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« Je voudrais m’endormir pour ne plus me réveiller »
« Je voudrais m'endormir pour ne plus me réveiller »
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30 novembre 2010
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Tichote, 28 articles (Rédacteur)

Tichote

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« Je voudrais m’endormir pour ne plus me réveiller »

« Je voudrais m'endormir pour ne plus me réveiller »

Ces mots murmurés par maman, alors que je lui caresse doucement le front et les cheveux, sont plus que le souhait d’une personne usée par la maladie et le chagrin.

Ils sont une promesse. Consciemment ou inconsciemment, son corps, désormais, œuvre tout entier vers cette issue fatale.

Les effets d’Alzheimer sont désormais masqués par une léthargie profonde. Son corps recroquevillé dans son lit, son regard vide, son visage creusé par une sous alimentation irréversible, ses lèvres desséchées par une adipsie devenue chronique dresse le tableau d’une femme épuisée et vaincue.

Les médecins parlent d’un phénomène de glissement qui se manifeste par une détérioration rapide de l’état général d’une personne âgée. « On appelle « syndrome de glissement » les signaux qui révèlent le désengagement que connaissent parfois les vieillards à l’égard de la vie, comme le refus de se lever ou de sortir, de se laver ou de s’alimenter, de recevoir des soins médicaux ou de communiquer. Il y en a qui ne parlent plus, se laissent mourir pour faire échec à une mort annoncée »

« Etre ou ne pas être » : Ce monologue d’Hamlet que m’a laissé ma fille avant de se donner la mort m’obsède depuis tant de jours, tant de nuits.

Maman est-elle aussi suicidaire ? Oui, elle a cette volonté obsédante d’en finir avec la vie qui n’est plus que souffrance, et pourtant elle ne fait aucun acte volontaire la poussant à l’issue fatale.

Si elle ne mange plus, ce n’est pas faute d’essayer d’avaler la nourriture que je lui présente. Elle la tourne, et retourne dans sa bouche, la malaxe dans un effort désespéré sans parvenir à l’absorber. Seules quelques cuillerées de soupe forceront le passage.

Fréquemment je la fais boire, et elle trempe docilement ses lèvres dans les boissons énergétiques que je lui propose. Des hauts le cœur l’envahissent alors, lui infligeant de nouveaux efforts tellement douloureux.

Que faire ? Insister deviendrait une maltraitance…Alors, coupablement, je reprends le simple verre d’eau qui est à son chevet, et j’humidifie ses lèvres à l’aide d’un linge mouillé.

Maman prend ma main offerte dans sa main. C’est un contact froid, effrayant par le contraste avec mes mains si chaudes. Un timide sourire s’esquisse sur ses lèvres et dans un murmure : « tu as chaud, c’est si bon… »

Non ce n’est pas un suicide, c’est une mort attendue, espérée. C’est un esprit qui décide que l’heure de la fin est enfin venue. C’est une rupture avec une vie de docilité et d’abnégation. Bravant le cynisme d’une mort insensible qui choisira son heure, maman ose pour la première fois dire non, elle s’oppose, elle décide… La mort est appelée, elle ne sera pas subie, elle sera accueillie avec reconnaissance.

Que mes larmes coulent discrètement lorsque je la prends dans mes bras, qu’aussitôt j’en efface les traces, que je refuse tout au fond de mon cœur de perdre ma maman et qu’en face d’elle mon sourire apaisant l’accompagne dans son dernier combat…C’est toute l’ambivalence de ces moments tragiques…

Voler encore un peu de ce temps désormais compté pour te caresser tendrement…

Je t’aimerai toujours !

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