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Interview d’Alice Miller, la Psy des Enfants Maltraités
Interview d'Alice Miller, la Psy des Enfants Maltraités
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5 mars 2010
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Bubul01, 5 articles (Rédacteur)

Bubul01

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Interview d’Alice Miller, la Psy des Enfants Maltraités

Interview d'Alice Miller, la Psy des Enfants Maltraités

Alice Miller qui a fait des recherches sur les maltraitances des enfants et leurs conséquences insoupçonnées et invisibles à l’âge adulte a répondu dans une interview à des questions intéressantes qui montrent où en est la prévention des maltraitances dans le monde et comme ce sujet est ignoré par la société, les médias, les politiques et même le Pape qui pourtant prône la tolérance et la paix, mais sans vouloir dénoncer l’origine et les causes de cette violence issue de l’enfance.


 

 

 

1. Comment définissez-vous la notion de "maltraitance des enfants" ?

Pour moi il s’agit de maltraitance quand un enfant n’est pas respecté, est humilié, trompé ou abusé sexuellement. D’ailleurs, dans tous ces cas on ne me contredit que rarement. Par contre, je n’arrive pas à informer les parents sur le fait que frapper un enfant constitue un cas de maltraitance qui n’est pas dénué de conséquences. Partout on appelle cette pratique "éducation". On pratique les châtiments corporels depuis des millénaires et on les considère comme une manière d’éduquer au mieux les enfants. Presque tous les parents d’aujourd’hui ont été battus quand ils étaient enfants et malheureusement ils étaient obligés d’apprendre très tôt de leurs parents que cette pratique était inoffensive et juste. Alors, cette "connaissance" erronée est enregistrée par le cerveau et la plupart des gens ont de la peine à l’effacer. Comprendre le contraire, cela signifierait de remettre en question leurs propres parents et cela effraierait la plupart des gens. Ils s’attendent à être punis justement parce que la vérité était interdite à l’enfant.

2. Comment voyez-vous le rôle des religions / Eglise concernant la maltraitance des enfants ?

Dans toutes les religions que je connais, je constate l’obligation de respecter les parents et les ancêtres même si ceux-ci ont brutalisé leur enfant. Presque tout le monde accepte cette obligation, même s’il faut payer de sa santé pour cela, car le corps ne comprend pas la morale. Il ne peut pas mentir, il a mémorisé les souffrances et nous pousse à respecter sa vérité. Sans se mentir à soi-même on ne peut pas aimer et respecter les personnes qui nous ont tourmenté pendant des années.

3. Quelles expériences avez-vous fait avec des représentants de l’Eglise en ce qui concerne ce sujet ?

Comme vous le savez, j’ai écrit des lettres au Pape actuel et à son prédécesseur et aussi à certains cardinaux, dont le cardinal Lustiger. Mais je n’ai reçu que des réponses évasives. Je leur avais demandé d’informer les jeunes parents sur les conséquences dangereuses de la violence faite aux enfants dès leur plus jeune âge. Car il est prouvé scientifiquement que cela provoque des lésions dans le cerveau. PERSONNE ne montre le moindre intérêt ou une trace de pitié pour des millions d’enfants battus. Je me suis sentie tout à fait déplacée comme si j’avais voulu donner une recette de cuisine pour un dîner excentrique. Les détails de ces correspondances sont décrites dans mon livre Libres de savoir.

4. Comment se répercute la maltraitance des enfants sur la société ?

Les enfants d’aujourd’hui seront les citoyens de demain. Ils n’ont pas pu se défendre contre les agressions de leurs parents, ils étaient en détresse, ils devaient réprimer profondément leur colère pour éviter de nouveaux coups/punitions. Mais devenus adultes cette colère se réveille et s’adresse en particulier à leurs propres enfants, mais aussi à d’autres personnes qu’on peut utiliser impunément comme boucs émissaires. Dans une position supérieure il est même possible de manipuler un peuple entier pour déverser sa colère accumulée envers des millions de personnes. Dans mon livre "Abattre le mur du silence" j’ai pris l’exemple de Ceausescu en m’aidant de nombreux détails du fonctionnement de son régime en Roumanie. De nombreuses personnes répriment leur colère envers les autres, mais s’auto punissent pour ce qu’on leur a fait, comme ils ont appris dans leur enfance et comme leurs religions les y obligent. Ils tombent malades, sont dépendants de drogues et médicaments et souffrent de dépressions. Ils s’en accommodent pour ne jamais accuser leurs parents.

5. Une enquête américaine a trouvé récemment que les enfants battus présentent un QI inférieur à la normale. De même, les recherches actuelles sur le cerveau ont prouvé que les centres nerveux responsables de l’empathie sont endommagés lors d’un choc survenu au cours des trois premières années. Depuis 30 ans vous écrivez dans vos livres qu’il est extrêmement dommageable de frapper les enfants – contre l’opinion de la société pour qui "une petite fessée ne fait pas de mal". Comment avez-vous découvert cela déjà à cette époque ?

