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Appétits alimentaire et sexuel : des similitudes troublantes !
Appétits alimentaire et sexuel : des similitudes troublantes!
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27 décembre 2011
Auteur de l'article
David Elia, 34 articles (Gynécologue)

David Elia

Gynécologue
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Appétits alimentaire et sexuel : des similitudes troublantes !

Appétits alimentaire et sexuel : des similitudes troublantes!

Manger, boire, dormir, faire l’amour sont parmi les plaisirs fondamentaux de notre espèce. Et si cette notion de désir-plaisir n’existait pas il y a fort à parier que notre espèce aurait définitivement disparu de la surface de la Terre. 

Je vous conseille à ce sujet de lire l'excellent livre de mon ami le professeur Willy Pasini, sexologue suisse de renommée mondiale, (Nourriture et Amour, Payot, 1995).
En 1975, en rédigeant mon premier ouvrage (La Pilule et le Stérilet en 10 leçons, Hachette) je commençais ainsi : « Manger, boire, dormir, faire l'amour sont parmi les plaisirs fondamentaux de notre espèce. Et si cette notion de désir-plaisir n'existait pas il y a fort à parier que notre espèce aurait définitivement disparu de la surface de la Terre.  » Willy Pasini, un jour que nous nous reposions, dans l'intimité de nos peignoirs de curistes de Contrexéville après avoir reçu quelques soins corporels particulièrement délicieux, eut l'idée de commencer une réflexion sur les liens entre la nourriture et la sexualité. Devant l'accueil enthousiaste réservé à cette idée par les membres de l'équipe CERIS réunie en ce lieu de cure pour travailler, il testa son idée, dans un premier temps sur un petit échantillon de curistes, en leur proposant un questionnaire : « En cuisine comme en amour il y a des surprises. Préférez-vous, quant à vous, être surpris à table ou au lit ? » Ou : « Pour vous mettre en appétit en amour quel est le sens le plus important pour vous : voir, goûter, toucher, sentir ? » Ou encore : « Si vous deviez choisir entre les deux raisons suivantes de partir en voyage seul(e) pour une destination lointaine, exotique, laquelle choisiriez-vous : pour découvrir une autre cuisine, ou pour découvrir d'autres façons de faire l'amour... ? »

Les résultats de ce premier test furent si instructifs qu'il poursuivit en réalisant un véritable questionnaire comportant 34 questions disséquant au mieux le lien entre la nourriture et l'amour d'un échantillon de 1 578 personnes dont 52 % étaient des femmes de 15 à 65 ans et plus. Les résultats de cette enquête, souvent surprenante mais ô combien instructive, sont largement commentés dans son livre. Par exemple, les questions 12 et 13 : « Vous arrive-t-il de manger sans en avoir envie ? » et « Vous arrive-t-il de faire l'amour sans en avoir envie ? » 50 % des femmes mangent parfois sans en avoir envie alors qu'elles ne sont que 22 % à faire l'amour sans en avoir envie. Et lorsqu'on leur demande pourquoi elles mangent sans en avoir envie, elles répondent à 29 % par habitude, à 27 % par ennui, à 13 % pour faire plaisir à l'autre, à 14 % à cause du stress, à 11 % par déprime, à 3 % par gourmandise et enfin à 2 % par nécessité.
Et si elles font l'amour parfois sans en avoir envie c'est à 84 % (!) pour faire plaisir à l'autre, à 6 % par habitude, à 5 % à cause du stress, à 4 % par déprime, à 1 % par ennui...

Voir, goûter, toucher, sentir sont les sens qui sont en jeu « en cuisine tout comme en amour ». Ce sont eux qui « nous mettent en appétit ». Willy Pasini a voulu savoir « quels étaient les sens les plus importants à table et en amour ».
Pour la sexualité, c'est le toucher (39 % des femmes, 41 % des hommes) et accessoirement la vue (22 % des femmes, 35 % des hommes) qui sont privilégiés. À table, c'est l'inverse : c'est l'odeur (35 % des femmes, 36 % des hommes), devant le goût (31 % à égalité entre les hommes et les femmes) qui sont les sens privilégiés. Un accessit honorable et imprévu pour la vue : 23 % des femmes et 25 % des hommes anticipent, grâce à la vue, le plaisir imminent.

Parmi les nombreuses conclusions que Pasini nous propose à la fin de son ouvrage, il en vient à considérer que le sexe peut représenter, parmi d'autres, une thérapie intéressante en matière de désordre alimentaire  : « il est vrai... que l'état amoureux (surtout quand l'amour est malheureux) coupe parfois l'appétit. Il peut donc être compté au nombre des facteurs directs d'amaigrissement. On observe fréquemment que l'amour est le seul moteur essentiel capable de tordre le cou aux mauvaises habitudes alimentaires. Si les gens sont capables de changer de ville, de pays, d'aspect ou de silhouette par amour, pourquoi ne pourraient-ils pas changer leurs habitudes alimentaires, une sexualité heureuse est un facteur d’équilibre psycho-corporel ». De même que les chagrins d’amour provoquent des désordres alimentaires, une sexualité heureuse est un facteur d’équilibre psycho-corporel  ».

Pasini nous offre ici un exemple de la complexité des choses en matière d’alimentation : on ne peut raisonner en simples termes de « compte calorique » à débiter ou à créditer avec la même désinvolture que l’on a à manipuler une calculette ; le médecin « hédoniste » que je suis dit tant mieux, même si cette complexité ne laisse pas de poser nombre de problèmes à une bonne proportion de nos contemporains ayant le privilège de vivre dans un pays riche.

Tous les articles du docteur David Elia sur www.docteurdavidelia.com
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