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La prise continue d’antipsychotiques pourrait favoriser la toxicomanie
La prise continue d'antipsychotiques pourrait favoriser la toxicomanie
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29 mars 2011
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Université de Montréal, 110 articles (Pôle de recherche)

Université de Montréal

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La prise continue d’antipsychotiques pourrait favoriser la toxicomanie

La prise continue d'antipsychotiques pourrait favoriser la toxicomanie

Presque un individu schizophrène sur deux consomme des stupéfiants, de la nicotine ou de l’alcool. L’origine possible de ces dépendances pourrait se trouver en partie dans les traitements mêmes offerts à ces personnes. En effet, une étude préclinique publiée dans Neuropsychopharmacology démontre que l’administration continue d’un antipsychotique, combinée avec une injection d’amphétamine, provoque chez des rats une réaction disproportionnée à des stimulus associés à une récompense.

Chez l’humain, cela se traduirait par une recherche effrénée des effets que crée la consommation de drogue par exemple. Étonnamment, cette poursuite d’une récompense n’est pas altérée si l’on administre l’antipsychotique aux rats de façon intermittente. Pour un schizophrène, ce traitement correspondrait grosso modo à la prise d’un antipsychotique tous les deux ou trois jours.

« Les effets secondaires des antipsychotiques sont nombreux et envahissants : tics faciaux, apathie, dépression, gain de poids, etc. Bref, même traitées, les personnes schizophrènes souffrent. Plusieurs croient qu'elles se droguent pour calmer ces effets secondaires. Pourtant, cela ne fait qu'aggraver la situation. Les risques d'hospitalisation sont plus élevés et les chances de réussite d'un traitement diminuent. La consommation de psychostimulants peut même déclencher une psychose. Alors, pourquoi ces gens cherchent tant à se droguer ? » demande Anne-Marie Bédard, première auteure de l'étude et étudiante à la maitrise en pharmacologie à l'Université de Montréal.

Continu ou intermittent ?

Les antipsychotiques bloquent certains récepteurs dopaminergiques dans le système nerveux central – qui sont à l'origine de la motivation et de la cognition, entre autres. À long terme, cela peut entrainer un état d'hypersensibilité dopaminergique. Cette condition se traduit par une hyperréactivité aux drogues, incluant l'amphétamine. Mme Bédard a donc comparé l'influence de deux traitements à l'halopéridol, un antipsychotique typique, sur l'action de l'amphétamine. Le premier était continu et le second intermittent.

Anne-Marie Bédard

Anne-Marie Bédard

Avec l'aide de sa directrice de recherche, la Dre Anne-Noël Samaha, de l'étudiant Jérôme Maheux et du professeur Daniel Lévesque, Anne-Marie Bédard a soumis trois groupes de rats – un groupe témoin, un groupe recevant de l'halopéridol de manière continue et un groupe traité au même antipsychotique de façon intermittente – à trois expériences.

La première évaluait la poursuite d'une récompense conditionnée. Les animaux étaient habitués à associer l'apparition d'une lumière et d'un son à une récompense, soit l'écoulement de quelques gouttes d'eau dans un réceptacle intégré à leur cage. Une fois cet apprentissage pavlovien intégré, l'eau était coupée, mais la lumière et le son pouvaient tout de même être activés par un levier. Une seconde pédale à proximité jouait le même rôle, mais demeurait en réalité inopérante. Les rats exploraient par la suite les fonctions de ces leviers avant de recevoir une dose d'amphétamine.

Malgré l'excitation provoquée par la drogue, les animaux n'ont pas cherché à appuyer indistinctement sur les leviers. Leur comportement était dirigé vers la pédale active. La recherche de récompense conditionnée des animaux du groupe « continu » a explosé : ils ont appuyé plus de 150 fois sur le levier actif afin d'obtenir le son et la lumière, tandis que les groupes « intermittent » et témoin n'y ont touché qu'une cinquantaine de fois. Ce comportement extrême s'est également traduit par une activité cellulaire intense dans le caudé-putamen – région du cerveau en action dans la motivation – mesurée à partir de deux gènes au cours d'une deuxième expérience.

La dernière expérience évaluait la locomotion. Les rats étaient placés dans une cage en plexiglas où leurs mouvements étaient mesurés par des capteurs. Les animaux du groupe « continu » s'agitaient beaucoup plus en réponse à l'amphétamine comparativement aux deux autres groupes. « Il y avait une différence marquée. Les rats “intermittents” avaient un comportement comparable à celui des rats témoins », signale l'étudiante. Cela indique que le système dopaminergique des rats du groupe « continu » était devenu hypersensible à l'amphétamine.

Une maladie toujours mal comprise

« Ces expériences démontrent qu'il suffit d'une petite injection d'amphétamine dans un système neuronal déréglé par une occupation continue des récepteurs dopaminergiques pour que les stimulus associés à une récompense prennent une importance démesurée, analyse Anne-Marie Bédard. L'administration continue d'un antipsychotique à des individus schizophrènes consommateurs de drogue pourrait donc accroitre leur dépendance. Mais encore faut-il le confirmer dans des études cliniques. »

L'étudiante espère que sa recherche apportera un « minuscule début de réponse » aux nombreuses zones grises qui entourent encore la schizophrénie et ses traitements. « J'ai travaillé comme technicienne de laboratoire dans une pharmacie fréquentée par des gens ayant des problèmes de santé mentale et de dépendance, raconte-t-elle. J'ai été confrontée à la souffrance de ces personnes. J'aimerais pouvoir les aider, ne serait-ce qu'un tout petit peu. »

Marie Lambert-Chan

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