Pendant 20 ans j’ai écouté mes patients comme psychanalyste mais sans les "œillères de Freud" et j’ai constaté, stupéfaite, qu’ils avaient TOUS été des enfants maltraités. Adultes, non seulement ils le nient mais de plus ils prennent la défense de leurs parents contre TOUT reproche. Ce mécanisme m’avait beaucoup préoccupée à cette époque. Je lisais des biographies des personnes célèbres pour continuer mes recherches et presque sans exception je trouvais partout le même modèle : un déni total de sa propre souffrance subie dans son enfance, non seulement chez les tueurs en série et dictateurs mais aussi chez des artistes, écrivains et philosophes. Plus tard j’ai démontré ce mécanisme dans mes livres C’est pour ton bien et Notre corps ne ment jamais .

6. Dans votre livre C’est pour ton bien vous avez fait des recherches en mettant en relation la cruauté d’Hitler avec ce qu’il avait subi dans son enfance. A quelle conclusion êtes-vous arrivée ?

En travaillant sur la biographie d’Hitler j’ai découvert pour la première fois le danger énorme de nier une enfance extrêmement cruelle. Mais cela serait trop long à expliquer, il faudrait lire mon livre pour me comprendre vraiment.

NDR : Voir les articles "Adolf Hitler : Comment un Monstre Peut Il Réussir à Aveugler une Nation ? " et "Les conséquences politiques de l’abus de l’enfant" d’Alice Miller traduits en français depuis l’anglais qui évoquent ce sujet de manière plus détaillée

7. Vous avez aussi mis en relation les œuvres des écrivains célèbres comme Schiller, Nietzsche, Proust, Rimbaud, Kafka et d’autres avec les événements vécus dans leur enfance, et vous avez constaté quela littérature représente une description codée des drames au cours de l’enfance. C’est un point de vue inhabituel sur l’art. Voyez-vous ces interactions aussi chez d’autres artistes et dans les formes de leur art ?

Oui, je les constate dans toutes les biographies accessibles. Car il est logique que les enfants apprennent très tôt à copier l’exemple de leurs parents. Alors, s’ils subissent la violence en tant qu’enfant, ils auront tendance à la reproduire dans leur vie. Comme il est interdit à l’enfant d’appliquer l’apprentissage de la violence, ils peuvent même briller par leur obéissance à la manière d’enfants particulièrement sages. (Rudolf Hess, le commandant d’Auschwitz l’avait lui-même affirmé dans son témoignage). Ce n’est que plus tard qu’ils montrent l’histoire totalement refoulée et à laquelle ils ont survécu. Les artistes la racontent d’une façon codée tout à fait inconsciemment. Mais mes recherches sont encore une connaissance taboue, dans la mesure où, jusqu’à présent, personne ne les a poursuivies, l’ignorance reste toujours universelle. Par exemple après une agression tragique telle que les Amok à l’école TOUS les gens affirment sans la moindre hésitation qu’ils ne comprennent absolument pas les motivations de ces crimes atroces. Nulle part n’est mentionné dans la presse ce que ces tueurs ont vécu dans leur enfance. Dans tous les cas, les médias ne se préoccupent pas d’informer les lecteurs sur l’origine de cette violence (et de l’éventuelle responsabilité des parents durant l’enfance).

8) Vous êtes vous-même artiste peintre et vous vous êtes servie de vos tableaux publiésdans votre livre Bilder meines Lebens (pas encore traduit en français) ainsi que sur votre site Internet, comme moyen d’exprimer ce que vous avez vécu dans votre enfance. Comment le monde de l’art a-t-il réagi à cette forme décodée d’accomplissement de l’enfance ?

Jusqu’à présent presque personne n’a abordé ce sujet. On s’est contenté d’approuver mes capacités artistiques. Comme s’il y avait une conspiration qui interdisait de parler de l’enfance. Derrière tout cela je suppose qu’il s’agit de la peur de l’enfant qui est dans chacun de nous, la peur d’être puni par nos parents si nous nous permettions de remettre en question leurs actes.

9) Souvent on conseille aux adultes ayant été maltraités dans leur enfance de pardonner à leurs tortionnaires. Les religions l’enseignent ainsi que la plupart des idéologies psychothérapeutiques. Vous contredisez cela dans vos livres. Pourquoi ?

