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Chez le psy : Bilan de vie
Chez le psy : Bilan de vie
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19 juillet 2011
Auteur de l'article
Dominique Hougron, 16 articles (Psychologue)

Dominique Hougron

Psychologue
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Chez le psy : Bilan de vie

Chez le psy : Bilan de vie

Il n’est pas rare que des personnes consultent un psy pour ce qu’on pourrait appeler un "bilan de vie". Oh ! L’on conconsulte pour faire le bilan de sa vie bien plus souvent lorsqu’on perçoit que celui-ci est mitigé que lorsqu’on a le sentiment qu’il est extrêmement positif (auquel cas pas besoin d’un psy pour cela). Et de la même manière qu’une autobiographie peut s’écrire à n’importe quel moment de sa vie (même si avouons-le l’écrire à 20 ans est quelque peu prématuré), il n’y a pas d’âge pour faire un bilan.

Ceci dit, cette démarche est souvent faite à la quarantaine, ou à la cinquantaine, lorsque le travail, les amours, les enfants, le corps qui fatigue...

Le travail, celui qui fatigue, celui qu'il va falloir continuer à exercer des années encore (le monsieur qui sort d'ici me dit qu'il ne se voit pas travailler encore 20 ans, jusqu'à 67 ans), celui qui use même si on l'aime.

Les amours ! L'usure du temps, celui -le temps- qui a mis à mal peu à peu la fougue des premiers temps et parfois même la petite flamme encore allumée ces derniers temps (la dame rencontrée ce matin toute tourneboullée par la rencontre, 30 ans après, de son premier amour et qui s'aperçoit, à l'occasion de cette renconre, que la vie avec son mari n'est pas si... rose que cela).

Les enfants, ceux qui partent et dont le départ renvoie au temps qui passe et parfois au vide, à l'inutilité, et qui renvoie le couple à son tête-à-tête, ce qui parfois est une véritable catastrophe ("Mes enfants partent en septembre, je ne servirai plus à rien", me dit une dame l'autre jour).

Le corps, celui que l'on porte et qui nous porte, dont l'usure ne permet plus de faire ce que l'on faisait avant (je mets des jours à me remettre d'une journée de peinture ou de maçonnerie ! Quant à courir avec mes petites-filles, pfff !)

Et puis la vie ! La vie réelle, si différente parfois de ce qu'on imaginait. Un poème me revient en mémoire (très floue, la mémoire) dans lequel l'auteur disait en substance qu'il mourra tranquille si à la tombée de sa nuit il a la conscience d'avoir accompli ce qu'il voulait accomplir. L'écart entre l'idéal de vie que l'on a à 20 ans et la vie réelle est parfois tellement important que la vie réelle en devient insatisfaisante.

Et c'est l'heure du bilan.

Le Non rien de rien, non je ne regrette rien d'Edith Piaf, le Je me voyais déjà en haut de l'afiche d'Aznavour et le Qu'as-tu appris à l'école mon fils aujourd'hui ? de Graeme Allwritgh ne parlent pas d'autre chose : Regarder en arrière et faire le bilan de ce qui a été fait, avec cette constatation parfois terrible que "Je n'ai pas vécu ce que j'aurais voulu vivre". Le choc entre l'idéal et la réalité, entre le souvenir de l'idéal et la perception de la réalité. Cela nous plonge parfois dans un état dépressif flou et tenace, que le simple rappel des bons moments et des belles choses et des "réussites" ne parvient que peu à casser. Bien souvent on tourne alors en rond avec cette phrase "Ah si j'avais su !"... "Si j'avais su j'aurais pas venu", dit le petit (?) dans La guerre des boutons. Mais si nous avions su nous n'aurions rien fait. Si nous savions nous ne ferions rien. Nous ne partirions pas sur les routes par millions cet été, nous ne nous maririons pas, nous ne "ferions" pas d'enfants, nous n'aurions peut-être même pas voulu vivre, tiens...

Le bilan, c'est effectivement regarder en arrière et prendre la mesure du -parfois mauvais- chemin parcouru, sans trop le déformer, en essayant d'être objectif sur sa propre vie (ce qui a priori est proprement impossible) (c'est pour cela que parfois on a besoin d'un regard extérieur pour le faire) et partir de là pour aller de l'avant. La réalité d'aujourd'hui est ce qu'elle est. L'on peut avoir tous les regrets du monde qu'elle soit ainsi que cela n'y changera rien. Par contre, partir de cette réalité pour changer de route, se servir de ses insatisfactions comme moteur pour la route à venir, regarder devant sans trop se retourner, tenter de "corriger" le tir à partir de la réalité et non de ce que nous aurions voulu qu'elle soit, est sans doute une des portes de sortie possible pour continuer à vivre et tant qu'à faire à vivre mieux.

Qu'ai-je fait de ma vie, moi ? Correspond-elle à ce que j'en imaginais adolescent en me promenant sur mes plages adorées ? (Tiens, qu'est-ce que j'imaginais, d'ailleurs ?) Si je me couchais ce soir pour mon dernier sommeil, pourrais-je dire en toute conscience que j'en ai fait quelque chose, de ma vie ? Felipe, le copain de Mafalda (BD du même pré-nom), avachi sur son fauteuil, se lamente un jour en pensant que pendant qu'il ne fait "rien" d'autres font de "grandes choses". Felipe fait le constat, jour après jour, qu'il est un minable et s'en déteste. Je pense souvent à Felipe et au temps qu'il perd en se lamentant d'en perdre. Si j'ai fait et fais plein de choses dans ma vie, j'accumule et j'ai accumulé des heures et des heures à ne rien faire. Le bilan parfois pessimiste que je fais de ma vie amène chez moi cette constatation déplaisante : Qu'est-ce que j'aurais perdu comme temps !

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