" Rien ne vous choque ? 1er chapitre : 3 fois le mot gros. "qui les grugent de l’intérieur "  ??? "certains gais" Gays ? etc. Personne pour relire ?

2 votes
par Raymond Viger (IP:xxx.xx5.177.39) le 15 mars 2010 a 21H15
Raymond Viger, 5 articles (Rédacteur)

Ce texte a été pris directement par Carevox dans mon blogue. Je ne sais pas si Carevox a tenté de faire des corrections dans le texte ou s’ils ont pris le texte sur un autre blogue, mais ce n’est pas la version qui a été mise en ligne sur mon blogue. Cela clarifie vos 2 premiers commentaires. Je vous laisse la version finale que Carevox aurait dû prendre de mon blogue :

http://raymondviger.wordpress.com/2...

Pour éviter ce genre de confusion, j’ai demandé à Carevox de ne plus mettre directement des billets en ligne et de me le demander lorsqu’ils seront intéressés par un de mes billets.

En ce qui concerne ’’qui les grugent’’ se conjugue au pluriel, je ne vois pas où est le problème.

Finalement, en Europe, vous écrivez ’’gays’’, au Québec nous écrivons ’’gais’’.

Au plaisir,

Raymond Viger.

1 vote
par Florian (IP:xxx.xx6.107.127) le 15 mars 2010 a 22H43
Florian (Visiteur)

J’aime beaucoup cet article, et moi non plus je ne vois pas de fautes d’orthographe. On dit bien gai au Canada et gay en France. Tout à fait d’accord. J’imagine que Carevox n’a pas effectué de modification pour respecter le contexte d’origine de l’article.

Florian

2 votes
par vilistia (IP:xxx.xx5.195.139) le 16 mars 2010 a 00H05
vilistia (Visiteur)

Raymond Un très bon article émouvant.

Ne pourrait-il pas avoir une possibilité de faire appel à des prostitués ? Ma question est peut-être naïve.

2 votes
par Raymond Viger (IP:xxx.xx5.244.126) le 16 mars 2010 a 01H59
Raymond Viger, 5 articles (Rédacteur)

La question n’est pas naive. Les prisonniers ont des roulottes où ils peuvent y recevoir leurs conjointes. Il y a la question morale de faire entrer des prostituées dans les prisons. Qui va payer pour elle et avec quel argent ?

La question mérite d’être débattue. Je vais vérifier avec les prisonniers qui écrivent pour notre magazine Reflet de Société.

0 vote
par Germain de Colandon (IP:xxx.xx0.99.88) le 16 mars 2010 a 10H08
Germain de Colandon (Visiteur)

Pour certains "gais" la prison devient à maints égards un paradis... C’est de l’humour potache attardé dans notre genre ?

http://lecaennaisdechaine.over-blog...

0 vote
par vilistia (IP:xxx.xx5.195.139) le 16 mars 2010 a 13H00
vilistia (Visiteur)

Raymond

Merci pour la réponse. J’ai mis "prostitués" au masculin exprès.

Si c’était faisable techniquement, au Canada, l’opinion serait-elle défavorable ?

J’imagine en France, la même situation et je pense que ça passerait pas. Non point pour le principe de la morale mais plutôt pour le principe que beaucoup de français encore, considèrent que la prison ne doit pas se transformer en Club Méditerranée.

0 vote
par zady (IP:xxx.xx2.127.34) le 26 septembre 2012 a 20H01
zady (Visiteur)

Merci à vous pour votre article qui d’ailleurs de bonne qualité. Je suis universitaire et criminologue de formation. J’ai produit une thèse de doctorat sur le milieu carcéral en Afrique particulièrement en Côte d’Ivoire. votre article rend compte d’une réalité implacable dans le milieu pénitentiaire. j’ai également évoqué ce sujet celui de la prostitution dans mon travail mais celui des mineurs délinquants. présentement je suis suis entrain de produire un article scientifique sur la prostitution des détenus dans nos prisons africaines. Votre article vient fournir des informations importantes pour mon travail en vue d’en faire une étude comparative avec celle que je fais en Côte d’Ivoire. Encore félicitation pour l’article que je viens de découvrir. A bientôt

0 vote
par S. (IP:xxx.xx1.220.215) le 19 octobre 2014 a 00H24
S. (Visiteur)

Question... La prison étant un espace privé de liberté...comment font-ils pour avoir des rapports sexuels ? Comment ça se passe et ou ? Les portes des cellules sont-elles ouvertes ? Les douches sont-elles communes ? J’essaie de comprendre...