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Dire non à son patron ? C’est vital !
Dire non à son patron ? C'est vital !
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19 décembre 2012
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Hakima T., 2 articles (Rédacteur)

Hakima T.

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Dire non à son patron ? C’est vital !

Dire non à son patron ? C'est vital !

Autant il est facile d’envisager de dire "non" dans le cercle privé, autant il est angoissant pour la plupart d’entre nous de l’appliquer dans le monde du travail. Et pourtant, c’est la clé pour se sentir mieux, être mieux respecté, mieux apprécié par les autres et réussir ses relations professionnelles. Cependant, dire non demande un apprentissage dans la forme et une conscience du but recherché en le faisant.

Au travail, on est sollicité par des collègues et surtout... son patron, auquel on n’ose pas dire non en général, de peur de la sanction, voire du licenciement. Le contexte économique renforce cette peur, qui elle-même engendre des situations de stress et de tension.

Pour situer la limite entre ce que l’on est obligé de faire et ce qui relève d’une acceptation librement consentie de certaines contraintes, examinons déjà l’aspect juridique du sujet avant d’aborder l’aspect psychologique.

 

Subordination, oui... mais dans les respect du contrat de travail

 

Dans le travail, nous sommes liés à notre employeur par le lien de subordination, explicitement évoqué dans le code du travail. Ainsi, l’employeur est en droit de vous demander d’exécuter les tâches relevant de votre qualification et dans le cadre du contrat de travail : Lieu de travail, jours de travail, horaires, etc.

Dès lors qu’il sort du cadre de votre contrat de travail, il est en tort.

Ainsi, il ne peut pas vous demander de travailler la nuit ou le dimanche sans votre accord express si ce n’est pas mentionné dans le contrat de travail. Ni vous envoyer travailler dans une autre ville, si votre contrat ne mentionne pas de clause de mobilité.

Il doit non seulement vous verser la rémunération convenue, mais il doit aussi respecter votre qualification, qui est un élément dit « essentiel » du contrat de travail. La qualification correspond à un emploi, un titre, et un contenu en termes de missions et tâches. Ainsi, il ne peut vous imposer des tâches qui n’entrent pas dans la définition de votre emploi – tel que stipulé dans le contrat. La cour de cassation a ainsi sanctionné un employeur qui avait obligé une assistante commerciale à faire de l’accueil physique, alors qu’un emploi d’hôtesse d’accueil existait par ailleurs dans la nomenclature des emplois de l’entreprise. 

Vous pouvez refuser de travailler plus de 10 heures d’affilée, ou de revenir sur votre lieu de travail moins de 11h après l’avoir quitté. En vous le demandant, votre patron est en infraction avec le code du travail et il risque de se retrouver au pénal. 

Attention cependant à ne pas dire « non » à un travail qui rentre dans le cadre de votre contrat. Ce serait de l’insubordination, qui constitue un motif sérieux de licenciement. Ainsi, par exemple, une secrétaire qui refuse de taper un document ou de planifier une réunion pendant ses heures de travail, alors que sa charge est normale, risque la sanction.

Mais au-delà du droit, tout abus dans l’organisation du travail qui crée du mal-être et de la souffrance chez les salariés peut être épinglé par les juges des prud’hommes, même si cela reste dans les limites du droit. Mettre trop de pression sur ses cadres, imposer des cadences infernales, mettre en place une organisation qui génère trop de stress est condamné aujourd’hui par les tribunaux. Plusieurs arrêts de la chambre sociale de la cour de cassation vont dans ce sens.

Bien sûr, direz-vous, c’est bien beau la théorie, mais dans le contexte économique actuel, comment refuser sans passer pour procédurier ou se faire virer à la moindre occasion ? 

Il ne s’agit pas d’être vindicatif et de pinailler au moindre écart. 

Il faut habituer votre employeur, avec diplomatie, à respecter vos droits. Le problème est qu’il faut trouver une juste mesure entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Ce ne sont pas les salariés qui acceptent « tout » qui se font le moins licencier, au contraire. C’est un constat d’expérience.

Il faut certes instaurer une bonne relation avec votre employeur, mais pas au prix de votre bien-être psychique ou physique et de votre respect de vous-même. Le mal-être au travail vient parfois d’une attitude de mésestime de soi-même.

