Accueil du site
> Psycho & Sexo > En savoir plus sur...
Mon logo CareVox
CareVox par RSS
CareVox sur Facebook
CareVox sur Twitter
Confiance, vous avez dit confiance ?
Confiance, vous avez dit confiance ?
rubrique
note des lecteurs
date et réactions
20 avril 2011
Auteur de l'article
Dominique Hougron, 16 articles (Psychologue)

Dominique Hougron

Psychologue
note moyenne des lecteurs
nombre d'articles
16
nombre de commentaires
0
nombre de votes
0

Confiance, vous avez dit confiance ?

Confiance, vous avez dit confiance ?

Le J’ai confiance en toi que l’on formule à quelqu’un est une forme d’espérance en lui, en ses actes et en ses pensées. C’est une belle formule et une belle pensée, que d’avoir confiance en un autre, que de placer de la confiance en lui.

La confiance n'est pas forcément corrélée à l'affection. On peut en effet faire confiance à quelqu'un que l'on n'aime pas particulièrement, à savoir que l'on reconnait seulement la valeur de la parole donnée ou les compétences de celui à qui l'on "fait confiance" ; mais elle est cependant souvent liée à l'affectif, et lorsqu'elle l'est, la confiance est parfois dévoyée. Je m'explique :

La confiance est un moyen extraordinaire de "contrôle" lorsqu'elle est offerte avec affection, dans le sens où il devient quasiment imposible alors à celui qui en est l'objet... de la trahir. Lorsqu'un père dit à son fils Je te prête la voiture mais on est d'accord tu ne bois pas, ça va encore, il s'agit d'un contrat. Mais lorsque le père ajoute de toute façon je te fais confiance, il s'agit non plus d'un simple contrat, mais d'un contrat (de confiance) sans appel possible. Le fils se retrouve ficelé par un contrat qu'il a certes la possibilité matérielle de rompre, mais plus (pas) la possibilité psychique. Lorsqu'un mari fait confiance à sa femme c'est une belle chose (la confiance, pas la femme, voyons), mais lorsqu'il le fait de manière trop appuyée, cela place la femme en question dans la quasi-obligation de respecter la confiance qu'il lui fait.

Je ne dis pas ni ne pense que la confiance n'est pas un "beau" sentiment, c'est extraordinaire, de croire en l'autre, de croire en soi, d'offrir sa confiance à quelqu'un, c'est comme une délégation, non de pouvoir, mais de savoir et de soi, comme une prolongation de soi, comme si l'on disait à l'autre Je sais que tu feras bien parce que tu feras comme j'aimerais le faire. La confiance, vue sous cet angle, est belle. Mais lorsqu'elle sert à presque enfermer l'autre, elle l'est moins, belle.

L'une de mes patientes ne vit plus avec son mari depuis huit ans, depuis qu'elle a trouvé du travail à 80 km de chez "eux". Elle rentre de moins en moins à la maison familiale. Elle étouffait dans sa vie conjugale et l'opportunité d'une activité professionnelle loin de chez elle a précipité la séparation (du moins physique). Son mari est décrit par elle comme gentil, toujours gentil, la question de l'amour entre eux ne se pose pas pour lui, me dit-elle. Mais elle ne l'aime plus. Et elle n'ose pas lui dire. Elle n'a jamais osé lui dire qu'elle souhaitait aussi une séparation affective. Elle lui envoie bien quelques signes de temps en temps, mais lui a "tellement confiance" qu'il ne les voit pas. Elle doit prochainement déménager et s'éloigner encore davantage du domicile conjugal. Et il lui a proposé de l'aider pour son déménagement !

Et elle me dit Vous vous rendez compte, il a tellement confiance en moi qu'il me propose même son aide... Je ne peux pas refuser cette preuve d'amour, je ne peux pas trahir cette confiance qu'il a en moi et en nous... Je crois qu'il y a des confiances destructrices, emprisonnantes, et celle dont il fait preuve à mon égard l'est, emprisonnante, il ne me laisse aucun échappatoire, je ne peux pas trahir sa confiance tellement grande...

Ces paroles m'ont donné à réfléchir sur cette confiance dont on affuble les autres. Et j'en arrive à la même conclusion que cette dame : Oui il y a des confiances étouffantes, emprisonnantes, tellement "belles et fortes" qu'elles emprisonnent l'autre.

En fait, peut-être la confiance n'est belle que lorsqu'elle est réciproque, lorsque le Je te fais confiance est accompagné d'un Merci de la confiance que tu me fais. Je ferais bien un lien avec la liberté : La confiance accordée devrait ne pas altérer la liberté de celui à qui elle est accordée, mais pourtant bien souvent elle la contraint. Non que ce soit toujours négatif (heureusement qu'il existe ses garde-fous relationnels) mais ce qui me pose question, dans cette histoire de confiance, c'est qu'elle est parfois un moyen détourné de contraindre l'autre. La confiance appelle le "digne de confiance", qui lui ne doit pas être trahi. En ce sens, le contrat de confiance enchaine bien plus celui qui en est l'objet que celui qui le propose...

Je sais bien que personnellement j'ai un contentieux sérieux avec cette notion de confiance. Qui date : Lorsque j'étais adolescent, mon père me faisait confiance, tellement confiance que jamais je ne me suis permis de le trahir -mon père- ni trahir la confiance qu'il avait en moi. Pas le moindre écart de conduite possible, il me faisait tellement confiance. Je n'avais pas spécialement envie (au sens actif du terme) de faire des écarts, mais sa confiance indéfectible tuait dans l'oeuf toute idée-même d'en faire. Bon, ça m'a peut-être empêché de faire des conneries, mais je crois que ça m'a aussi empêché de me "cogner" à lui... J'ai confiance en toi, fils !

Psyblog
Les internautes qui ont lu cet article ont aussi consulté
En savoir plus sur...
Psycho & Sexo