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La médicalisation des émotions aboutit à une société sans sagesse
La médicalisation des émotions aboutit à une société sans sagesse
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17 avril 2009 | 3 commentaires
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Lesmotsontunsens, 35 articles (Rédacteur)

Lesmotsontunsens

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La médicalisation des émotions aboutit à une société sans sagesse

La médicalisation des émotions aboutit à une société sans sagesse

Les émotions sont des maladies comme les autres, et traitées comme telles. Situation cocasse, dans une société médiatique qui court en permanence après les sensations fortes et, si possible, anxiogènes. De fait, bien-être et sagesse sont relayés au rang d’antiquités.

La médicalisation des émotions aboutit à une société sans sagesseLa timidité, la tristesse liée à un deuil... des émotions bien naturelles à priori, mais scientifiquement classifiées aux côtés des pathologies les plus graves, notamment dans le "Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux", véritable bible de la psychiatrie internationale élaborée par l’American psychiatric association (APA). Bien sûr, une fois la "pathologie" caractérisée, le traitement médicamenteux en découle, le plus naturellement du monde. Et la consommation d’antidépresseurs et d’anxiolytiques explose littéralement.

Effacer les souvenirs dérangeants

Même topo pour les souvenirs traumatiques ou simplement déplaisants. Cachés dans les recoins les plus sombres de nos cerveaux, il faut les supprimer d’urgence. Une pompée de propanolol y suffira, selon les résultats d’une étude de l’université d’Amsterdam, publiée le mois dernier dans la revue Nature Neuroscience. Pourtant, les souvenirs modèlent nos personnalités et nos émotions, au coeur de nos consciences. Une façon de nier notre propre nature.
 
Aujourd’hui, les médicaments et autre compléments alimentaires envahissent nos vies, comme si le bonheur pouvait sortir d’une pilule. Disons plutôt que le sentiment d’agir pour améliorer le quotidien permet d’occulter le manque de considération de notre société pour le bien être de l’individu. Chacun sa galère. Une situation ubuesque où le mythe médico-pharmaceutique d’une vie sans souffrance et sans émotion côtoie la recherche médiatico-politique permanente des sensations les plus anxiogènes.

Une société schizophrénique

Mais cet état de fait quasi-schizophrénique ne se limite pas aux seuls troubles psychologiques. C’est toute la société qui va dans ce sens. D’un côté, la "science" justifie la diffusion massive de dizaines de milliers polluants dans l’environnement, ne pouvant fournir de preuve absolue de toxicité. Tandis que de l’autre côté, et sans plus d’arguments, elle met en place un carcan médico-agro-alimentaire totalement hygiéniste. D’un côté, le système actuel (depuis une trentaine d’années) favorise la pauvreté, les inégalités, l’exclusion, le stress... De l’autre, les autorités instaurent en permanence de nouvelles dispositions toujours plus répressives à l’encontre des revendicateurs. Idem dans le domaine de l’urbanisme, de la culture... Aucune tête ne doit dépasser, et les cagoules sont interdites.

La politique du fait divers

Mais comment peut-il en être autrement, dans un monde bipolaire régi par les intérêts financiers et les émotions populaires suscitées ? Le pouvoir doit à la fois répondre aux nécessités économiques (moins de régulation et moins de prévention, trop couteuses et bridant l’économie) et combattre les réactions revendicatives (et violentes) d’une population qui s’angoisse et qui s’énerve.
 
Il y a deux possibilités à l’expression d’un malaise anxieux : l’extériorisation et l’intériorisation. L’extériorisation est de plus en plus réprimée par des Etats qui tolèrent de moins en moins la contradiction. D’aucuns proposent même de détecter les comportements "déviants" dès le berceau. La seule expression "autorisée" des peurs réside donc dans l’introversion, qui aboutit presque mécaniquement aux troubles anxieux. Qu’il faut traiter de toute urgence, vive la médecine ! De fait, la sagesse est devenue une notion archaïque, et la recherche du bien-être une tendance contreproductive. Rien de plus.
 
"Je n’ai jamais rien entendu d’aussi absurde que la phrase de Socrate : Connais-toi toi-même" (Nicolas Sarkozy, cité par Michel Onfray)
Napakatbra
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Commentaires
1 vote
par docteur vincent (IP:xxx.xx0.66.248) le 5 avril 2010 a 21H26
docteur vincent (Visiteur)

C’est vrai. Par exemple le "désordre explosif intermittent" est classé comme maladie mentale. Qui n’a pas admiré dans son entourage une "saine colère", l’expression de colère pure que quelqu’un peut éprouver devant ce qu’il estime être une injustice ? Tout est fait dans cette société pour nous lisser, nous faire devenir tous hippocrites car nos instincts extériorisants et contondant parfois auront été brisés. Un de mes amis "souffre" de ce désordre, il a déjà fait des trous dans le mur avec un poing ; mais quand il est heureux, qu’il l’est ! Il vit ! Il faut conserver ces gens authentiques, cela met du piment dans la vie ! Sinon qu’on nous donne tous des neuroleptiques et nous deviendrons des gentils toutous.

1 vote
par arpontar (IP:xxx.xx7.112.50) le 24 août 2013 a 12H09
arpontar (Visiteur)

d’accord anti dépresseurs donnant l’envie de se suicider..........

le classement dans la "case bipolaire" est beaucoup trop utlisé par les "psys".

a l’époque actuelle comme deja a l’époque des gaulois.........le peuple était deja mélancolique et les hommes se saoulaient deja.............

DONC QUI N EST PAS BIPOLAIRE EN CES TEMPS DE CRISE...QUI N A PAS DES BAISSES ET DES HAUSSES DE MORAL.......DES SAUTES D HUMEUR ?????????????????

0 vote
(IP:xxx.xx5.177.166) le 8 novembre 2013 a 04H37
 (Visiteur)

LA SOUFFRANCE NE SE COMPARE PAS MAIS ELLE SE PARTAGE

Après avoir vécu un violent choc émotif en 1984, le reste de ma vie entière fut bouleversée de A à Z et mes émotions bouclées. M’exprimer après de longues années de batailles juridiques suivant ce choc émotif fut un exploit jusqu’en 1990 où il m’a fallu fermer le tiroir des émotions avec de la médication que je devrais prendre à vie, me disait-on. Devenir un robot pour satisfaire qui ? Si au moins j’avais été crucifié physiquement sur la place publique, j’aurais pu passer pour une martyre ou une sainte.... ! De l’humour cynique me libère parfois de ce passé.

Mon dernier comprimé de médicament puissant fut pris en mars 1999. Curieux pareil ne croyez-vous pas ? Ajouter d’autres outils à mes efforts pour croire à nouveau que je me sortirais de ce tombeau ouvert sur la place publique et dans ma vie privée. Ma descente dans un bas-fonds fut spectaculaire et sera toujours privée oui.....mais pourquoi pas toujours d’intérêt public. Et si ma remontée vécue lentement mais sûrement devenait aussi privée oui et que oui, mais aussi, d’intérêts publics. Pourquoi pas croire en ce désir fort et sincère que la vie me permet déjà de concrétiser à travers ce commentaire.

Croire en soi et retrouver confiance et estime de soi est possible, tout comme croire aux autres et en la vie. Après tout, j’ai encore besoin des autres et les autres ont encore besoin de moi.

Patricia Turcotte Saint-Georges ( Qc ) Le 07 novembre 2013