Comme je l’ai déjà dit : le corps ne comprend rien à la religion et à la morale. Si nous ignorons ses expériences de cruautés, nous paierons notre trahison de nous même avec des maladies ou nous la ferons payer à nos enfants ou nous ferons les deux. Pardonner ne guérit pas les blessures, celles-ci guériront si nous admettons la vérité douloureuse, et évitons de nous mentir à nous même. Il faut découvrir les blessures afin de les guérir et non pas les cacher. Certains prêtres abusent sexuellement des enfants (inconnus) parce qu’ils refusent d’admettre qu’ils ont été abusés de la même manière dans leur enfance. Tous les matins ils pardonnent complètement à leurs pêcheurs et ne se rendent pas compte qu’ils sont poussés par la contrainte de répéter le vécu d’autrefois tout en le niant. S’ils confrontaient l’histoire de leur propre enfance et s’insurgeaient contre par une thérapie dévoilante, ils ne seraient pas forcés de mettre en danger la vie de leurs enfants de chœur. Je décris ce concept de thérapie dans mes deux derniers livres, en particulier dans Ta vie sauvée enfin .

10) Depuis quelques années il y a une prétendue nouvelle maladie, le "False-Mémory-syndrome", en français la "fausse mémoire" ou "pseudo mémoires". Pensez-vous qu’il est possible que quelqu’un puisse s’imaginer avoir été maltraité pendant son enfance ?

Non, car notre organisme fuit plutôt les douleurs et ne les invente jamais. Quant à la « False Mémory" fondation, il s’agit d’un lobby de riches parents, fondé dans les années 80 aux Etats Unis. Ces parents ont poursuivi en justice des thérapeutes quand leurs enfants devenus adultes s’étaient souvenus des abus sexuels commis par leurs propres parents et qui ont été révélés pendant des séances de thérapie. Malheureusement, de nombreux thérapeutes ont été intimidés et cela expliquerait que la réalité de l’enfance est à peine traitée dans les thérapies proposées aujourd’hui.

11) Depuis il est apparu que cette supposée invention n’était pas du tout vérifiée scientifiquement. Pourquoi s’est-elle propagée dans cette mesure ?

Justement parce qu’il s’agit du REFUS de la vérité. Une telle attitude est bienvenue partout.. L’action de cette fondation est en train de se faire connaître avec un certain succès en Allemagne et en France. Cela fait penser à l’époque où Sigmund Freud a enterré sa découverte de l’abus sexuel, et l’a remplacée par le complexe d’Oedipe, afin de pas avoir à craindre son père qui "avait probablement fait partie des pervers" (citation d’après Freud, dans mon livre L’enfant sous terreur).

12) Vos livres ont un gros tirage et sont traduits en 30 langues. Pourquoi, malgré tout, vos découvertes n’ont-elles pas été adoptées ?

Car je ne propose comme conseil que de se confronter avec sa propre enfance, mais les gens préfèrent d’autres solutions, surtout si leur enfance était très cruelle. Par contre, les personnes qui ont le courage de l’envisager au lieu de se laisser embrouiller par n’importe quelle thérapie épargnant les parents, découvrent en fait des mines d’or dans leurs propres histoires, des clés pour comprendre leur vie entière. Grâce à cette découverte de la vérité, elles perdent des symptômes souvent très graves comme les dépressions et les troubles alimentaires. Bien sûr, c’est un travail douloureux, mais cela en vaut la peine.

13) Quels changements dans notre société faudra-t-il pour que la chaîne de la transmission de la violence d’une génération à l’autre soit cassée ?

Avant tout, il faut informer les gens sur la dynamique de la violence et sur la transmission de la violence entre générations. En alertant les papes, j’ai espéré provoquer une prise de conscience ainsi qu’un désir de protéger les enfants. Une seule déclaration du Vatican permettrait d’informer les jeunes parents. Mais rien de pareil ne s’est produit. Pourtant, le fait de maltraiter les enfants cause bien des malheurs. L’enfant battu perd sa boussole naturelle. Par contre, une interdiction rigoureuse permettrait de réveiller les consciences afin que chaque enfant d’une part soit RIGOUREUSEMENT respecté par ses parents et d’autre part qu’il soit protégé par l’Etat, ce qui éviterait dans le futur des guerres et dictatures.

14) Ne nous sommes-nous pas finalement approchés de cet objectif ?

Malheureusement, non. Aux Etats Unis il y a encore vingt états qui autorisent les châtiments corporels à l’école, contrairement à la Constitution des Etats- Unis qui garantit la sécurité et la protection de CHAQUE citoyen. Il n’y a que peu de gens qui remettent en question l’utilisation des châtiments corporels à l’école. .Pourquoi les enfants, ne sont-ils pas sous la même protection que les autres citoyens ? D’autant plus que les lésions provoquées par des coups endommagent leur cerveau, tandis que l’adulte blessé dispose déjà d’un cerveau pleinement développé et risque moins de dégâts qu’un enfant. La réflexion sur ces questions est encore à faire.

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