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La prise en charge en addictologie
La prise en charge en addictologie
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12 décembre 2011
Auteur de l'article
Alain Titeca, 3 articles (Sexothérapeute Sophrologue)

Alain Titeca

Sexothérapeute Sophrologue
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La prise en charge en addictologie

La prise en charge en addictologie

L’analyse d’un expert en addictologie qui exerce à Lille.

1. Permettre à la personne de se repérer dans sa consommation

Le Pr Parquet a proposé de distinguer plusieurs niveaux dans la consommation de substances psychoactives ; ces différents niveaux de consommation peuvent être appliqués aux comportements particuliers qui sont susceptibles de créer des dépendances (sexualité, jeux, travail, alimentation…).

 1.1.  L’usage

 Le simple usage n’est pas problématique. La consommation peut être gérée et rester sous contrôle. Beaucoup de personnes consomment des substances psychoactives (alcool, cannabis, médicaments…) sans pour autant que cet usage devienne problématique. Pour d’autres personnes la consommation de produits sera vite nocive, les personnes pourront devenir dépendantes.

De la même façon la grande majorité des personnes ont un rapport tout à fait sain et normal à l’alimentation, aux jeux ou à la sexualité. Une minorité de sujets peuvent devenir boulimiques, anorexiques, joueurs dépendants ou sexe addict.

Il est important de comprendre que certains produits psychoactifs sont plus addictifs que d’autres. Le tabac, l’héroïne, la cocaïne créent des dépendances fortes rapidement. L’alcool crée également une dépendance forte mais elle met du temps à s’installer.

Beaucoup de substances psychoactives sont illicites, interdites par la loi, leur simple usage est passible de 3750€ d’amende et jusqu’à un an de prison ferme. D’autres produits sont autorisés par la loi, leur usage est réglementé.

 1.2.  L’usage nocif ou excessif

 L’usage nocif sous-entend, d’une part, une répétition fréquente des consommations ou du comportement problématique, d’autre part, une augmentation des quantités consommées. L’usage nocif induit souvent une forme d’automédication : les produits sont consommés ou le comportement répété pour trouver un apaisement, pour calmer le stress ou l’anxiété. L’usage de produits ou la répétition du comportement devient utile pour la personne.

 1.3.  La dépendance ou l’addiction

 D’un usage excessif, la personne peut facilement glisser vers l’addiction. La dépendance ou l’addiction se caractérise par l’impossibilité de résister au besoin de réaliser le comportement ou de consommer le produit.

Il existe plusieurs grilles d’évaluation de l’addiction à un comportement ou à un produit.

Goodman, psychiatre anglais, a décrit l’addiction comme étant « un processus dans lequel est réalisé un comportement qui peut avoir pour fonction de procurer du plaisir, de soulager un malaise intérieur et qui se caractérise par l’échec répété de son contrôle et sa persistance en dépit des conséquences négatives. » Il définit les critères suivant pour caractériser l’addiction à un comportement :

 A.  Impossibilité de résister aux impulsions à réaliser ce type de comportement.

B.  Sensation croissante de tension précédant immédiatement le début du comportement.

C.  Plaisir ou soulagement pendant la durée du comportement.

D.  Sensation de perte de contrôle pendant le comportement.

E.  Présence de 5 à 9 critères suivant :

a.  Préoccupation fréquente au sujet du comportement ou de sa préparation.

b.  Intensité et durée des épisodes plus importantes que souhaitées à l’origine.

c.  Tentatives répétées pour contrôler ou abandonner le comportement.

d.  Temps important consacré à préparer les épisodes, à les entreprendre, ou à s’en remettre

e.  Survenue fréquente des épisodes lorsque le sujet doit accomplir des obligations scolaires ou universitaires, familiales ou sociales.

f. Activités sociales,professionnelles ou récréatives majeures sacrifiées du fait du comportement.

g. Perpétuation du comportement bien que le sujet sache qu'il cause ou aggrave un problème persistant ou récurent d'ordre social, financier, psychologique ou psychique

h.  Tolérance marquée : besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour obtenir l’effet désiré, ou diminution de l’effet procuré par un comportement de même intensité.

i.  Agitation ou irritabilité en cas d’impossibilité de s’adonner au comportement.

