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La guerre des sexes… pharmacologique ?
La guerre des sexes… pharmacologique ?
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7 août 2014
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Jean-Yves Dionne, 44 articles (Expert-conseil)

Jean-Yves Dionne

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La guerre des sexes… pharmacologique ?

La guerre des sexes… pharmacologique ?

Entre égalité des sexes et distinction entre les sexes, il y a matière à interprétation.

Consultez la chronique du 5 août de Jean-Yves, à l’émission Médium large : http://ici.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2013-2014/

 

Nous le savons, les hommes et les femmes ne réagissent pas de la même façon. Nous ne subissons pas non plus les mêmes maladies. Et quand ces maladies sont similaires (maladies cardiaques, par exemple), nous ne les envisageons pas de la même manière.

 

Côté psychologique (ou devrait-on dire pop psycho), nous avons eu le très célèbre : Les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Vénus (Men are from Mars, Women are from Venus) de John Gray (Michel Lafon éditeur, 1999). Nous ne pensons pas de la même façon ; nous ne réagissons pas de la même manière ; et surtout, nous n’écoutons pas de la même manière, ni pour les mêmes raisons (mais là, c’est à quelqu’un d’autre que moi d’élaborer sur ce sujet…).

Dans la vie de tous les jours, le cycle menstruel, la ménopause et la grossesse sont des réalités totalement étrangères à l’homme. D’ailleurs, comme pharmacien, j’ai très vite appris que je n’ai pas le droit de dire « je comprends » quand il s’agit de ces conditions. Je peux avoir de l’empathie, mais je n’ai qu’une compréhension intellectuelle de ces réalités. Je les aborde, peut-être, mieux que la majorité des hommes, mais je n’ai certainement pas une compréhension intime ou physique de ces réalités… J’apprends à écouter. :-)

Une autre différence

Un autre aspect, moins connu, des différences entre les sexes : l’effet des médicaments n’est pas le même. On peut dire que, en général, les femmes sont plus petites que les hommes et qu’elles devraient de ce fait utiliser de plus petites doses de médicaments que les hommes. Mais ce n’est pas tout : leur métabolisme est également différent et la réponse pharmacologique n’est pas la même chez la femme que chez l’homme. Par exemple, certains médicaments (comme des somnifères) ont tendance à être éliminés moins vite et donc à rester plus longtemps dans le corps de la femme. La réponse à la caféine est également différente (voir http://www.jydionne.com/cafeine-un-nouveau-portrait/).

 

Dans les produits naturels, la réglisse est bien connue pour causer, lorsque prise assez longtemps en dosage élevé, un effet secondaire de rétention d’eau et d’augmentation de la tension artérielle. Les femmes sont plus sensibles que les hommes à cet effet, particulièrement celles qui prennent des anovulants.(1,2)

Utérus et hystérie : la même étymologie !

Dans la tête de nombreux hommes (incluant des médecins), plusieurs problèmes féminins n’ont pas de réalité physique, tout est « dans la tête » ! C’est d’ailleurs pourquoi les femmes se voient prescrire plus d’antidépresseurs que les hommes. En effet, les femmes ont 2 fois plus de risque de se voir diagnostiquer une dépression que les hommes. Elles rapportent aussi plus de symptômes d’anxiété que les hommes (est-ce parce qu’elles en parlent plus ?).(3) Par contre, la réponse au traitement pharmacologique semble moins bonne.(3)

Les auteurs d’une revue de 150 études cliniques publiées ont relevé que moins de 1% des 768 protocoles sur Clinicaltrials.gov (études en cours, pas encore publiées) sur la dépression indiquaient une intention de faire l’analyse différentielles des résultats par sexe.(4) Bref, on croit que la dépression est surtout féminine, mais on traite les femmes de la même façon que les hommes, sans chercher à comprendre cette différence. Où est la logique ?

Selon Dr Sylvie Demers, la dépression chez la femme durant la périménopause et la ménopause est souvent liée à une carence hormonale et peut, dans bien des cas, être soulagée par la prise d’hormones bio-identiques. Pour en savoir plus sur les travaux de Dr Sylvie Demers à ce sujet, lisez son livre Hormones au féminin publié en 2008 aux éditions de l’homme, ou consultez

http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Dossiers/ArticleComplementaire.aspx ?doc=menopause_hormones_bio_identiques_dre_sylvie_demers_repond_a_vos_questions_do

 

Médecine sexospécifique (5)

La médecine sexospécifique (gender-specific medicine) est l’étude de la façon dont les maladies diffèrent entre les hommes et les femmes en termes de prévention, de signes cliniques, d’approche thérapeutique, de pronostic et d’impact psychologique et social.

Par exemple, dans la maladie cardiovasculaire, les facteurs de risque n’ont pas la même signification pour les deux sexes. Un HDL (bon cholestérol) trop bas et des triglycérides élevés seraient plus importants comme facteurs de risque chez la femme que chez l’homme.(5)

Certains médicaments pour le cœur, comme des bêtabloqueurs (antihypertenseurs), seraient plus actifs chez l’homme que chez la femme. La petite aspirine pour bébé serait aussi plus efficace chez l’homme que chez la femme pour prévenir les AVC et les complications cardiaques.