 

La dévalorisation de soi-même

 


Les psychologues le savent bien : l’incapacité à dire « non » provient en général d’un manque d’estime de soi, qui remontre souvent à des blessures d’enfant. Lorsque l’enfant est en phase de créer son identité, s’il n’a pas reçu d’approbation, d’attention, qui ont pu « valider » son expression, ses actions, voire son opposition, il en retire la conclusion qu’il n’est pas « bien » et n’a pas de valeur ou pas assez.

Le « non » » est d’ailleurs souvent réprimandé chez les enfants ou peu accepté par les parents ou l’entourage de l’enfant. Ce qui peut expliquer que tant de gens ont du mal à dire NON une fois adultes.

L’enfant, pour compenser, va parfois cesser de se manifester, de s’exprimer, de s’opposer, par crainte du rejet. C’est une attitude de défense, de protection qui se trouve dans le cerveau le plus basique de l’être humain. On se cache, on s’efface pour ne pas générer le danger du rejet. L’enfant est dépendant des parents – ou des figures faisant office de parents- pour survivre (se nourrir). L’enjeu est fort et vital. Plus tard l’adulte a tendance à se remettre dans les mêmes situations, jusqu’à ce qu’il prenne conscience de ce schéma inconscient qui le fait agir. Il développera une personnalité « adaptée » qui ne crée pas de vagues, se laisse maltraiter et accepte tout.

Cette mésestime de soi adresse des signaux infra verbaux autour de la personne : Attitude, timbre de voix, regard, comportement etc. Les autres, y compris le patron, perçoivent inconsciemment cette peur et vont s’appuyer dessus pour dominer et abuser de leur « pouvoir ». Il faut retenir que ce pouvoir n’existe que parce que la personne en manque d’estime de soi le donne aux autres. Tout cela se passe dans des dialogues inconscients, entres cerveaux limbiques primitifs. En termes plus triviaux, les rapports humains sont souvent des luttes de pouvoir sous la surface policée de rapports sociaux bien cadrés. 

Si vous donnez des signaux de peur, vous attirez les prédateurs. Le patron est en position favorable a priori pour en abuser même inconsciemment. Il va davantage demander des choses impossibles à des salariés « faibles » qu’à des grandes gueules, qui ne se laisseront pas faire.

 

Cessez de vous dévaloriser et endossez l’habit du « dominant »

 


La conséquence première d’un manque d’estime de soi est que les autres finissent par vous traiter de cette même façon. Vous vous estimez faible, coupable, sans valeur. Et les autres vous voient de même, c’est logique. Nous communiquons même sans parler. Comment alors dire non ?

Cependant, avant de dire non, il faut faire un travail sur soi-même, développer son assertivité. On ne peut demander à une biche apeurée d’aller affronter le lion comme cela, sans préparation, sans stratégie.

Plusieurs stratégies sont possibles : 

D’abord, étape incontournable pour ne pas se ramasser à la première tentative : Prendre conscience de votre attitude ; ce qui se passe quand vous voudriez dire « non » mais que vous dites « oui ». Quelles émotions, quels ressentis avez-vous ? L’idéal serait d’avoir un petit journal pour noter les situations et les émotions qui vous viennent. Si vous ne voulez pas que quelqu’un tombe dessus, laissez-le chez vous.

Se créer un réseau de soutien. Parlez autour de vous de vos problèmes de surcharge ou si votre employeur bafoue vos droits : collègues, médecin du travail, psychologue. Prenez conseil, ne restez par seul. En faisant cela, vous envoyez déjà des signaux disant « non ».

Ensuite, testez le « non » dans des situations à moindre risque, avec un collègue, un ami. Puis une fois que vous avez « installé » une meilleure estime de vous, tentez le « non » à votre patron en ayant bien analysé la situation.

 

Temporiser et s’entraîner

 

Le chemin pour apprendre à dire non de façon affirmée est parfois long. Les rechutes peuvent survenir. Lorsqu’une personne vous demande quelque chose et que vous avez envie de dire non, il arrive que vos anciens réflexes, ceux de l’enfant blessé, vous envahissent. 

Vous dites alors oui et vous vous sentez ensuite en colère contre vous-même et la personne qui vous a sollicité.

Apprenez à ne pas répondre tout de suite. Dites seulement : « je ne peux pas te répondre maintenant, laisse-moi réfléchir ».
Ensuite, si vous répondez non, expliquez votre décision , mais ne vous excusez pas et surtout ne vous justifiez pas. La justification vous maintient dans les vieux schémas. En vous justifiant, vous dites à l’autre que vous n’avez pas le droit de dire « non » et qu’il vous faut une excuse ou une raison valable.

