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Comment prédire quel jeune expérimentera l’ecstasy à 17 ans
Comment prédire quel jeune expérimentera l'ecstasy à 17 ans
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22 mars 2011
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Université de Montréal, 110 articles (Pôle de recherche)

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Comment prédire quel jeune expérimentera l’ecstasy à 17 ans

Comment prédire quel jeune expérimentera l'ecstasy à 17 ans

Les adolescents qui consomment de la drogue, et présentent une tendance délinquante en s’associant à des pairs déviants dès le début du secondaire sont plus à risque d’expérimenter l’ecstasy à 16 ou 17 ans. Voilà les conclusions d’une étude signée par Valérie Gagnon, Jean-Sébastien Fallu, Frédéric N. Brière et Michel Janosz, et récemment publiée dans La Revue canadienne de psychiatrie.

« L'ecstasy est généralement associée au milieu techno-rave. Mais au cours des dernières années, elle est devenue l'une des drogues les plus populaires auprès des jeunes après le cannabis et les amphétamines », signale Valérie Gagnon. Au Québec, en 2008, environ six pour cent des élèves du secondaire rapportaient avoir pris de l'ecstasy l'année précédente. Le phénomène étant récent, peu d'études en ont exploré les tenants et les aboutissants.

Dans ce contexte, les chercheurs de l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal sont les premiers à avoir analysé un échantillon populationnel à l'école secondaire aussi grand pendant une si longue période de temps. Grâce aux données du projet d'évaluation de la stratégie d'intervention Agir autrement (SIAA), ils ont pu évaluer l'univers psychosocial de 2162 adolescents issus d'écoles de milieux défavorisés pendant cinq années consécutives. Parmi eux, 5,3 % ont touché à l'ecstasy pour la première fois en cinquième secondaire.

Jean-Sébastien Fallu et Valérie Gagnon

Jean-Sébastien Fallu et Valérie Gagnon

« Les données de la SIAA nous ont permis d'étudier de nombreuses dimensions : l'individu, la famille, les amis, l'adaptation à l'école, le fonctionnement comportemental, les habitudes de consommation, etc. Nous en avons tiré de solides prédicteurs des premières expériences d'ecstasy à la fin du secondaire », explique Jean-Sébastien Fallu.

La consommation de marijuana s'est révélée la variable prédictive la plus puissante, au début du secondaire comme plus tard. Les adolescents ayant fumé de la marijuana en quatrième secondaire présentaient deux fois plus de risques d'expérimenter l'ecstasy l'année suivante. « Ce résultat n'était pas surprenant, puisque, d'un point de vue de leur histoire de consommation, les jeunes adultes qui consomment de l'ecstasy ont presque tous pris de la marijuana auparavant, note M. Fallu. Nos résultats ne permettent toutefois pas de conclure que la consommation de marijuana mène inévitablement à celle de drogues plus “dures” pour autant. »

Bien entendu, les comportements adoptés en quatrième secondaire sont de meilleurs prédicteurs que ceux observés en première secondaire. Les habitudes des adolescents de 12 ou 13 ans ne sont toutefois pas sans conséquences. En effet, les facteurs de risque qui précèdent les premières consommations d'ecstasy remontent au moins au début du secondaire et peuvent avoir une influence significative à long terme. La délinquance, les comportements de beuverie, la consommation de marijuana et la fréquentation de pairs déviants en première et deuxième secondaire sont ainsi indirectement liés aux premières expériences d'ecstasy à 16 ou 17 ans.

Les chercheurs ont également noté que ces comportements extériorisés des adolescents jouent un rôle plus important que leurs comportements intériorisés. « On pourrait croire que les jeunes dépressifs et isolés sont plus portés à consommer de la drogue, remarque Jean-Sébastien Fallu. Pourtant, ce n'est pas le cas dans notre recherche. L'ecstasy ne semble pas servir à soigner des symptômes dépressifs, mais plutôt à socialiser avec des jeunes ayant une tendance délinquante. »

« Il y aurait un effet d'entrainement, renchérit Valérie Gagnon. Mais est-ce les jeunes consommateurs de drogue qui s'associent à des pairs déviants ou est-ce la fréquentation d'amis délinquants qui pousse à la consommation de drogue ? Nous ne pouvons trancher pour le moment. »

Certains facteurs familiaux, comme les conflits avec les parents et la supervision, et d'autres relevant du domaine scolaire, tels que l'engagement et le rendement, ne semblent pas influer de manière indépendante sur les premières expériences d'ecstasy.

Cette étude pourrait devenir un outil fort intéressant pour les intervenants qui travaillent dans les milieux scolaires défavorisés. « Dès le début du secondaire, on peut cibler et tenter de sensibiliser les jeunes à risque, c'est-à-dire ceux qui consomment tôt, se comportent de façon délinquante et s'associent à des pairs déviants », croit Jean-Sébastien Fallu.

Marie Lambert-Chan

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