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Chez le psy : "Parler, parler, parler"
Chez le psy : "Parler, parler, parler"
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8 mars 2011
Auteur de l'article
Dominique Hougron, 16 articles (Psychologue)

Dominique Hougron

Psychologue
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Chez le psy : "Parler, parler, parler"

Chez le psy : "Parler, parler, parler"

Lorsqu’elle est venue la première fois, elle ne voulait pas venir. Elle pleurait de tristesse, de colère, de je ne sais quoi qui interdisait tout dialogue. Je n’ai pas vu ses yeux, cette première-fois là. Elle a, non pas accepté de me suivre, mais est entrée dans la salle d’attente à quatre pattes, pleurant et reniflant, s’enfuyant presque devant moi, quasiment roulée en boule, face contre terre, puis face dans un coin de l’escalier...

Elle a cinq ans, ne parle pas, ou très peu, vivant quasiment repliée sur elle-même lorsqu'elle est en famille. Elle refuse d'entendre qu'elle va bientôt avoir un petit frère, elle refuse de prononcer le prénom qui lui a déjà été donné, elle refuse tout, de manger, de se coucher, de dire merci et de regarder ses parents. Et là, dans mon cabinet, dans la salle d'attente puis dans l'excalier, elle reste en boule, répondant parfois agressivement "oui, non," ou "t'es con tu sais rien toi d'abord".

Alors là, dans l'escalier, je me suis assis. Ho ! Pas trop près d'elle (elle montait une marche lorsque je m'approchais trop près) (Bon, on aurait pu arriver comme cela dans mon bureau, mais non, je n'en ai pas profité) mais assis deux trois marches en dessous d'elle. Et je lui ai parlé. Tranquillement. Doucement. De ce que je savais déjà sur elle, de ce que je supposais être sa colère face au petit frère à venir, de ce que je pensais pouvoir être sa détresse quant à la maladie de son grand-père, de tout, de rien, d'elle, même de moi...

Cette première consultation s'est déroulée ainsi : Une petite fille en larmes sur une marche d'escalier, et trois marches plus bas un psy assis aussi.

Entrer en contact avec un enfant qui laisse bien entendre qu'il ne veut rien entendre n'est est pas facile. Les éventuelles clés du psy sont là bien fragiles et amènent la modestie et l'humilité. Et pourtant, la seule véritable clé dont on dispose sans doute pour entrer en contact avec quelqu'un est bien la parole (oui, le toucher aussi) "gratuite", j'entends la parole dite même sans espoir de retour (ou alors très très bien caché, l'espoir). Parler, dire de soi, dire ce que l'on peut imaginer de l'autre, meubler peut-être mais en tout cas ne pas laisser le silence s'installer.

Lors de son arrivée à la seconde consultation, cette petite fille n'était pas plus disposée à) me "rencontrer", apparemment, que lors de la première. J'ai cependant demandé à la maman de s'éloigner, d'aller faire un tour, de nous laisser, sa fille et moi dans la salle d'attente.

Elle s'est réfugiée dans un coin de la salle, protégée de mon regard par une chaise qu'elle a bien pris soin de caler avec ses pieds.

Cette seconde consultation a commencé ainsi : Elle, assise sous une chaise dans un coin, moi à un bon mètre, assis sur un tabouret.

Je vous assure, la scène était surréaliste. Une personne qui serait entrée, ou une caméra située en hauteur, aurait vu un homme assis face à une chaise vide, et parlant à cette chaise. Pendant 20 minutes.

Et puis j'ai vu un oeil. Et puis une petite tête, et puis elle s'est levée, toujours protégée par sa chaise. Et puis elle est passée de l'autre côté, elle s'est assise, et s'est mise à parler, tout d'abord de manière monosyllabique, puis plus longuement, et enfin elle a demandé si elle pouvait "faire un dessin de sa tristesse" [sic]. Alors nous sommes montés dans mon bureau, et nous avons dessiné, et nous avons parlé, et elle ne pouvait/voulait plus s'arrêter, et quand je lui ai dit que la séance était terminée, elle m'a demandé quand elle pourrait revenir...

Pffffiouuuu !

Parler, parler, parler... même si l'autre ne dit rien. Même s'il ne veut pas entendre. Même si l'on a le sentiment qu'il n'entend pas.

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Mots-clés :
Psychologie Enfants