Exemple de dialogue ;

-Veux-tu déjeuner avec moi ce midi ?

Alors que vous n’avez pas envie de déjeuner avec cette personne, comment allez-vous répondre ?

Réponse justifiée : Non, je ne PEUX pas, mon boss m’a demandé une note. Réponse assertive (affirmée) : Non, je te remercie, mais je ne suis pas disponible.

La seconde réponse vous permet de pouvoir dire « oui » à quelqu’un d’autre ou de faire ce que vous voulez. La première vous coince et n’est pas satisfaisante pour renforcer l’estime de soi.

S’entraîner :

Prenez conscience de toutes vos pensées. Si certaines sont négatives, transformez-les en pensées positives. Le cerveau fait naturellement ce qu’on lui fait faire le plus souvent. Penser différemment, et donc agir autrement, demande du travail. En prêtant attention à toutes vos pensées négatives, et en les transformant, vous arriverez à dire « non » naturellement quand ce sera pertinent et juste pour vous et pour la situation qui se présente.

D’autres techniques peuvent vous aider, en attendant d’avoir acquis suffisamment d’entraînement pour devenir assertif naturellement.

Exemples de techniques : 

  • Le disque rayé : Cela qui consiste à répéter votre réponse même si la personne tente de vous faire changer d'avis. 
  • L’empathie et la reformulation : Parfois, il faut faire des compromis. Essayer de comprendre la position de l’autre. Dans ce cas, ouvrez le dialogue. « Ce que tu me demandes me pose problème. Je ne peux pas accepter en principe mais je veux bien que tu m’expliques pourquoi tu en as vraiment besoin et tu y tiens. J’accepterai d’y réfléchir si vraiment c’est important pour toi. Cette technique a la capacité de désarçonner l’autre et si sa tentative est "dominatrice", il va devoir expliquer ses motivations et cela peut l’amener à renoncer à sa demande. Ce n’est toutefois pas le but de la technique. Il ne s’agit pas de manipuler mais de dialoguer. 

 

Renforcez l’estime de soi

 

Pour se renforcer, votre estime de soi a besoin de se nourrir de votre approbation de vous-même. Complimentez-vous pour chaque succès remporté. Si vous vous trompez, ne vous fustigez pas. Dites-vous que vous avez eu le courage d’agir et que vous ferez mieux la prochaine fois. 

Faites la liste de tout ce que vous avez réussi dans votre vie. Personne ne peut afficher de liste vide. Si votre liste comporte mois de 10 items, alors votre estime de vous-même est en piteux état. Il peut être nécessaire de consulter un thérapeute pour vous aider à vous libérer de la désapprobation qui a probablement marqué votre enfance. 

 

Le changement de votre attitude oblige les autres à changer

 

Le changement que vous opérez dans votre comportement va provoquer des réactions autour de vous. Vos interlocuteurs peuvent s’en trouver irrités au début. C’est normal. Plus votre estime de vous-même va augmenter, plus vous assumerez aisément ces situations. Il se peut que des personnes s’éloignent de vous. Cela n’est pas grave. Cela signifie que leur relation avec vous était fondée sur un rapport de domination. Pour d’autres, ils vont s’ajuster à votre nouvelle façon d’être et respecter davantage vos positions.

Dans le travail, une attitude plus assertive* va créer une nouvelle dynamique relationnelle autour de vous.

Peu à peu, vous constaterez que l’on vous respecte davantage, que l’on vous sollicite davantage pour des conseils ou un avis. Il se peut même que votre patron vous confie davantage de responsabilités. Les responsabilités vont rarement aux personnes manquant d’affirmation de soi. Inconsciemment, il sait que si vous êtes plus affirmé, vous saurez mieux gérer une équipe ou des clients difficiles. Et si vous savez lui dire « non », avec les formes requises, il sait que vous saurez aussi gérer des situations collectives ou individuelles difficiles dans lesquelles il faut parfois dire « non ». Alors, apprenez à dire NON, même à votre patron. Ça marche à tous les coups si vous suivez les étapes. 

 

Hakima T. Expert Ressources humaines

POST-SCRIPTUM


  • * assertivité = capacité à communiquer sans agressivité et sans s’effacer en se respectant soi-même autant que l’autre. "Ni paillasson ni hérisson"
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