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Le burn-out chez la femme algérienne
Le burn-out chez la femme algérienne
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8 juillet 2013
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Docteur Mahmoud Boudarène, 7 articles (Psychiatre et Député)

Docteur Mahmoud Boudarène

Psychiatre et Député
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Le burn-out chez la femme algérienne

Le burn-out chez la femme algérienne

Un entretien à paraitre prochainement dans le quotidien national « Reporters ».

Q1 - Les femmes qui élèvent leurs enfants, même avec l’aide de leurs maris, sont au bord de la crise de nerf. Elles risquent à tout moment de contracter une ou plusieurs maladies physiques ou psychiques. Quelles sont, selon vous, les femmes à risques ? Et quels types de pathologies peuvent-elles contracter ?
 
Je ne crois pas que la crise de nerf comme vous la nommez soit la conséquence du rôle exclusif de l’élevage des enfants. Si cela était le cas, les médecins ne sauraient pas où donner de la tête parce que toutes les femmes seraient sujettes à ces manifestations nerveuses. Vous reconnaitrez que nous n’en sommes pas là. Le problème doit, sans doute, être posé autrement. Je crois que la femme qui est en difficulté et qui souffre davantage est celle qui a une activité en dehors du foyer conjugal. Celle qui travaille et qui doit assumer plusieurs rôles sociaux. La vulnérabilité de cette dernière est d’autant plus importante qu’elle est dans le désir de remplir à la fois l’exercice de plus en plus complexe d’un rôle à l’extérieur et de répondre avec constance et efficacité à celui qui lui est imposé par la condition de mère et d’épouse, une fonction dans laquelle la société veut, cependant, l’enfermer. Cette double exigence n’est pas sans problèmes et la survenue de tracas voire de véritables conflits conjugaux ou familiaux constitue une réalité concrète. Le mari, (quelques fois la belle famille) n’est pas toujours favorable au travail à l’extérieur de l’épouse. Une source de heurts, notamment quand le mari, jaloux, ne veut pas que sa femme partage l’espace professionnel et social avec des collègues de sexe masculin.
 
Par ailleurs, dans le lieu de travail, la femme active doit déployer des efforts considérables pour apporter la preuve de sa compétence et se montrer à la hauteur de ses ambitions. De plus, elle est, dans bien des cas, emprisonnée dans le statut infamant de femme-objet et subit, de la part de ses collègues et responsables hiérarchiques, un harcèlement moral et/ou sexuel qui empoisonne son quotidien. Elle doit endurer les sévices psychologiques et les assauts des hommes qu’elle côtoie tous les jours mais elle est tenue aussi de taire ces humiliations. Evoquer les harcèlements dont elle est l’objet est impensable, notamment les agressions sexuelles car la sexualité est un sujet tabou qu’il n’est pas « de bonnes mœurs » d’évoquer. Dénoncer une agression de ce type est toujours suspect. A moins de risquer de conforter le conjoint ou la belle mère ( ?) dans leur volonté de la cloitrer dans le domicile familial, il ne lui reste plus qu’à taire ses ennuis au travail, à accepter les humiliations et à endurer en silence. Une double violence, un traumatisme psychique qui rend d’autant plus fragile cette femme et qui l’expose à l’effondrement psychologique.
 
L’apparition de désordres mentaux tels que les insomnies, l’irritabilité, les colères et l’agressivité inexpliquées, l’anxiété ou encore la dépression signent l’épuisement, le burn out. Cet état qui montre que la personne a consommé, brûlé, toute son énergie. Un état qui peut également se manifester par des symptômes physiques, témoins d’une baisse des défenses immunitaires et qui rend vulnérable aux infections microbiennes et virales. D’autres fois, il s’agit d’une fatigue chronique, qui ne cède pas malgré des périodes prolongées de repos.
Des complications de santé qui ne manqueront pas – du fait de l’handicap qu’elles engendrent généralement – de s’additionner aux problèmes, déjà existants, dans la vie conjugale et familiale et d’aggraver en retour la situation de cette femme qui ne peut plus assumer ni son travail ni son rôle de mère et d’épouse.
 
Pour autant, si ne plus pouvoir se rendre au travail ne concerne que la femme seule, l’incapacité générée par son burn out n’est pas toléré par la famille qui n’accepte pas que celle-ci ne puisse plus s’occuper de son foyer, de ses enfants, de son mari ou encore de sa belle famille. Un climat délétère qui n’arrange rien.
 
Q2 - Le burn-out maternel peut-il devenir dangereux sur la cellule familiale ? Quelles sont les symptômes, et les zones à risque ?
 
Je ne sais pas s’il est juste, au regard de ce que je viens d’expliquer, de parler de burn out maternel. Je pense qu’il est plus approprié de parler du burn out de la femme pour des raisons de complexité et de multiplicité de ses rôles sociaux. Si le vocable maternel nous renvoie uniquement au statut de la mère qui élève ses enfants, et qui n’a pas d’autres rôles sociaux comme par exemple une activité à l’extérieur, alors je ne pense pas que l’on puisse parler de burn out. A moins que cette femme ait fait de nombreux enfants et qu’à l’épuisement de la tâche de les élever et de subvenir à leurs besoins fondamentaux, s’ajoute les méfaits de la multiparité et de l’allaitement maternel permanent. Sans compter l’entretien du mari et quelques fois des beaux parents. Dans ce cas, l’épuisement physique est une réalité concrète. Il est bien connu que des grossesses nombreuses épuisent, notamment quand elles sont toutes suivies d’un allaitement maternel constant. Ici la fatigue physique prend le pas sur l’épuisement psychologique et si nous devons utiliser le terme de stress, nous parlerons alors de stress physique et non plus de stress psychologique, comme c’est le cas dans le burn out. Encore que cette dichotomie n’est pas opportune puisqu’en réalité il y a un lien étroit entre les deux types de stress.
 