F.  Certains éléments du syndrome ont duré plus d’un mois ou se sont répétés pendant une période de plus longue.

Permettre aux personnes de se repérer dans leur consommation, c’est déjà les amener à comprendre leur relation au produit ou au comportement problématique. Au fil des séances, cette compréhension sera affinée ; les processus qui sous-tendent l’addiction seront mis à jour et la personne donnera progressivement du sens à sa consommation.

2. Donner du sens à sa consommation de produits ou à l’addiction à un comportement.

 2.1. Le sens de la consommation pour la personne

 Au fil des mois et des années se noue entre la personne et le produit ou le comportement problématique, une relation très particulière, intime.

La prise en charge en addictologie vise à permettre au patient de caractériser cette relation, de mettre des mots sur celle-ci de façon à progressivement mettre à distance la consommation de substances psychoactives ou la répétition du comportement. Plusieurs questions seront examinées :

· « Comment je consomme ? »

· « Avec qui je consomme ? »

· « Dans quelles circonstances je consomme ? »

· « Qu’est-ce que je recherche en consommant ? »

· « Qu’est-ce que cela me procure de consommer ? »

· « En quoi le produit m’a aidé au départ ? »

· « Qu’est-ce qu’il m’apporte aujourd’hui ? »

En apportant la verbalisation autour de ces questions, permet progressivement au patient de trouver des éléments de réponse à la question la plus délicate : « Pourquoi je consomme ? »

Poser des mots sur la consommation de substances psychoactives ou sur la répétition du comportement amène le patient à comprendre le plaisir procuré par la consommation, son utilité ; le patient éclaire ainsi le fonctionnement, les mécanismes et le poids de l’addiction.

Ce travail de verbalisation s’effectue durant les trois étapes suivantes :

·  La préparation au sevrage

·  Le sevrage

·  La consolidation du sevrage

 La prise en charge en addictologie doit s’accompagner d’un suivi médical.

2.2.  Le travail sur les motivations

 En parallèle de ce travail sur le sens, il est essentiel d’accompagner le patient dans ses motivations à arrêter de consommer. L’entretien motivationnel s’effectue tout au long de la prise en charge en addictologie en alternance avec la verbalisation sur le sens de la consommation, le travail corporel et l’accompagnement dans la reconstruction d’une vie sexuelle et affective épanouie.

Le travail sur les motivations permet au patient de mesurer les bénéfices en matière de santé, les bénéfices sociaux, professionnels et psychologiques au fur et à mesure qu’il met à distance l’objet de son addiction.

2.3.  La gestion du temps et de la place libérée

 La personne dépendante d’une substance psychoactive ou d’un comportement, consacre un temps considérable à préparer les épisodes de consommation, à consommer ou à se remettre des effets de ces épisodes. Au fur et à mesure que la personne met à distance l’objet de son addiction, que les consommations s’espacent, un temps et une place importante sont libérés. Il est essentiel, pour le patient, d’apprendre à combler ce vide, à utiliser son temps autrement, à se rendre disponible pour d’autres activités.

 La prise en charge en addictologie que je propose à Lille explore cette dimension. Plusieurs pistes sont examinées avec la personne au cours de l’accompagnement :

·  Renouer avec une vie sociale

·  L’activité professionnelle

·  Apprendre à se faire plaisir

·  La vie affective et sexuelle

·  Laisser entrer dans sa vie des choses nouvelles

En fonction du vécu de la personne et de ce qu’elle amène durant les entretiens, tel ou tel points seront travaillés.

3.  Le travail corporel

La prise en charge en addictologie que je propose à Lille, alterne les temps de verbalisation et les temps de travail où le corps est mobilisé. Toutefois il n’y a aucun contact physique entre le patient et le thérapeute. Cette dimension de la prise en charge vise à permettre au patient de découvrir ou de contacter les ressources du corps.

·  Pour gérer les émotions débordantes qui constituent des obstacles dans le parcours de sevrage (honte, culpabilité,…).

·  Pour construire la confiance en soi.

·  Pour sortir de la toute-puissance du produit ou du comportement, c’est-à-dire le fait de penser et de ressentir l’objet de l’addiction comme étant le seul moyen d’apaiser l’anxiété, les tentions ou la nervosité.

