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L’intelligence au repos, ou comment les moteurs de recherche anesthésient le libre arbitre
L'intelligence au repos, ou comment les moteurs de recherche anesthésient le libre arbitre
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8 octobre 2014
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AnneL, 1 article (Rédacteur)

AnneL

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L’intelligence au repos, ou comment les moteurs de recherche anesthésient le libre arbitre

L'intelligence au repos, ou comment les moteurs de recherche anesthésient le libre arbitre


Leader de la fonction recherche sur internet, et fournisseur de services satellites qui s’immiscent dans toutes nos activités quotidiennes, Google est devenu une superpuissance omniprésente dans notre rapport au savoir, à la mémoire et à la réflexion. Une suprématie qui n’est pas sans danger pour notre libre-arbitre… 

Google, le super-assistant de l’intelligence humaine

Internet a transformé des pans entier de l’activité humaine : travail, relations sociales, rapport au temps et à l’espace, accès à la connaissance… Dans la plupart des sociétés, le web est devenu le passage obligé, et quotidien, de l’exercice de notre intelligence. Et dans ce modèle, nous sommes accompagnés par un fidèle assistant, toujours présent : Google.

En effet, si le web offre potentiellement la possibilité d’accéder à une somme illimitée de contenus et de services, partout et à tous, force est de constater que Google s’est imposé comme celui qui régule l’accès à cet infini. Selon Médiamétrie, il s’agit en effet du site le plus visité en France, avec 15 millions de visiteurs uniques par jour. Plus de 9 recherches sur 10 sont effectuées via Google, ce qui le place en situation de quasi-monopole sur son activité historique. L’ensemble des sites du groupe –qui comprend aussi le géant Youtube– est numéro 1 de l’audience sur le web français.

Quant à ses services (Google docs, Gmail…), ils sont solidement implantés dans les habitudes, et les terminaux, des internautes. « Google veut devenir le système d’exploitation de nos vies, la société qui gère le flot de données de notre vie  », observe Siva Vaidhyanathan, professeur à l'Université de Virginie. A tel point qu’il est devenu le super-assistant de l’intelligence humaine, maître de l’organisation et de la hiérarchisation des savoirs et de la mémoire. Un comble quand les promesses du web reposaient surtout sur la diversité...

Le libre-arbitre soumis aux algorithmes et aux logiques économiques

D’ailleurs, Larry Page l’affirmait lui-même, sans complexe, au Monde : « notre ambition est d’organiser toute l’information du monde, pas juste une partie  ». Ne reste plus à l’internaute qu’à se servir sur ce plateau, préparé par Google, selon les logiques qui lui sont propres. Or, comme le souligne Pascal Perri, qui a publié un ouvrage sur Google (1), « pour beaucoup d’internautes, la porte d’entrée c’est Google et […] ce dernier monétise de plus en plus cher les meilleurs emplacements ». En bref, pour être bien placé, et donc visible, il faut payer.

Quant au fameux « algorithme » Google, censé assurer la pertinence des résultats, il reste la propriété, et l’objet, d’une entreprise commerciale qui en définit seule les règles. Arnaud Nourry, le PDG d’Hachette Livre, s’inquiète des conséquences de ce modèle à tendance monopolistique : « si on raisonne à 5 ans on a une vraie question : qui va contrôler les données des consommateurs ? […] Je ne voudrais pas que l’accès au consommateur soit bloqué par 2 ou 3 entreprises internationales », poursuit-il (3). Diego Février de l’agence web Nodevo va jusqu’à intituler un de ces articles « Google, la machine à penser », expliquant que « la particularité de Google fût de vendre des mots, oui des mots. Il fallait y penser. » (4). D’autant que, comme le dénonce Christine de Mazières dans le dernier rapport annuel du Syndicat National de l’Edition (2), « l’idéologie du consommateur est brandie par des puissants acteurs d’Internet qui ont des modèles économiques fondés sur la dévalorisation des contenus  ».

Source unifiée, libre-arbitre en danger

Or pour exercer notre libre-arbitre, il faut pouvoir être confronté à la pluralité des idées, des points de vue, et des sources. Et c’est ce dont la suprématie de Google risque de nous priver de plus en plus, à plus forte raison quand on sait que le web devient la première – voire l’unique – source d’information devant tous les autres médias. C’est d’ailleurs déjà le cas aux Etats-Unis chez les moins de 50 ans, comme le révèle la dernière étude PewResearch (5). Et finalement, « la simplification apparente d’accès à l’information par Google est un des multiples pièges dans lesquels tombent aujourd’hui les consommateurs des nouvelles technologies  », constate Christian Harbulot, le directeur de l'École de guerre économique (6), qui en déplore les effets sur l’esprit critique et la culture générale de ses étudiants.

D’où l’importance, cruciale, d’une véritable éducation à la société de l’information, qui, sans diaboliser le fabuleux outil que reste internet, valorise la diversité des sources, et les professionnels qui continuent à effectuer un travail sur les contenus – qu’ils soient ensuite mis à disposition hors ligne, ou en ligne. Les éditeurs par exemple, restent un bon exemple de filière qui a conservé son rôle de gardien et promoteur de la qualité et de la pluralité culturelle. Arnaud Nourry l’explique : « notre rôle, dans ce contexte informationnel en mutation, consiste à lutter contre le risque de l’uniformisation des contenus en continuant, comme nous l’avons toujours fait, à découvrir, soutenir et promouvoir nos auteurs - et donc la création  ».  Les journalistes restent aussi une voix à écouter : Christian Harbulot conseille d’ailleurs à ses étudiants… d’écouter la radio. Et cela peut se faire en FM… ou en streaming.

Car ce n’est pas parce que Google tend à anesthésier notre libre-arbitre, que nous sommes contraints de rester passifs. En matière culturelle, le danger des monopoles n’est pas nouveau, et ne sait être évité que grâce à la vigilance et à l’éducation de chacun sur les risques, et les opportunités, des outils qui véhiculent de l’information.     

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