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Et si l’amour devenait une drogue ?
Et si l'amour devenait une drogue?
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18 février 2011
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Malinka, 3 articles (Rédacteur)

Malinka

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Et si l’amour devenait une drogue ?

Et si l'amour devenait une drogue?

Tomber amoureux est, de tout temps, la plus belle source d’extase et de plaisir. Hédonismes et quête d’épanouissement, couronnent les préoccupations de notre temps. Société de la liberté et de l’indépendance, et si, de l’amour, on (re)devenait dépendant ?

Ah l’amour… On le file, on le divine, on l’attend, on y tend, on s’en inspire, on s’y déchire, on s’y étend à en mourir. Mystifiés par poètes et acteurs, objet d’extase et de douleur, l’amour passion existe depuis tout temps, et continue actuellement à faire parler artistes, scientifiques, ou autres spécialistes sur ce sujet qui ne peut s’épuiser.

Amour passion, amour tranquille, ou « simple » attachement gagné avec le temps… Cette distinction ne peut être manquée. Ce clivage s’est vu démontré les siècles derniers dans romans, films, et scénarios de la scène théâtrale. On y a vu clairement dessinés une distinction assez tranchée entre mariage lassant, et folie des amants.

Qu’en est-il maintenant ? Les divorces restent très fréquents, les règles sociales s’amoindrissent, les limites s’affaiblissent, les habitudes se muent en désoeuvrement. La recherche du bonheur personnel et celle du plaisir amoureux tendent à se confondre. On cherche l’épanouissement, non sans préjudices sur notre préjugé altruisme. L’amour, toute la vie, ça existe ?

Oui, vu sous l’angle de l’attachement. La fidélité, chez l’homme, est programmée génétiquement. En effet, l’ocytocine loin d’être libertine, vise la constance, la solidité du tandem. Avec le temps, le plaisir amoureux s’épuise, insidieusement, remplacé par l’attachement. C’est le prix de la sécurité. Prix Nobel de la nature, l’amour comme une armature. L’ocytocine prend le relais de la dopamine : hormone de l’attachement versus hormone du plaisir... Laquelle choisir ?

L’ocytocine nous amène donc, par ses vertus enlaçantes, à se blottir par delà les années auprès de la même personne, faire des enfants, les élever, solidement, puissamment, pour une espèce humaine perdurée...

Mais de nos jours, de quel danger nous protéger ? La visée purifiée de l’amour qui nous a précédé se voit se transformer en nécessité plus sociale et psychologique, qu’en bouclier d’agressions dépassées.

N’ayant plus à se préoccuper des périls environnants, si ce n’est du terrorisme (du fait des politiques) et des problèmes d’argent, notre esprit ainsi libéré s’aventure dans des chemins inespérés, visant à s’épanouir et à se faire plaisir. Seuls responsables de nos vies, nous brandissons fièrement notre nouvelle indépendance, notre droit à la satisfaction et à la réjouissance. Seulement voilà, le plaisir ne dure pas. Sensation éphémère, il semble avoir mimé ce bonheur tant recherché. Consommation de toxiques, effervescence des addictions comportementales, autant de formes de dépendances au plaisir, qui ne font qu’étouffer un questionnement existentiel présent plus que jamais. Eh oui, cette responsabilité si fièrement brandie, cette révolution de l’épanouissement personnel au détriment des lois traditionnelles, a un prix. Celui d’un questionnement permanent, d’une perte de repères, de plus en plus invalidante, où l’espoir d’être « heureux » continue à nous guider.

Quoi de plus satisfaisant alors, quoi de plus bienheureux, peut-il nous arriver que de tomber amoureux ? Que connaît-on comme plaisir plus puissant ? Seulement voilà, l’amour ne nous tombe pas dessus comme ça. Alors en attendant, on lui cherche un semblant, consciemment ou inconsciemment. Martin travaille trop au boulot, Judith passe son temps dans les boutiques, Félicien se la jour Don Juan contemporain. En d’autres mots plus scientifiques, les workaholic, les shopping-addict, les addictions sexuelles vont bon train. La toxicomanie aussi. Si le mécanisme utilisé n’a pas le même sens pour chacun, le finalité se confond : recherche de sensation, recherche de nouveauté, médiées par la dopamine en particulier.

Les scientifiques s’y sont penchés… dans notre cerveau, circuits neuronaux et molécules de l’état amoureux ressemblent de près à ceux mis en jeu dans les conduites de dépendance. En tête de gondole, la dopamine. Molécule du plaisir et de la récompense. Celle qui s’embrase à l’état amoureux, qui bouillonne lors de l’acte sexuel, s’excite grâce à l’héroïne ou la dernière jupe achetée dans la boutique la plus hype du quartier. Quelle fille n’a pas déjà dit : « je suis tombée amoureuse de la petite robe noire du comptoir des cocotiers ? ».

Ainsi, le plaisir, à la base destiné à initier des comportements visant à combler ses besoins et nécessités (principalement manger, et se reproduire), est devenue une quête en soi. La frustration est fuie. L’amour ne se commande pas, il fait beaucoup parler, mais on n’arrive, Dieu merci, toujours pas à le maîtriser. Alors on s’abonne à d’autres plaisirs, parfois au détriment de nous-mêmes, parfois au détriment des autres. Ces autres dont on a plus besoin que jamais. Là, est le paradoxe contemporain. Besoin d’amour masqué par la chasse aux plaisirs, dépendance affective à combler. Sommes-nous dans l’ère des love-addicts ?

A suivre...

M'ka

SOURCES

  • Reynaud M et al. (2010) Is love passion an addictive disorder? Am J Drug Alcohol Abuse, Sep;36(5):261-7.
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