Accueil du site
> Psycho & Sexo
Mon logo CareVox
CareVox par RSS
CareVox sur Facebook
CareVox sur Twitter
Lettre à mes phéromones
Lettre à mes phéromones
rubrique
note des lecteurs
date et réactions
14 février 2011
Auteur de l'article
Malinka, 3 articles (Rédacteur)

Malinka

Rédacteur
note moyenne des lecteurs
nombre d'articles
3
nombre de commentaires
0
nombre de votes
2

Lettre à mes phéromones

Lettre à mes phéromones

En ce jour de Saint-Valentin...on tâtonne au bal des phéromones.

Bonjour mesdames les phéromones,
Aujourd’hui j’ai décidé de prendre ma plume pour vous écrire. Depuis longtemps votre existence me questionne, et j’ai pensé ce jour de la Saint-Valentin opportun pour accueillir mon tâtonnement qui papillonne. 
Le mythe contemporain dit que, à votre manière, et de façon très autonome, vous régissez une part des relations entre les hommes. On connaissait, grâce à la science, votre rôle essentiel dans les regroupements et accouplements animaux mais on croyait votre influence trop faible vis à vis de l’intelligence humaine pour jouer sur nos vies humaines. Malgré tout, on parle de vous, on s’interroge, on s’inquiète, on s’extasie devant le fait, que notre conscience ne fait pas tout, que l’instinct se prend en mains, malgré nous. Drôle d’idée, chez des hommes qui se sont crus (presque) tout maîtriser, d’imaginer des substances invisibles non contrôlables, virevoltant d’un être à l’autre, s’amusant à initier des attirances, à notre conscience impénétrables. Aujourd’hui, c’est un fait, nous le savons, on l’a ouï dire à la radio, nous ne faisons pas exception, vous êtes là, parmi nous, entre nous, invisibles et voluptueuses telles des flèches de Cupidon. Les molécules « faites maison » que notre corps se fabrique nous échappent, par la salive et la transpiration, se volatilisent, et s’adonnent au jeu de la proie. Attraction, non-attraction, tel est le propos de ce marathon.
 
Aujourd’hui, j’ai donc voulu m’approcher de l’énigme des phéromones…
Justin, à qui l’on a donné un mauvais teint, et un nez biscornu, a malgré tout des chances de plaire à Martine, la jolie brune qu’il a croisé sur le parking, en sécrétant dans salive et transpiration des petites molécules qui portent votre nom. En voyage vers l’odorat puis les neurones de Martine, les demoiselles font leur chemin, s’accouplent à leurs récepteurs (encore faut-il qu’ils soient présents et open à l’accouplement), crée l’émotion positive, et concourt à une réponse favorable au RDV proposé par Justin. L’émotion a donné naissance à l’attraction. Avec un peu de chances, Martine lui trouvera du charme, avec un peu de chances, ils auront des points en communs, et finalement peut-être, ils se tiendront la main. Et Martine dira à ses amis : « Il n’a pas un très beau teint, mais je sais pas pourquoi, je l’aime bien. »
 
J’imagine malgré tout, que la vie n’est pas si facile pour vous. Les petites molécules roses que vous êtes (la réalité me dit que vous êtes incolores mais j’aime à vous imaginer roses), si fragiles (mais cela n’est-ce pas votre force), ne seraient-elles pas en bataillon constant contre d’autres substances, contre nos sens, notre conscience ?
Ainsi, Martine, après avoir dit oui pour sortir avec Justin, a bien réfléchi « finalement, il a pas l’air très fin, avec son nez trop plein », annule le dîner si gentiment proposé.
Eh oui, je crains que votre action ne suffise pas, l’être humain vous résiste car à vos côtés, circulent d’autres facteurs, comme vous simples initiateurs, prédateurs ou potentialisateurs : vos cousines les hormones, les odeurs (ah, si Justin avait aussi mis du parfum !), le regard (juge de la beauté...), l’ouïe (« ah, que j’aime le timbre de sa voix »), le toucher, le goût du baiser, les idées préconçues, la mémoire, l’humeur, la recherche de nouveauté, les barrières psycho-sociales, la disponibilité. Ainsi, à cette fin vous n’êtes pas seules, et vous semblez être de l’initiation, bien loin d’agir dans la poursuite de la relation.
 
Je crois aussi, qu’au sein de votre nation phéromonale, plusieurs ethnies, aux desseins et destins différents, cohabitent de façon plus ou moins amicale.
Ce qui est aussi amusant, en m’excusant de cette fascination pouvant paraître à vos yeux quelque peu déplacée, c’est que, pour accomplir votre destin, vous devez vous accoupler. Car oui, au bout de votre chemin, le bal et la danse battent leur plein, et le moment est arrivé de trouver chaussure à votre pied. En effet, si les proies visées sont absentes ou occupées, votre action sera empêchée.
 
Pour conclure, mettons que Martine disposait des récepteurs appropriés à l’accueil des phéromones émises par Justin. Mettons que Martine est célibataire. Mettons que Justin ait du style, beaucoup de style. Mettons que Martine soit dans une phase d’ « openitude » (en français : ouverture) à la rencontre. Mettons que Martine aime le style de Justin. Mettons que leur patrimoine génétique soit à peu près complémentaires (c’est encore par l’odeur que ça se dit). Si ces conditions sont remplies, Martine dira oui, et n’annulera pas le RDV pris. Martine lui a plût par sa beauté, Justin l’a intéressé par sa tenue, et les phéromones, bien que de façon ténue, ont concouru à la rencontre de ces 2 ingénus.
Votre intervention crée l’émotion, et la sensation, parfois s’ensuit. Le plaisir fait place à l’envie, l’envie d’autres rencontres, et l’attachement s’installe, accéléré par le feu d’artifice de la sexualité. Oui, je sais, je sais, cela vous ne concerne plus. La suite de l’histoire (l’amour, tout ça tout ça, etc.) n’est plus de votre ambition. Les hormones (celles du plaisir et de l’attachement) perpétueront la danse, de même que raison et conscience, la culture formera le nid, les traits et le caractère des 2 personnes rentreront, ou non, en résonance, dans cette valse à plusieurs temps, où se jouera un charivari de raisons et sentiments, conscients et subconscients.
 
Enfin, j’aimerais terminer mon propos, en espérant ne pas vous avoir offensé, de ces réflexions peut-être un peu osées, par l’idée qui me vient de vous protéger, de vous laisser votre espace de jeu, d’accepter cette part de non-maîtrise où la nature puisse avoir son mot à dire.
Là où Cupidon pointe son nez, il serait dommage de tenir un bouclier, ce bouclier contemporain qui semble nous protéger si bien, si bien que l’accès à l’émotion est altéré.
phéromones, je vous ai accusé plus haut de simples co-initiatrices, co-initiatrices d’émotions, et par là même d’attraction (voir de non-attraction), mais je tiens à dire que je vois dans votre participation une liberté prise par notre nature propre, une liberté prise sur la sur-maîtrise demandée aux humains par la société actuelle. C’est à ce titre, que je vous tiens en grand respect, de même que je tiens en respect les hormones, régulatrices de vie. L’émotion est le fait de la nature même, elle vise à nous protéger. Les émotions, telles des flèches nous montrant les directions à prendre, la raison se doit parfois de les organiser, mais sans les étouffer.
Mesdames les phéromones, au plaisir.
M’ka
M'ka

POST-SCRIPTUM

  • Pour plus d’informations au sujets de l’amour, et des phéromones, vous pouvez lire :

    L’amour de A à XY (2010), Lucy Vincent, Ed. Odile Jacob
Les internautes qui ont lu cet article ont aussi consulté