La prévalence des maladies n’est pas non plus la même pour les deux sexes. Pensez à l’ostéoporose : elle est très fréquente chez la femme post-ménopausée (1 femme sur 4), mais est la moitié moins fréquente chez l’homme du même âge (1 homme sur 8).(6)

Recherche sexospécifique

L’état de la recherche sur le sujet varie beaucoup. Par exemple, en cardiologique, on estime que 22% des recherches publiées comportent un volet qui aborde la différence entre les sexes. Par contre, en règle générale, seulement 3 à 14% des études publiées rapportent une telle analyse.(7)

D’où vient le problème ?

Certains diront que la médecine est dirigée par des hommes, qu’elle est machiste. Peut-être…

Une autre réponse, beaucoup plus simple, provient de la méthode même des recherches en science de la santé : le statistiquement significatif. Depuis très longtemps, les chercheurs essayent d’éliminer de l’équation tout apport de l’effet du hasard dans leurs résultats.

Lorsqu’un sondage est publié dans les médias, on rapporte généralement qu’il a une marge d’erreur de 3%, 19 fois sur 20. Ce 19/20 représente l’apport du hasard. En science, on le nomme valeur P. Dans cet exemple, le sondage évalue la précision de ses résultats à +/- 3%, mais ces mêmes résultats peuvent être complètement dus au hasard (donc carrément dans le champ) 1 fois sur 20.

En médecine, pour minimiser l’effet du hasard, on prend un nombre de participants le plus grand possible et on les mélange pour former des groupes « identiques », qu’on ne peut plus distinguer. On parle alors de répartition aléatoire. En théorie, les résultats d’une étude utilisant cette répartition sont causés par la substance étudiée et non par une différence entre les groupes (groupes placébo et traitement).

Cette approche est valable, mais elle a pour effet pervers d’occulter les différences interindividuelles, même les plus importantes comme la différence entre un homme et une femme. Il faut donc que les chercheurs aient prévu leur protocole, dès le départ, pour qu’il inclue cette distinction dans les données finales, faute de quoi il n’est plus possible de séparer hommes et femmes.

La situation s’améliore-t-elle ?

Des chercheurs ont comparé les études publiées en 2004 et en 2009 pour évaluer si les dernières rapportaient mieux la différence entre les sexes. Leur conclusion : aucun changement.(8)

Le magasine Science et Vie a publié un dossier complet sur le sujet en juillet 2014.(9) Espérons que la conscientisation se fera et que chacun et chacune auront droit au traitement le plus approprié à leur réalité individuelle.

Une ressource québécoise pour les femmes

J’ai collaboré à plusieurs reprises avec un organisme qui me tient à cœur parce que je crois que les femmes sont aux prises avec une marchandisation de la santé, une médecine par trop masculine, et qu’elles sont souvent médicamentées et médicalisées sans vraiment qu’on leur donne toute l’information nécessaire pour prendre une décision éclairée. Cet organisme est le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF). Le RQASF (http://rqasf.qc.ca/) est un organisme de prévention et de promotion de la santé qui vise l’amélioration de la santé physique et de la santé mentale des femmes, des plus jeunes aux plus âgées, en tenant compte également des femmes marginalisées.

Jean-Yves Dionne, Pharmacien, expert conseil en produits de santé naturels www.jydionne.com Franchement Santé

POST-SCRIPTUM

SOURCES

  • Références: De Klerk GJ, Nieuwenhuis MG, Beutle JJ. Hypokalaemia and hypertension associated with use of liquorice flavoured chewing gum. BMJ. 1997; 314: 731­32. Bernardi M, D’Intino PE, Trevisani F, et al. Effects of prolonged graded doses of licorice by healthy volunteers. Life Sci. 1994; 55: 863­72. Keers R, Aitchison KJ. Gender differences in antidepressant drug response. Int Rev Psychiatry. 2010;22(5):485-500. doi: 10.3109/09540261.2010.496448. Review. PubMed PMID: 21047161. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21047161 Weinberger AH, McKee SA, Mazure CM. Inclusion of women and gender-specific analyses in randomized clinical trials of treatments for depression. J Womens Health (Larchmt). 2010 Sep;19(9):1727-32. doi: 10.1089/jwh.2009.1784. PubMed PMID: 20799923; PubMed Central PMCID: PMC2936499. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20799923 Baggio G, Corsini A, Floreani A, Giannini S, Zagonel V. Gender medicine: a task for the third millennium. Clin Chem Lab Med. 2013 Apr;51(4):713-27. doi: 10.1515/cclm-2012-0849. Review. PubMed PMID: 23515103. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23515103 http://www.osteoporosecanada.ca/losteoporose-et-vous/quest-ce-que-losteoporose/ Oertelt-Prigione S, Parol R, Krohn S, Preissner R, Regitz-Zagrosek V. Analysis of sex and gender-specific research reveals a common increase in publications and marked differences between disciplines. BMC Med. 2010 Nov 10;8:70. doi: 10.1186/1741-7015-8-70. PubMed PMID: 21067576; PubMed Central PMCID: PMC2993643. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21067576 Geller SE, Koch A, Pellettieri B, Carnes M. Inclusion, analysis, and reporting of sex and race/ethnicity in clinical trials: have we made progress? J Womens Health (Larchmt). 2011 Mar;20(3):315-20. doi: 10.1089/jwh.2010.2469. PubMed PMID: 21351877; PubMed Central PMCID: PMC3058895. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21351877 http://www.science-et-vie.com/2014/07/au-sommaire-science-vie-n1163/ - See more at: http://www.jydionne.com/la-guerre-des-sexes-pharmacologique/#sthash.z7MyKsG3.dpuf

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