Vous évoquez l’idée de zones à risques, je peux simplement vous dire que nous sommes en plein dedans dans le cas de la femme multipare mais aussi dans celui de la femme qui travaille et qui assume plusieurs rôles sociaux. Dans les deux cas, nous sommes dans la configuration du stress chronique avec le risque que celui-ci fait peser sur la santé de la femme et subséquemment sur celui de la cellule familiale, parce qu’une mère malade peut ne pas répondre aux exigences de son foyer et aux besoins élémentaires de ses enfants. Elle peut également, du fait de sa maladie, avoir des comportements néfastes, comme par exemple de l’agressivité et des passages à l’acte violents à l’encontre de sa progéniture et de son mari.
 
 Q3 - Alors que cette maladie touche de plus en plus de femmes algériennes à la faveur de leur accès croissant aux domaines professionnels et politiques, le sujet reste méconnu et jamais abordé publiquement. Que doit faire la maman vulnérable à cette pathologie ?
 
Je ne sais pas si ce problème arbore une ampleur nouvelle. Il est toutefois certain que plus la femme est dans le désir de faire valoir sa compétence et qu’elle entre en compétition avec l’homme, plus elle sera amené à fournir davantage d’effort pour gagner sa place. Elle sera de ce fait, sans doute moins que l’homme, mise en situation de stress permanent, chronique. Le risque pour sa santé est proportionnel.
 
Aujourd’hui la femme est en tous points l’égal de l’homme. Elle a investi l’école et l’université, elle occupe des pans entiers de la vie active et il y a des domaines où elle a pris le pas sur son homologue de sexe masculin, à l’exemple de la médecine, de l’enseignement et de la magistrature. C’est la preuve de sa volonté d’occuper l’espace social et professionnel. Toutefois, il ne faut pas oublier que la société algérienne est machiste et que la femme reste – avec la bénédiction de l’ordre social et institutionnel - confinée dans un statut qu’elle trouve très étroit. Si elle peut avoir accès – la loi fondamentale de notre pays, la constitution, l’y autorise -, à des fonctions importantes, il n’en demeure pas moins que le code de la famille contrarie ce destin en faisant d’elle une mineure. C’est là une situation qui oblige la femme à un exercice psychologique complexe. En effet, il n’est pas aisé pour elle d’assumer un statut de mineure et/ou d’épouse soumise en étant magistrate ou encore ministre. C’est la réalité de la femme algérienne et ce sont les institutions de la République qui lui impose ce jeu d’équilibriste. Voilà une situation pour le moins stressante et qui peut amener à l’épuisement puis à l’effondrement psychologique.
 
Une situation qui n’est pas méconnue mais seulement ignorée par tous. Chacun s’en détourne pudiquement, quelques fois avec lâcheté et culpabilité. Les scandales de harcèlement sexuel, que la presse a rapporté il ya plusieurs années, infligé par un cadre supérieur d’un ministère à des collaboratrices ou encore plus récemment celui commis par un directeur d’une chaine de télévision à l’encontre de femmes qui y travaillent, sont édifiants. Tant mieux que la presse s’en saisisse et le dénonce plus facilement aujourd’hui, et que le public en soit informé. Mais cela ne suffit pas. La loi à ce sujet doit changer et doit s’appliquer non pas parce qu’il y a harcèlement, mais parce qu’il s’agit d’une agression spécifiquement commise à l’encontre de la femme. Ce n’est donc pas à la maman vulnérable de faire…pour se prémunir. Il appartient aux pouvoirs publics et plus généralement à la société toute entière de promouvoir le statut de la femme afin de lui offrir les conditions indispensables à son épanouissement dans son foyer, dans son travail et dans l’espace social. Le reste, et j’en viens à votre dernière question, vient tout seul.
 
Q4 – Crèches, garderies, vacances et loisirs sont-ils à même de prévenir contre le burn-out maternel ?
 
Bien sûr, tout ce qui peut aider à soulager le rôle domestique de la femme afin de se consacrer, sans soucis, à sa vie sociale et professionnelle est bienvenu. Crèches, garderies, etc., sont de ceux là. Quant aux loisirs, détente, vacances…, de ce point de vue, je crois qu’elle est logée à la même enseigne que son collègue masculin. L’idéal pour éviter l’épuisement et l’effondrement psychologique, le burn out, est de le prévenir. Pour cela, la seule recette qui marche est celle qui consiste à offrir à la femme – je pense que cela est valable pour tous les individus – les conditions qui lui permettront d’exercer son libre arbitre et d’avoir l’initiative sur son destin personnel, mais aussi d’avoir la possibilité de participer à l’édification du destin commun en prenant notamment part à la décision. Le destin commun n’est pas envisageable si la moitié de la population est écartée de la décision politique, ce sur quoi sont bâties les mœurs et l’idéologie de la société algérienne. Le plus gros stress, c’est pour cela que la société algérienne doit évoluer et changer.
 
Cet entretien a été réalisé par Moharezki Temmar, journaliste.
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Femmes Stress Algérie