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Les jeux vidéo qui rendent accro
Les jeux vidéo qui rendent accro
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10 février 2011
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Le Webzine de l'AP-HP, 323 articles (AP-HP)

Le Webzine de l’AP-HP

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Les jeux vidéo qui rendent accro

Les jeux vidéo qui rendent accro

La dangerosité des jeux vidéo est un sujet récurent. D’abord accusés de développer des comportements violents chez les jeunes et de favoriser une confusion entre monde virtuel et réalité, les voici désormais désignés comme source d’addiction.

De nombreux parents, comme toutes les personnes concernées par le phénomène, s’inquiètent de l’impact de ces jeux sur leurs enfants ou leur conjoint les yeux rivés pendant des heures sur un écran. Le professeur Michel Lejoyeux, psychiatre addictologue, chef du service de psychiatre et d’addictologie au groupe hospitalier Bichat-Claude Bernard (AP-HP), nous explique en répondant à nos questions.

Les jeux vidéo peuvent-ils nuire à la santé des utilisateurs et en quoi est-ce une véritable pathologie ?

L’offre considérable de jeux sur Internet : jeux d’argent (poker, roulette,…), jeux de simulation pratiqués beaucoup en réseau (s’inventer une nouvelle vie, créer un personnage qui évolue, entrer en compétition avec d’autres joueurs, conquérir…) constitue une porte ouverte à une situation qui peut devenir nuisible, notamment les jeux d’argent avec la problématique du jeu pathologique.

Quels jeux et combien d’heures de jeu entraînent une dépendance ?

Toutes ces offres, de même les sites de bourse ou les sites marchands intégrés comme un jeu (la dimension commerciale étant masquée au profit de la dimension ludique), risquent d’être investies par un comportement irrationnel, sur un mode de dépendance. Cependant, une addiction s’évalue moins en termes quantitatif que qualitatif, c’est la relation entre le comportement et la victime qui signe la dépendance. On a tous droit à des excès, notamment les adolescents et les jeunes adultes, premiers concernés par les jeux vidéo. Concrètement, si jouer régulièrement 10 heures chaque jour devient bien sûr inquiétant, se connecter à son ordinateur seulement quelques heures mais en être totalement obsédé le reste du temps, s’avère problématique.

Quels signes révèlent une conduite addictive et y a-t-il des joueurs prédisposés ?

Une addiction, c’est une rencontre entre un comportement et un individu. Celui-ci éprouve, dans un premier temps, une sensation de plaisir qui l’amène à continuer et provoque une envie obsédante de recommencer, alors même qu’au fur et à mesure il en perd le contrôle, et ressent un manque à distance de ce comportement vis-à-vis duquel il ne va pas pouvoir se défendre. En résumé, la perte de contrôle, l’envie répressive de recommencer, la sensation de manque en interrompant le comportement, l’existence de conséquences négatives, tous ces signes s’observent dans toutes les formes d’addiction. Des joueurs prédisposés ? La personnalité détermine déjà le mode de comportement. L’addiction est possible par exemple chez le timide, l’introverti, l’apeuré par le regard des autres qui trouve dans Internet un domaine de fausse protection puisqu’il se déconnecte à souhait d’une relation virtuelle que peu de choses réelles ne viennent empêcher de développer. L’exemple contraire, l’adolescent à la vie remplie d’activités amoureuse, relationnelle, de loisir, se trouve moins en risque de s’accrocher en ligne car les jeux vidéo ne sont pas le cœur de son existence. Par ailleurs, à ses débuts, Internet semblait destiné aux adolescents, or on s’aperçoit que de jeunes adultes tombent aussi en dépendance et que des séniors, découvrant les joies de cet outil peuvent l’investir sur un mode d’addiction.

Le joueur est-il conscient de sa dépendance et quels traitements lui propose-t-on pour décrocher ?

Oui, il en est conscient malgré une part de déni car il tend à minimiser à la fois son temps de connexion et les conséquences négatives de l’addiction. Une personne dépendante souffre de la phobie de l’interruption, du changement. Tout le travail de l’addictologue consiste à l’amener à se rendre compte d’elle-même, objectivement, de son addiction, à lui dire « nous allons faire ensemble le pari que si vous changez votre comportement, vous irez mieux ». Ce repérage de l’attitude à caractère pathologique, tout comme l’idée qu’il faut décrocher prennent du temps, mais accepter de s’engager dans un soin conduit à terme à aller mieux. Les traitements se déroulent en trois étapes :
- l’évaluation du comportement (nombre d’heures de jeu ; conséquences physiques, relationnelles, professionnelles)
- le travail avec des techniques spécifiques de motivation à induire le changement
- l’arrêt complet du jeu objet de l’addiction. Cette dépendance étant rarement isolée, le praticien recherchera le mal associé (dépression, trouble psychique…), pour le traiter également car il importe de prendre les problématiques dans leur globalité médicale, somatique et psychologique.

Doit-on interdire les jeux vidéo aux jeunes enfants ?

L’objet interdit va se parer aux yeux de l’enfant de tous les atours, aussi est-il plus rassurant de lui proposer une offre ludique diversifiée : des jeux vidéo pour se défouler, d’autres pour des échanges amicaux et d’autres encore à but culturel.

Et la prévention ?

Au niveau collectif, il n’existe pas de politique de prévention validée ; il importe donc d’informer sur les risques de dérives. Au niveau individuel, il s’agit de savoir authentiquement quel type de relation on entretient avec son comportement. Quant au contrôle parental, restreindre l’accès à Internet à un enfant ne fonctionnant pas, c’est pourquoi je serai tenté de dire que le meilleur antidote au virtuel réside dans la proposition du réel comme les activités sportives, culturelles, humanitaires. Que les parents soient imaginatifs, ouvrent du temps à leur enfant, leur adolescent, s’accrochent aux rituels familiaux (repas, loisirs en commun…).

Que pensez-vous des jeux vidéo thérapeutiques ?

Dans le cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC), à l’hôpital Bichat on utilise des thérapies dédiées par ordinateur pour de l’information, de la sensiblisation. On évalue à présent l’impact de ces techniques sans doute prometteuses. J’ajoute que l’AP-HP s’est mobilisée sur ce sujet en apportant une réponse innovante par l’ouverture de plusieurs sites dévolus à la prise en charge de ces dépendances comportementales notamment dans les hôpitaux Bichat, Louis Mourier et Paul Brousse. Cette démarche est soutenue par la direction de la politique médicale de l’institution en intégrant ce nouveau visage de l’addictictologie. Enfin, avant le recours aux consultations spécialisées de l’AP-HP, le médecin généraliste et le pédiatre restent les interlocuteurs irremplaçables.

Propos recueillis par Ermine Facchin (AP-HP)
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