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Hoarding : conserver c’est bien, amasser c’est trop !
Hoarding : conserver c'est bien, amasser c'est trop !
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10 décembre 2012
Auteur de l'article
Pr. Antoine Pelissolo, 41 articles (Psychiatre)

Pr. Antoine Pelissolo

Psychiatre
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Hoarding : conserver c’est bien, amasser c’est trop !

Hoarding : conserver c'est bien, amasser c'est trop !

Parmi les comportements dont on ne parle pas et qui gâchent pourtant la vie de nombreuses personnes, figure un syndrome bien étrange que les psychiatres nomment aujourd’hui le « hoarding ». La traduction française est l’amassage ou l’accumulation pathologique (syllogomanie).

Le problème se situe en général à l’intérieur d’un appartement ou d’une maison comme les autres, dont l’occupant ne semble pas plus anormal que vous et moi (façon de parler…). Mais la particularité de son logement est que, généralement, personne ne peut y entrer. Du fait d’un sentiment de culpabilité voire de honte intense, ou de problèmes d’encombrement de la plupart des pièces, le (ou la) « hoarder », qui vit seul le plus souvent, ne reçoit plus de visiteur depuis des années. S’il en a, il voit ses amis à l’extérieur. Il redoute et cherche à éviter toutes les occasions qui l’obligeraient à ouvrir sa porte à des personnes étrangères, comme un dépanneur, un plombier, un livreur, etc. Ce qui fait que, d’années en années, le logement est de plus en plus mal entretenu, avec de nombreux appareils en panne, des pièces insalubres, parfois plus d’électricité, etc. L’accumulation et le désordre peuvent envahir toutes les pièces dont la chambre, la salle de bain, la cuisine, mais aussi les balcons ou le jardin. Il existe des formes très particulières de hoarding, comme « l’accumulation » d’animaux domestiques (chats, chiens, oiseaux, etc.).

 

Les causes et les formes du hoarding peuvent être très diverses. Il peut s’agir tout d’abord d’un type de trouble obsessionnel-compulsif (TOC), lié à l’incapacité à jeter les choses (peur de perdre des papiers ou des pièces importantes, procrastination de rangement, besoin de trier et vérifier, etc.) ou à une obsession de la collection (tout garder, « au cas où », conserver). Il s’agit alors en général d’objets ayant au départ un certain intérêt pour la personne, comme des livres, journaux, objets, vêtements, etc. Ils sont parfois très bien classés et rangés, mais occupent beaucoup de place. En général cependant, par manque de temps et de sélection, ils s’entassent sans pouvoir être utilisés car en désordre complet. Et puis, il existe une forme de hoarding actif qui s’apparente à de la récupération, avec un objectif de recyclage et de bricolage. Il s’agit de personnes qui stockent tout un tas d’objets voire de déchets trouvés dans la rue ou ailleurs (planches, ferrailles, ustensiles, etc.), pour en faire quelque chose, théoriquement. Mais, là aussi, elles sont vite dépassées, incapables de gérer leurs stocks qui deviennent inutilisables. Il existe des syllogomanies "pures" mais aussi des formes d’amassage ou d’entassement secondaires à d’autres problèmes psychiatriques, comme la dépression, l’alcoolisme, la schizophrénie, ou encore des démences des personnes âgées (syndrome de Diogène).

 

Comme beaucoup de conduites pathologiques, les comportements de hoarding correspondent probablement au dérèglement et à l’amplification de réflexes très archaïques héritées de l’évolution humaine, notamment d’une époque préhistorique où il était utile de conserver certaines choses pour garantir la survie en cas de manque de nourriture ou d’isolement. Ceci explique probablement que, malgré une intelligence normale et l’absence apparente d’autres problèmes psychologiques, les personnes souffrant de hoarding n’ont pas toujours entièrement conscience de leurs excès et en arrivent à des extrémités étonnantes. De même, lorsqu’elles acceptent de se faire aider, les résultats thérapeutiques sont toujours difficiles à obtenir, avec des rechutes très fréquentes. Une prise en charge comportementale est souvent bénéfique, avec un accompagnement « de terrain » et sur la durée. Les traitements prescrits dans les TOC (antidépresseurs surtout) peuvent également apporter une aide. Mais cette pathologie demeure souvent mystérieuse et résistante, ce qui pousse des chercheurs en psychiatrie et neurosciences à s’y intéresser depuis quelques années.

Pr Antoine PELISSOLO, psychiatre
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Mots-clés :
Psychologie Logement