·  Pour travailler et renforcer l’ancrage, c’est-à-dire la présence à soi et aux autres

 Le patient découvre progressivement de nouvelles ressources et construit une sécurité intérieure qui permettra à la personne de faire face aux situations les plus difficiles mais aussi de résister à la tentation de consommer à nouveau.

3.1.  Les outils de la sophrologie

Les outils de la sophrologie se révèlent être particulièrement adaptés à la prise en charge en addictologie. Ils ne peuvent pas, toutefois, être utilisés si la personne est sous l’effet des produits.

Les principaux outils utilisés reposent sur :

·  Des techniques respiratoires

·  Des mouvements corporels

·  Une prise de conscience des sensations corporelles

·  Un renforcement du positif grâce à des techniques de visualisation

3.2.  Les techniques comportementales

En fonction de ce qu’apporte le patient pendant l’entretien, les techniques comportementales permettent de :

·  Eviter à la personne les situations de tentation

·  Reconstruire un réseau social

·  Mettre à distance l’objet de l’addiction

3.3.  Des outils de réduction des risques et de gestion des consommations

La dépendance à une substance psychoactive ou à un comportement entraîne un certain nombre de risques sanitaires, sociaux et psychologiques pour la personne. Dans la prise en charge en addictologie, nous disposons d’outils permettant de réduire ces risques et favorisant le retour à une consommation gérée. L’outil central est un carnet de bord que le patient rempli chaque jour. 

4.  Renouer avec une vie sexuelle et affective

 Ce point est essentiel dans la prise en charge en addictologie que je propose à Lille ; il constitue à la fois la clé de voute et l’aboutissement de la démarche thérapeutique. En effet, mon expérience de quinze années dans l’accompagnement des personnes dépendantes me montre que lorsque les patients parviennent à reconstruire une vie sexuelle et affective épanouie, l’objet de l’addiction est mis à distance, la personne sort de la situation de dépendance dans laquelle elle se trouvait.

 4.1.  Se rendre disponible pour l’autre et trouver sa place

 Lorsque la personne quitte progressivement l’addiction qu’elle subissait, il est essentiel qu’elle renoue avec une vie sociale, affective et sexuelle. C’est dans l’intimité de l’échange amoureux que le sujet pourra se reconstruire. Deux cas de figure se présentent :

Le patient était célibataire pendant la période où il se trouvait dans l’addiction

Dans cette situation, l’accompagnement repose sur plusieurs dimensions :

·  Travail sur ce que représente le fait d’aimer pour la personne.

·  Permettre au patient de se rendre disponible pour rencontrer l’autre.

·  Trouver sa place dans une relation de couple.

La rencontre avec l’autre est un moment délicat pour le patient qui a vécu plusieurs mois ou années dans l’addiction à un comportement ou à un produit. La rencontre amoureuse est un moment qu’il s’agit de préparer et d’accompagner durant les entretiens.

Lorsque le couple est déjà constitué

Lorsque le couple est constitué avant que le patient entame la démarche thérapeutique qui lui permettra de sortir de l’addiction, c’est le fonctionnement même du couple qui s’organise autour de l’objet de l’addiction. L’ensemble du système conjugal et familial se construit autour de la dépendance du patient. C’est ce que l’on appelle « la co-dépendance ».

L’un des objectifs de la prise en charge est de permettre à chaque conjoint de retrouver une place dans le couple dans un fonctionnement sans consommation de substances psychoactives ou sans répétition d’un comportement problématique.

4.2.  La libido et le désir sexuel

Généralement lorsque le patient subit une situation addiction pendant plusieurs mois ou plusieurs années, la libido et le désir sexuel sont très fragilisés voir deviennent inexistant. Il n’y a pas de place dans la vie de la personne pour la sexualité considérée comme un facteur d’épanouissement et de partage avec l’autre. Dans le cas des addictions sexuelles, le désir sexuel est souvent fort mais l’autre est réduit à l’état d’objet sexuel.

Il est essentiel dans la prise en charge de réaliser un travail sur la libido de façon à redévelopper le désir sexuel ou remettre en cause les croyances erronées.

Dans cette étape de l’accompagnement, le travail peut être réalisé avec le patient seul et/ou avec son ou sa conjointe.

Le blog d'Alain Titeca, Sexothérapeute et Sophrologue http://www.alaintitecasexologue.com
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Addiction Sevrage